‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 131 sur 409 · VERBES ABSTRAITS · texte numérisé non relu

VERBES ABSTRAITS

6. Le verbe avoir est un verbe essentiellement transitif, qui exprime une sorte de possession générale et indéterminée. Il se dit aussi des affections de l'âme qu'on ne possède pas réellement, mais que Ton s'imagine posséder en soi, parce qu'on les ressent : avoir de Vamour, avoir de la haine. En pareil cas, le nom qui sert d'objet au verbe avoir est le plus souvent exprimé sans article : Tai faim^ iii as soif. Il en est de même pour plusieurs autres verbes généraux, tels que prendre, faire^ rendre^ perdre^ etc. L'article supprimé est ordinairement l'article pai*titif : avoir pitié = avoir de la pitié^ quelquefois l'article défini : perdre connaissance = perdre la connaissance^ ou l'article indéfini : rendre service = rendre un service (v. la syntaxe, cli. XVI).

C'est à cotte construction qu'il faut rapporter les formes composées de nos verbes /ai trouvé^ nomt avions labouré, j'aurai fini, où nous regardons l'action passée exprimée j>ar le participe comme étant, ayant été ou devant être en notre possession (•).

7. Le verbe faire est employé comme verbe abstrait quand il est placé devant un infinitif pour lui donner le sens factitif, de telle sorte qu'avec faire tous les verbes neutres ou intransitifs deviennent actifs ou transitifs (§ 93) : Je le tevBipaîiir. Faisnous faire à souper (Muss.). En pareil cas le verbe faire forme avec son infinitif une expression inséparable. Il en est de même du verbe laisser, qui exprime une pennission, parce que, dans ce cas, le sujet permet toujours l'action exprimée par le verbe : Je le laisserai partir.

Le verbe faire est très souvent employé comme verbe général à la place de tout autre verbe, comme dans l'interrogation : Que faites-roMs ? {3* écris, je dessine, je lis, etc.), ou dans une proposition subordonnée pour éviter la i-épétition du verbe de la principale : Je le traiterai cotnmefBi fait mon frère (Com.). Il danse mieux qu'il n^eL jamais fait (Ac).

8. Les vei'bes pouvoir, savoir, devoir, falloir (impersonnel) et roidoir s'emploient aussi comme verbes abstraits, quand ils sont suivis d'un infinitif : Je peux lire. Je sais lire. Je dois lire. Il me faut lire. Je veux lire. Ces verbes sont aussi appelés auxiliaires de mode; ils expriment soit la possibilité, soit la nécessité réelle, morale ou logique.

Pouvoir marque : V une possibilité réelle, qui a sa raison dans la nature des choses : L'oiseau peut voler. On ne peut pas lire dans Vobscurité ; 2** une possibilité morale (permission), surtout quand elle dépend de la volonté de celui qui parle : Chacun

(1) En espagnol le verbe haber n'a pour ainsi dire plus d'existence indépendante et ne s'emploie que comme auxiliaire. Chabaneau, p. 3.

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