‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 151 sur 409 · TEMPS DU PASSÉ · texte numérisé non relu

TEMPS DU PASSÉ

.les verbes en er, et i pour les autres conjugaisons régulières. A la 1. et 2. P. du prétérit et à la 3. S. de l'imparfait du subjonctif, ces voyelles sont surmontées d'un accent circonflexe, qui remplace le s dont elles étaient suivies autrefois : nouschantkmes (chantasmes), nous rompîmes (rompismes).

3l. \jepràérit de r indicatif b, les tenninaisons suivantes :

lia s. 1 Je cliant-ai fin-is

fln-is

fin-it P. 1 N. chant-âmes fm-imes

fm-ites

fin-irent

Ainsi la forme caractéristique du prétérit est la voyelle a ou 7, à laquelle s'ajoutent les tenninaisons personnelles; mais à la 1. et 2. P. ces terminaisons sont — nies^ — tes, et la voyelle prend un accent circonflexe. En outre, au prétérit comme au présent, les verbes en er rejettent la terminaison s de la 1 . S., ainsi que le t étymologique de la 3. S. : je chantm, il chanta (v. fr. il chantai).

Dans les verbes en ir à radical allongé, le présent et le prétérit se confondent au singulier; mais au présent le i fait partie du radical J^ /îw/-s, tandis qu'au prétérit il appartient à la terminaison :je fin-is.

]je prétérit français dérive du parfait latin, et les formes a fè à la 3. P.) et i répondent aux caractéristiques a et i des conjugaisons latines. Le t de la 3»* personne dans les verbes en er n*a disparu que vers le XV« siècle en persistant toutefois dans la forme interrogative : chantat'il, que nous écrivons aujourd'hui : ■chanta-t-ilf comme si ce t était une lettre euphonique (§ 107). — Ce n'est qu*à la deuxième personne du pluriel que Taccent circonflexe remplace un $ étymologique (canlavistis, eantastisj ; à la première personne, le circonflexe est mis à la place d'un s euphonique qui existait dans l'ancien français : nous chantcLS' mes (latin cantavimus) .

3. \j imparfait du subjonctif est formé du prétérit de l'indicatif et intercale ss entre la forme a ou i et les terminaisons du présent du subjonctif: que nous aim'B,''SS'ionSf je romp-i-ss-e; toutefois le e de la 3. S. est supprimé et le t étymologique reparaît, d'où il chantât^ c'est-à-dire c/ianZ-ast et non c/iû w^asse.

i lia

s. 1 Que je chant-asse fln-isse

2 Que tu chant-asses fln-lsses

3 Qu'il chant-ât lin-ft P. 1 Que nous chant-assions fin-isslons

2 Que vous chant-assiei fîn-issiez

3 Qu'ils chant-assent fln-issent

Ce temps dérive de la forme contractée du plus-que-paqfait du subjonctif : ^ant9Mem pour caiUatn««em, d'où chantasse; le t est resté à la 3. S., parce ■qu'il était appuyé par une autre consonne : eatntasset pour cantavisset^ d*où

Ayer, Grammaire comparée 16

iib

part-isse

romp-isse

part-isses

romp-isses

part-!t

romp-it

part-isslons

romp-issioni

part-issiei

rom|»-isstiBi

part-issent

romp-issent

292 X0D18 DB FLBZIOK $ 105

Mais dans d*«iitre8 fimnes verbales la temûnaison ne coiih prend que deux ou même qxCun seul de ces éléments, par ex. le sabjonctif présent ehanUans (chant-i-ons) et Tindicatif présent diantom (chant-otis^.

On confond m. général sous le nom de tertnituUwns temporeUes la Toyelle marquant le mode avec la caractéristique du temps.

Les terminaisons temporelles s'intercalent entre le radical et les terminaisons personnelles et se combinent avec ces dernidres de différentes manières. Les combinaisons des teiiminaisons temporelles et personnelles forment ce qu'on appelle proprement les terminaisons perbaUs.

On distingue les terminaisons verbales en terminaisonsva^eUes^ comme ej es, ons, es^ ent^ oig, iSy ant^ et tenninaimns' otmemnee^ comme ^ x^ t^ fîtes, tesj rent.

On divise encore les terminaisons verbales en terminaisons aeceniuiesy ou taniquee : chant^Bnif nous chant-onSf je chant-Bis^ que nous (àar^UmBf je cAon^-ai, que je cAtfn^a886, diant-éf ékicmt'Wjje cikonter-ai, je chanter-iàB^ et terminaisons atones ou mueiUs :je chan^^ ils ^ni-^ni^ q^pje chant^Bj etc.

4. Dans la règle on obtient le radical du verbe en retranchant la tenninaison de llnflnitif (-ety^ -ir^ -re, -oir)^ par ex. dkyfif-(er), part-Qr)^ nwip-Cre), ffiott9-(oir).

Mais il 3^ a un certain nombre de verbes dont le radical est modifié à l'infinitif, tandis qa'il reste intact au participe présent et en général devant toute terminaison-voyelle; par ex. plaindre et coudre j qui font au participe présent ^î^-anf, cousa$d^ ont pour radical pUxiùjg^ (lat. plang-ëre) et cous- (lat. côsuëre pour eonsurëre^ d'où cosc-ëre, cos-^e).

n y a d'autres verbes qui, outre le radical principal, ont en-core une ou plusieurs formes secondaires servant de radical à certains temps ou à certaines personnes, comme cuire^ qui a cuis - et cwî-, faire, qui a fais-j fass- et foi-.

6. Lés formes verbales sont dites fortes ou faiUeSj selon que l'accent tonique tombe sur la voyelle radicale, comme dans ckan/e, dort, meurs, ou sur la terminaison, comme dans chantons» {form-ait, mour-iona.

En général l*«coent tonkine oomenre en finançais la place qu'il avait en latin (I S4); mais, dans les verbes, Taecent latin a éprouvé plus d'un déplacement; voici quekpies-uns des cas où cet accident s*est produit ^

a) Par le mélange des conjugaisons latines, le e atone de la troisième a souvent été marqué de Taccent et ëf»v a donné ir ou otr, ou même er, par ex. freffiélrs, frémir; §apére, savoir; reeipëre, recevoir; affUgère, affliger; de là les fomies doubles de Tinfinitif courra et courir, guerre et quérir, fremdre (dans enfr^ndrs) et frémir, geindre et génUr, empreindre eiimprimery titre et <i«-

% de currére, quaerëre, fretnére, gemëre, imprimêre, texëre. Inversement, le e tonique de la seconde a perdu Facccnt, de manière que lacère, par exemple» a été accentué tàcêre par le latin vulgaire et a dû donner taire, au lieu de tai' sir, qui se trouve aussi dans l'ancien français et est resté dans quelques dialectes.

b) La troisième conjugaison ëre oft're en latin cette particularité que, à la l*** et à la 2* personne du pluriel du présent de Tindicatif, Taccent tombe sur le radical et non pas sur la terminaison, comme c'est le cas dans les autres conjugaisons : rùmpimuêy rûmpitis; crédimtiSj créditis. Le français a placé Taccent sur la terminaison pour rendi*e ces deux personnes semblables aux autres : rom^ poney rompez ; croyons, croyez. Les seules exceptions sont, dans la langue actuelle, dites et faites (de dicUis, fdcitisjy qui n'ont jamais été accentués sur la terminaison.

c) Au prétérit de Tindicatif la 3« personne reporte Taccent de la pénultième sur Tantépénultième : disrent de dixérunt^ tinrent de tenuérunt. En revanche la l*** personne du pluriel avance Taccent de Tantépénultième à la pénultième. Ce dernier changement d'accentuation est très ancii^n, car on le constate dès les premiers temps non seulement dans les fonnes conservées, telles que rotnpîmes de rùpimus, mais encore dans les formes archaïques et postérieurement contractées, telles que desime» de diximus, fesimes de fécimus, etc., qui auraient été certainement , dès le début. dismeSffismes, si l'accent fût resté sur la voyelle qui le portait originairement, puisque les personnes accentuées sur le radical, dixi, dixitf dûeerunt, gardaient en fi-ançais l'accent à la même place: dis, dist, disrent. Cependant cela n*est pas sans restrictions : si deux voyelles se rencontrent, la première peut de nouveau attirer à elle l'accent, par ex. cfuMtâmes de cantàitnii9 pour cantàvimus ; en outre fûmes de fûimus et des cas analogues.

d) Les lettres ue ont généralement été traitées comme diphtongue brève, ou plutôt on a fait du u latin une consonne ; ainsi constiere, battxiere, ont été accentués cônsversy bâttvere, et ont donné coudre, battre. Ce déplacement n*a pas lieu pour les composés de struere qui ont passé en français : destruere a donné destruire d'où détruire (v. ^ llî>).

6. C'est à ce point de vue de raccentuation qu'on a distingué dans les verbes français, comme dans les verbes latins, une flexion forte et une flexion faible, ces deux modes de flexion s'affirmant le plus décidément au prétérit et au participe (*). Les verbes faibles ont le prétérit accentué sur la terminaison : aim-ai (am-ar/^, dorm-is (dorm-ivi). Les verbes fwis ont, au contraire, le prétérit accentué sur le radical, et on les divise en trois classes, selon qu^ils faisaient originairement leur prétérit en /, en si ou en ni : fis (fec-i); mis (m/si) ; vf. vd (volui), yrfewi (plrfcui); mais, comme aujourd'hui les verbes de cette dernière classe accentuent la terminaison, vùulviSyplvLSj il parait préférable de se servir dans la grammaire moderne des dénominations de verbes réguliers et irréguliers, qui sont plus en rapport avec l'état actuel de la flexion verbale, bien que, à I)roprement parler, on ne puisse pas appeler irréguliers les verbes qui ont le mieux conservé les formes organiques de l'ancienne conjugaison française.

(1) Diez, II, 116, etc„ et, d'après Diex, Ayer, dans la première (1H51) et la seconde 1K76) édition de la Grammaire comparée, Mactzuer (1856), G. Paris (1H62), Hrachel 1866), Chabaneau (1878), Urevmann (18K2), etc.

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