Chapitre XIII
DE LA DÉBIVATION
Aîiicle i. — De la dérivation en général
1. Les mots se foniient d'autres mot<? par (lérivatUm^ c'est-àdire en ajoutant au mot Ait primitif ww^ teniiinaison d'une valeur spéciale, appelée suffixe^ qui lui donne un sens particulier et en fait un mot dérivé.
Chaque suffixe en français est accentué et forme au moins une syllabe pleine. Il a son sens ou sa valeur propre, qui se retrouve dans tous les dérivés qu'il sert à former.
En général, le déï'ivé a un sens plus précis que le primitif et il équivaut à la combinaison d'un substantif avec son adjectif : Jarrfù/ef, petit jardin, mainonuette, petite maison, ou d'un verbe avec son complément ou circonstanciel : choim-, faire un choix, écumer, jeter de l'écume, rationner^ darder des rayons, balayer^ nettoyer avec un balai.
Le français intercale quelquefois entre le radical et le suffixe des mots dérivés cei'taines syllabes ayant valeur de suffixes comme ç. (z, s) dans c-eau, c-eUe : ijion'C-eau^ ois-eau^ rai'SS'eaUy cai-ss-elle; r (er)dan8 sech-er-esse, (UiM-er-ie. Pour éviter l'hiatus on intercale les consonnes / ; fourmi-l-lère^ r : enjoli-v-er^ et smtout t : ahri't-er; cufio-X-er, af/io-t-eur; Ujou-X-ier^ bijou-t'erie ; cafe-t'ier^ cafe-t-ière; don-t-ier, etc.; (/louylou-t-er ; jxipe-X-ier^ pape-t-erie] érein-i-er^ etc.; Ju-i-eux; fabd-t-ière (pour tabaquière)^ etc.
2. On distingue les suffixes de formation populaire des suffixes de fonnation savante; ces derniers n'entrent pas dans la dérivation proprement française, mais il en est quelques-uns, comme aire^ al et /7, /.^c^, ù<me^ etc., qui sont devenus assez familiers à la langue usuelle pour qu'elle les ait adoptés et assimilés en quelque sorte aux suffixes purement français. Quelques suffixes ont une doul)le forme, l'une populaire et l'autre savante, coirespondant souvent à une double signification, comme i^r et aire (premier et primaire)^ é et ai (comté et comtat)^ uison et atimi (raison et ration), esse et ice (justesse et justice), etc.
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Les suffixes français sont presque tous d'origine latine. Or, on distingue deux espèces de suffixes en latin : les suffixes accenlués, comme arius dans prima' rius, et les suflixes inaccentués, comme icus^ dans porticus,
lo Les suffixes latins accentués se sont conservés en français comme des formes vivantes et productives, et la langue les a employés à former des dérivés nouveaux en les ajoutant à des mots qui ne les avaient point en latin, par ex. huiêêier. Ces suilixes ont souvent en français une double forme, l'une ancienne et populaire, Tautiv moderne et savante (§27); ainsi le suffixe latin arius a donné le suffixe ier de formation populaire dans premier^ et le suffixe aire de formation savante dans primaire.
2« Les suffixes latins non accentués s'éteignent tous en français, comme icus dans porticus, qui a donné porche. Ces suffixes sont naturellement incapables de servir à la création de nouveaux dérivés; mais ils peuvent devenir productifs dans les mots de formation savante, par un déplacement de Taccent, par ex. portique.
3. La dérivation s'appelle nominale ou verbale^ selon qu'elle fonne, soit des noms (substantifs ou adjectifs), soit des rerhes,
a) Les substantifs et les adjectifs dérivés se tirent de substantifs, de verbes ou d'adjectifs au moyen de suffixes : cerisier de cerise, pctsssige de passer, bonté de bon ; mais la dérivation peut aussi avoir lieu sans le secours de ces terminaisons, comme dans cri de crier : c'est ce qu'on appelle dérivation impropre.
n y a beaucoup de noms dérivés dont les primitifs n'existent pas en français, par ex. aubier, candeur, mercier, menUd^ répetifÀre, transitif, mlgairc, etc. Quelquefois aussi le primitif est un vieux mot français hors diusage depuis longtemps, ou encore usité de nos jours, mais modifié dans sa forme. Ainsi goîtpilhn, dérivé du vieux français (joupH, renard, est venu au sens actuel, parce que les premiers goupillons ont été assimilés à une queue de renard. Le mot chapel, chapeau, a donné chajtelet, autrefois petite coiffui*e qui consistait ordinairement en une couronne de fleurs (§ 9). En revanche, il y a beaucoup de mots stériles qui ne peuvent pas avoir de dérivés, par ex. joli ne fait jfSiS joliesse on jolité, mais il a un composé enjoliver.
h) Les verbes dérivés sont formés de noms (substantifs ou adjectifs), soit par la simple addition des terminaisons de flexion, comme ferrer de fer, grandir de grand, soit au moyen de suffixes propres, comme iser dans fertiliser de feHile, Quelques verbes dérivés, en petit nombre, ont une base verbale, et ceux-là sont toujours formés au moj^en de suffixes, comme asser dans rêvasser.