I. Dérivation impropre (sans l'aide de suffixes
1 . Les noms de cette catégorie peuvent être tirés directement du radical verbal ou de l'une des formes nominales du verbe, savoir : V infinitifs \iè participe présent et ]e part icij^e passé.
2. On appelle substantifs verbaux les noms fonnés du radical verbal pur ou avec l'adjonction d'un e muet servant à faire sonner la consonne finale (§ 56), comme aboi de aboyer^ offre de offrir. Le mot dérivé se règle sur les formes du singulier du présent, ainsi soutenir donne soutien, La grande majorité de ces substantifs dérive de verbes de la première conjugaison : a) masculins, a})]>el de appelei-^ bhhne de blâmer^ désir de désirer,, doute de douter^ dégât du v. fi\ dévaster , éU*ve de élever, espoir de espérer^ émoi du v. fr. émoi/er, gain de gagner, groin de grogner^ pleur de pleurer^ rqxnre du v. fr. rejmrer (se retirer), reproche de reprocher, rêve de rêver, signe de signer^ songe de songer, tour de tourner^ vol de voler, etc. ; b) féminins, conserve de conserver, danse de danser, dépense de dépenser, di.^pute de disputer, dematide de denmnder, estime de estimer, Joute de jouter, offense de offenser, piace de placer, pêche de pêcher, 2>urge de purger, trace de tracer, trempe de tremper. Les noms tirés des autres conjugaisons comptent à peine ; accueil de accueillir, départ de départir, maintien de maintenir, rêne de retenir, combat de combattre, éhat de ébattre, rabat de rabattre, dmil de douloir. Ces substantifs verbaux sont presque tous abstraits ; on peut en excepter quelques noms concrets qui désignent surtout des choses : groin, conserve, rarement des pei'sonnes : élève,
n ne faut pas ronFondre ces noms tirés du verho avec les noms qui ont servi au contraire à former des verbes, comme balai, qui a donné balayer (v, § 150).
3. La langue emploie rarement aujourd'hui Yinpnitif comme substantif, par ex. V avenir, le boire, le repentir, etc. Mais un certain nombre d'infinitifs sont devenus de vrais substantifs, qui peuvent s'employer au pluriel, comme le devoir^ le déjeuner, le sourire, etc. Tous ces mots sont du genre masculin.
L'ancienne langue avait beaucoup plus de liberté ([ue la moderne de prendre l'infinitif substantivement : Que f âge le temps et loisir du faire et vous du lire (Froissard). Le n'avoir point de mal, cVw/ le plus avoir de bien que Vkomme puisse espérer (Montaigne). Le beaucoup sçavoir apporte V occasion de plus doubler (Id.). Le longtemps vivre et le peu de temps vivre est rendu tout un par la mort. (Id.) // heurtait de
§ 142 DERIVATION IMPROPRE 80;)
telle sorte que mon dormir s'en alla (Ronsard). On trouve encore dans La Fontaine : le long dormir est exclu de ce lieuy le dormir comme le manger et le boire, la came du marcher, etc. ; dans Bernardin de St-PieiTe : le voler de^ oiseaux frugivores^ le nager des 2)oîssons\ dans Lamartine : que ne^nm-je au doux tomber du jour ^ etc.
Quelques anciens verbes ne subsistent plus que par leur infinitif devenu substantif: le loisir (de licerej, ]e plaisir (de placere^ plaire).