‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 138 sur 409 · Adif · texte numérisé non relu

Adif

2. Les verbes de la voix active expriment par des formes simples les temps imparfaits et par des formes composées ou surcomposées les temps parfaits ou accomplis.

Dans les formes composées, comme fai trouvé, tu as écouté, fions avons labouré^ ayez fait, etc., le premier mot est pour l'ordinaire l'un des temps simples du verbe avoir; mais avoir ne signifie plus posséder, comme lorsqu'il est seul : il n'est là que pour marquer un rapport de temps, et on l'gppelle t^rbe auxilicUre, parce qu'il sert en effet d'aide pour la conjugaison (§ 96). Le second mot est le verbe même, mais dans la forme particulière qu'on appelle participe passé. Les te^nps composés (c'est, ainsi qu'on appelle ordinairement les formes de la conjugaison composée) sont donc formés de deux mots, de l'auxiliaire et du participe passé. *

Outre le verbe avoir^ nous employons encore, comme auxiliaire de temps, le verbe intransitif être.

Dans les verbes qui se conjuguent avec avoir^ outre les formes composées ordinaires, on emploie encore quelquefois des fenips surcom}X)sés^ qui sont formés du participe passé joint à un temps parfait de l'auxiliaire. On fait usage de ces formes poui* marquer une chose entièrement achevée avant une autre : Dès que f si eu fini. Je suis ixnil.

Le français a hérité du latin les formes simples suivantes «le la voix active ." le présent de Tindicatif, l'imparfait ot le parfait, qui est (h'venii notre prétérit; le présent de l'impératif, mais seulement le sin^iulier, la forme pour le pluriel étant empruntée au piés(»nt de l'indicatif; le présent du subjonctif, le plus-queparfait du môme mode, qui a pris la place de Timparfait ; le présent de Tintinitif; le participe présent et le jçérondif, qui ont aujourd'hui la même forme en a>U iji 101). Les supins latins manquent; leurs fonctions ont été prises en général par Tinfinitif. Toutes les autres formes de la conjuj^aison ont disparu («)

(1) On ne trouve dos exeiFiplos du plus -que -parfait de l'indicatif latin que dans les poèmes du X* et XI* siècle, et cela est très rernarcpiable, avec la signilicalion temporello du prétérit. Mais celte fornu- fut prdinptement délaissée : il en existe des restes dans les patois (V. Oliabaneau, |». i\).

§ 102 CONJUGAISON SIMPLE Or COMPOSÉE 225

et ont été remplacées en français par la périphrase, à laquelle servit le verbe habere^ qn'on joignit soit au participe, soit aussi à PinAnitif du verbe à conjuguer.

a) Pour exprimer plusieurs temps du passé(temps parfaits) on employa habere uni nu participe passif, et iiinsi j^aichanté^ par exemple (c'est-à-dire habeo cantatumj, prit la place de cantavi ; habere se dépouilla de sa signiticatlon indivi- «luellc et servit comme auxiliaire à désigner les rapports subjectifs (personnels) de l'action exprimée par le verbe au participe. Outre Faction du vei^, le participe n*a plus été chargé que d'exprimer en général le passé, dont Tauxiliaire a encore eu pour fonction de marquer la détermination précise et graduée : j'ai, j avais f feus chanté. On sait que cette périphrase n'était pas inconnue au latin : on lit, par exemple, dans Cicéron, habeo perspectum, habeo oognitum^ satis diclum habeOj et avec l'adjonction d'un régime habeo absohitum epos, belluni diis indictum habuity tout à fait ou à peu près sNHonymes de perspexi, cognovi^ dixi, absolviy indixit. Du Cange donne des exemples du bas latin, s. v. habere, comme postquam eam sponsatam habuit. Ici le verbe auxiliaire apparaît déjà clairement dans son passage à la signification abstraite, mais il possède encore sa force active, il exige que le régime soit à l'accusatif, et cette construction n*a pas encore disparu en italien et en français.

b) C'est encore le verbe habere qu'on emploie pour la périphrase du futur. Conformément à la formule du passé, on aurait pu choisir le futur du participe passif: habeo carUanduni aliquem, « j ai à chanter quelqu'un, » aurait été aussi bien en droit d'exprimer l'idée: «je chanterai quelqu'un. » Mais la syntaxe latine elle-même offrait ici un expédient plus pratique dans l'intinitif uni à habere; cette construction, connue aussi du grec, était peut-être plus familière à la langue populaire qu'à la langue écrite. La formule habeo audire revient exactement à habeo attdiendum ou habeo quod audiam, « j'ai à entendre, je dois entendre x ; mais on sent combien « avoir à entendre » est près de « vouloir entendre >» et « devoir entendre ». Au point de vue de la forme, on n'a ici que le l'enouvcllement d'un procédé qu'on remarque souvent dans l'histoii'e des langues : le verbe auxiliaire, après être <Icvenu \\n simple mot formel, s'agglutina peu à peu comme uu suffîxe avec l'inflnitif et finit par former un seul corps, qui, sous les dehors d'un temps simple, remplaça le futur latin, produit en partie par une construction semblable (ama-bo de ama-fuio, c'est-à-dire aimer serai); car je chanterai n'est pas autre chose que la réunion de chanter ai. Le plus ancien exemple de cette formation se trouve dans le plus ancien texte roman, les Serments de 842 : salvaraif prindrai. — Au moyen de la même méthode on créa ensuite avec habebam un second temps, qui, pour le sens, répond à peu près à l'imparfait du subjonctif latin. Cette combinaison se fondit aussi en une forme unique, bien qu'un peu moins reconnaissable : chanter-ais (pour chanter^vais) (}).

Les verbes aller et venir, suivis de l'infînitif, s'emploient aussi comme auxiliaires de temps, pour exprimer, l'un un futur très prochain, et l'autre uu passé très l'approché du présent : Je vais écrire. Je vient de finir (§ %). Mais ces formes n'entrent pas dans la conjugaison proprement dite.

3. La conjugaison active renferme onze formes simples, dont trois (l'infinitif, le participe présent et le participe passé) sont impersonnelles, et les autres personnelles.

Les formes personnelles du verbe ont des terminaisons qui

(1) Dîpz, H, 105 et s. En espagnol et en provençal les deux éléments du futur et du con- ^litionnel peuvent être transposés, jamais en français, quoiqu'on trouve un futur à régime intei'calé dans le fratonent du poème sur Alexandre d'Albéric de Besançon (XI* s.) : Contnr vo» ey pfeneyi'ament, vers qui a la physionomie plus provençale que française. <Chabaneau, p. 33).

Ayer, Grammaire comparie i^

CONJUGAISON flIMPLK OU COMPaS^E

s'attachent immédiatement au radical et marquent la personne avec le temps et le mode. Les terminaisons personnelles sont distinctes des autres et prennent toujours place à la fin ; ce sont les véritables finahi^ du verbe.

Les formes impersomteUes du verbe ont des terminaisons qui ne marquent pas les rapports contenus dans Taffirmation, mais servent seulement à distinguer ces formes les unes des autres.

Ces onze formes tant personnelles qu'impersonnelles se répartissent en trois groupes ou séries, d'après les trois époques de la durée, savoir :

A. Les temps ou formes du présent :

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