‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 228 sur 409 · Composés ir réguliers · texte numérisé non relu

Composés ir réguliers

\'L II y a quelques formations insolites qui échappent à tout classement ; ainsi les mots composés formés de plirases ou de mots invariables pris substantivement (§ 62), comme un on-dit^ qui-va-lù, qui-rive, qu^en-dira-t-on , sauve-qui-peut , vive-la-joie^ quant-à-soi, sot-V y-laisse, ouï-dire y faire-le-faut (faire le fatUj selon l'Académie), tout-ou-rien y une sainte-ni-touche (= n'y touche), etc.

Il tant encore mentionner les composés par redoublement, tels que bonbon, dodo.fanfan, nanan, etc., et les locutions interjectives ou adverbiales, formées de monosj^Uabes qui reproduisent les voyelles /, a, ou, ou les deux premières seulement : bredi-hreda, de bric et de broc, cahin-caha (si l'étymologie n'est pas qua hinc, quu hac)j couci-couci, cric-crac, flic ftac, ric-à-ric, etc. ; ces locutions deviennent quelquefois substantifs: bric-à-brac, ficftac^ méli-mélo, micmac, tic tac, trictrac.

Enfin il y a les composés empruntés aux langues étrangères : germaniques, comme bourgmestre, brandevin, choucroute, cou- })eros^, feldspath, hallebarde, havre^sac, landtvelir, maréchal , margrave, potassCj etc. ; — beaupré, bifteck, bouledogue, fintglass, luiquenée, paquebot, railuay, steejJe-chase, tramway, etc. ; — flibustier, hauban, scorbut, vacarme, etc.; — romanes, comme carnaval, clavecin, filigrane, palafiite, saltimlxtnque, etc. ; — cabestan, matamore, salsepareille, soubresaut ; — autodafé, etc. ; — et autres : baragouin, cormoran; — alléluia, caravanséi^ail, dame-jeanne (v. Littré, Suppl.), tohu-bohu; — orang-outang, etc.

^1> C'est sans doute p,ii* inadvertance «jue M. Darnisteter place ces deux mots gon»' huit el soiifi-si'hiff, d'nbi>rd dans les cuiniiusês avec la prcponilion^ puis dans les composés avec Vadvt^rbe. (Formatitm Oes /note composée, \2S et 132.)

362 GKNKE DES NOMS COMPOSÉH § 156

B. Genre des noms composés.

1. Le genre des noms composés dépend de l'espèce de composition.

2. Dans les composés de conconlauce le genre est celui du mot principal : le chef-lievLj le chou-fleur, la beiteTB,vej la malfaçon (pour malefaçon), la ^rfa/e- forme; il faut en excepter quelques composés avec sjnecdoque, savoir rouge-gorge^ rmtgequeue, grand-croix, ixttte-])elu^ qui sont masculins, quoique le substantif composant soit féminin : rouge-gorge et rouge-quem ne sont devenus masculins que depuis la fin du siècle dernier ; patte-pelu a d'abord été et se dit encore jxiitc'pelue au féminin ; quant à grand-croix^ il est masculin d'après la règle qui transforme les féminins enseigne^ irom])etie, paillasse, etc., en masculins quand le nom de chose devient nom de personne (§ 69).

3. Dans les composés de dépendance le geni'e est également celui du mot principal : le iawvin, la banlieMe^ le /bw/vw/'-lion, la wf?»/-fépure ; le saljyèfre, le bain-w/r//'/é?, la tète-Dieu j etc.; sont exceptés le chhrefeuille et le chiendent.

4. Les composés avec V impératifs conmie jmiefeuille, coupegorge, sont essentiellement masculins, c'est-à-dire neutres ; mais ils deviemient féminins lorsque le genre naturel l'exige, ainsi une bégueule, une garde-malade; dans quelques-uns, la terminaison féminine a donné son genre au composé total : bouterons, hapiyelourde. ntorgeline, passerage, friqueltalle ; chante-jjleure, clignemusette , chausse-traj)e , garde- rohe , mouille-houche, jxtsse-pierre, passe-rose, perce-feuille, perce-neige, perce-pierre, saure-cie, tire- ])ointe; il y a en outre jxtstic- feu r.

5. Quand le nom est formé d'une ])artii'uleet d'un nom, comme avant-scène, atout, il faut distinguer deux cas, selon que la particule est un adverbe ou une préposition.

a) Si la particule est une prvimition. le composé est presque toujours masculin, quel que soit le genre du substantif régi par la préposition: un atout, un après-dîner, un après-midi {^), un enjeu, un en-tête, un sans-cœur.

Ce masculin cache le véritable genre, qui est le neutre: Venjeu est ce qui est en jeu. Comme le sujet est indéterminé, le ^'cnre doit être neutre. Quand le sujet se détermine et se porte nettement sur un être masculin ou féminin, le genre se précise en même temps : un sans-culotte, une sans-dent (vieille femme), une averse (pluie). Knfm il arrive parfois que le geni'e est donné par la terminaison; ainsi affairej entrave, soucoupe y contre-approches, contre-latte, sont aujourd'hui féminins.

il) Plusieurs, ditrAcadéniiti, font ce substantif fôminin.

b) Si la particule est un adverbe, le genre du composé est celui du substantif déterminé: un avant-hrtLSj une contremarche.

C'est cette règle qui pennet de distinguer, pour les noms féminins, ces composés avec Tadverbo de ceux qui sont formés d'une préposition et d'un substantif; ainsi enir^est adverbe dans entrevue^ nom féminin, et préposition dans entrecôte, nom masculin ; avant et arrière restent adverbes dans tous les noms composés, sauf dans avant-main et arrière-main, qui sont masculins quand ils désignent au jeu de paume un coup poussé du devant de la raquette ou du revers de la main. Dans avant-ëcène, signifiant la partie du théAtre où jouaient les acteurs chez les anciens, avant est adverbe et le composé est féminin ; mais dans le sens actuel du mot (loges d'avant-scène, § 155), avant est préposition et le substantif était d*abord masculin (Ac. 1798), mais il est devenu féminin par suite d'une influence de la terminaison.

1. Quand les parties des noms composés ne sont plus distinctes et s'écrivent en un seul mot, la formation du pluriel a lieu comme dans les noms simples : des gendarme^y des betteraves^ des plafonds, des banlieues, des piédestaux, des licous, des acomptes, des micmacs, des paquSots, etc.

Mais quand les parties d'un nom composé sont encore distinctes, la formation du pluriel dépend de la manière dont le mot est formé, et il n'y a que le nom et l'adjectif qui puissent prendi'e la marque du pluriel, conformément aux règles suivantes \

2. Quand les deux mots sont dans un rapport de concordance, ils prennent l'un et l'autre la marque du pluriel; c'est ce qui a lieu dans les noms composés qui sont formés :

a) De deux substantifs : un chef -lieu, des chefs-lieux, ; des loups-garous, des chmioc-raves, des épines-vinettes, des pierresponces, des martins-})echeurs, etc. L'Académie écrit des reinesmarguerite>s, des reines-Claude et des rose-croix.

b) D'un substantif et d'un adjectif: un beau-frère A^^ beauxfrères ; des blancs-mangers, des blancs-seings, des morts-bois, des piains-clmnis, des plains-pieds (des jUain-pied selon l'Académie), des quotes-parts, des saufs-conduits (sauf-conduits, Ac); des cerfs-iH^ants, des clairs-obscurs, des carêmes-p'enants, des christesmarines, des gras-doubles, des guets-apens, des pies-grièches, des procès-verbaux, des revenants-bons, des tailles-douces, des gardes nationaux, des pieds botti, etc. De même gentilhomme, bofihwnme, qui font: des gentilshommes, des bonshmnmes. Dans le pluriel chevau-legers, il y a suppression du x; on en a même formé un

singulier: un chemu-Uger^ de la même manière qu'on a fait gendarme du pluriel gens (Vannes^ qui avait un autre sens. — On écrit des hons-chrétiens^ des bons-henrisy des martins-secê, mais des saint-germain, des saint-augwstin, des terre-neuve et des haiit-le-corps.

Grand dans gramPtn^re, grand* messe ^ etc., reste toujours invariable; on écrit donc les grands-pères, mais les grand* mPres.

c) Mais on écrira des cent-snissesj des mille-pieik, des miUefleursj etc., parce que cent et mille sont des noms de nombre invariables.

3. Quand les deux mots s^nt dans un rapport de dépeïidance^ le mot principal seul prend la marque du pluriel :

a) Composés sans préposition : un chènre-piecL des cMvrepiedSj des fourmi-lions, des quatiier-nutttres, des terre-noix, des terre-jjleins; — des appuis-mnin, des Intins-marie, des hôtd^ Dieu, etc. L'Académie écrit des timhres-/)oste, mais des medle^ postes,

b) Composés avec préposition: un chef-d'œuvre, des cJiefsd'œuvre, des eous-de-pied, des mcnts-de-piété, des œils-de-f)œufj des ciels de lH,etc, Cependant l'Académie écrit avec uns: */ s*est enrichi avec les pots-de-vin, et sans s : mettre troi^ pot-au-fe\i.

Le déterminatif peut avoir un i? tant au singulier qu'au pluriel, s'il y a pluralité dans l'idée : un char à hancs^ des duxrs à bancs,

L'Académie écrit les agant^ cause, les agants droit, mais les soi-dUant docteurs, user de faux-fugant; et Littré, des Ixittant- Vœil.

On doit écrii'e des coq-à-râne, des ficr-à-hra^, des haut-à-lxis^ des pied-à-terre,

4. Dans les comi)osés dejJtra^es ou composés avec V impératif, lors(iue le nom est formé d'un verbe et d'un substantif qui en est le complément, comme couvre-chef, garde-cha^^se, perce-neige, serre-tête, etc. , le verbe ne prend jamais la marque du pluriel : des couvre-chef, des garde-chasse, des perce-neige, des serre-tête ; quant au substantif, qui en est le complément, il devrait toujours être au singulier, parce qu'il est pris dans un sens tout à fait général; mais l'usage varie beaucouj), et tandis que les uns écrivent essuie- fnaintdVit au singulier qu'au i)luriel, d'autres veulent essuie-mains dans les deux nombres, et d'autres enfin écrivent, sans s, un essuie-main, et, Rwec s, des essuie-mains. Les trois manières se trouvent dans le Dictionnaire de l'Académie, qui écrit un et des porte-aiguille , un et des jxyrte-allumetteSj un cure-dent et des cure-dents*

§ 157 N03IBRE DES XOMS C0M1X)SÉS 3G5

Ce qui prouve que le substantif devrait toujours être au singulier, c'est que frofnpe-rœil fait au pluriel des trampe-VœU, et non pas des trotnpe'le^'yeux.

Pique-nique^ qu'on rattache peut-être à tort aux composés avec l'impératif, fait au pluriel des pique-niques. L'Académie écrit des chasses-croisés^ mot qui est un double impératif et qui s'écrit aussi chassez-croisez.

Selon les grammairiens, garde dans un nom composé est substantif et variable si le mot désigne une personne: des gardes-chasses, des gardes^malades (^); mais il est verbe et invariable quand il désigne une chose : des garde^meubies, des garde-niangi^r. Cette distinction ne se justitîe pas; ^a>'(/eest toujours verbe, et conséquemment invariable, sauf lorsqu'il est déterminé par un adjectif (§155) et alors il est substantif variable : un garde nationaU des gardes nationaux ; un garde champêtre^ des gardes champêtres, etc.

5. Quand le nom est composé d'un substantif uni à une particule, il fout disting^ier deux cas, selon que la particule est une préposition ou un adverbe :

a) Le nom ne prend pas la marque du pluriel, s'il est régi par une préposition: des après-midi, des sans-culotte^ des satisfeur, des sans-jyeau, des sans-souci^ des sous-gorge^ des sous-soL Cependant l'Académie écrit des après-dhiers, des en-têtes, des entre-nœuds, des entre-lignes, des sans-dents, des sous-pieds, etc.

hj Le nom devient variable, si le préfixe est un adverbe : des avant-coureurs, des hautes-contre, des entr'actes, des jdusvalues, des mce-rois; il en est de même des noms composés avec l'adverbe non ou avec les mots demi ou mi et semi, qui ont le caractère d'adverbes invariables: des non-valeurs, les demimesures, les semi-preuves, les mi-mremes.

Les mots demi et mi sont de véritables adjectifs, même en composition, et comme tels ils étaient toujours variables dans l'ancienne langue. Il en est de même de nu, qui, jusqu'au siècle dernier, s'accordait régulièrement avec le nom suivant. Un récent usage, difficile à expliquer, a fait de ces mots des adverbes invariables : une demi^heure, il marchait lïxxrtête, nupieds. Toutefois demi et nu, placés après le nom, restent variables ; mais demi garde toujours le singulier : deux heures et demie, la tête nue, les pieds nus. Il faut remarquer en outre que demi employé comme nom est masculin : Deux demis mlent un entier (Ac), mais qu'il est féminin quand il signifie la moitié de l'heure : Cette horloge sonne les heures et les demies.

Les locutions adverbiales tête-à-tête, terre-à-terre, employées comme substantifs, restent invariables au pluriel : des tête-à-tête.

(1) I/Académie n'indique le plui iel que pour garde-cote et garde-vote, et là elle écrit gardes-côtes, gardes-notes. Littré écrit comme nous des garde-chasse, etc.

6. Les composés irréguliers dont les parties sont encore distinctes ne prennent pas la marque du pluriel : des hrw-à-hracy des itiéli-mélo^ les iic tac, d^ on dii^ des quen-dira-f-on. des qui'vice, des ouï-dire, etc. ; cependant l'Académie écrit des dames-jeannefi, des sainfeS'Hitoi(rheH,

Ne prennent pas non plus la marque du pluriel les noms étrangers formés de deux ou de plusieurs mots liés ou non par le trait d'union, comme des ex-coto, des in-folio, des Te Deiim des Irirsch-irassery etc. ; cependant on écrit des mMtus-consulfeii (§ 70), des orangs-outangs; feld-maréchal fait au pluriel feldmaréchaux.

Article IV. — Des adjectifs composés.

1. Les adjectifs composés ne sont pas très nombreux. Ils se divisent en deux espèces, selon qu'ils sont formés par un adjectif (adjectif avec adjectif) ou par un préfixe (préfixe avec adjectif).

A. Adjectif avec adjectif.

2. Les mots composés de deux adjectifs sont des composés de coordination, conune aigre-doitx, ou des composés de subordination, comme noureau-né; une troisième espèce est formée par les adjectifs composés exprimant la couleur, comme châtain brun.

3. Les composés de coordination sont formés de deux adjectifs indépendants Tuu de l'autre, et réunis par un trait d'union sans le secours de la conjonction et. Il y a ici un rapport d'addition dont les deux termes sont égaux en valeur : l'un n'est pas plus déterminant que l'autre n'est déterminé, parce que tous deux se rapportent à un même substantif: //// enfant i>ourdmuet est un enfant qui est sourd et muet. Les mots composés de cett« manière sont: aigre-doux, his-hianc, sourd-muet^ et les expressions telles que (dictionnaire) français- italien, etc. Les deux adjectifs sont également variables : Ces fruits sont aigresdoux. Elle est sourde-muefte de naissance. Substantivement: un sourd-muet, une sourde-muette. Les adjectifs composés de cett^ espèce sont souvent devenus substantifs, comme aigrefin, clairobscur, douce-amère.

A cette classe se rattachent par certains côtés les noms de nombre cardinaux tels que dix-huit, quatre-vingts, cent deux, où les deux mots forment un tout si complet que les noms de nom-

bre oixlinaux correspondants sont dix-huitième, quaive'vingtihney cent deuxihncj etc., et non dixième-hiiitihne, etc. •

4. Les composés de sidfordi nation sont fonnés de deux adjectifs dont l'un détermine Tautre. Le déterminé est un participe employé adjectivement et qui est toujours variable. Le déterminant, qui précède le détenniné, peut être :

a) Un adjectif variable, comme dans premier-néy dernier-né, frais cueilli, Sous la loi de Moïse on offrait à Dieu les enfants premiers-nés. Destructeurs-nés des êtres qui nous sont subordonnés, nous épuiserions la nature, si elle n'était inépuisable (Buflf.). il y a peu d'enfants qui soient aveugles-nés. Ces roses sont fraîches cueillies. Il est tout frais relevé de sa maladie (Ac). Monsieur est frais émoulu du collège (Mol). La houéie était fraîche épanouie (Bér.). Geneviève me regardait les yeux grands ouverts (Souvestre). Substantivement: Les premiers-nés des animaux étaient offhis à Dieu (Ac). Les rois sont les juges-nés de leurs imiples (J.-J. E.). // est /'enneminé des talents. Il eM le protecteur-né des sciences et des arts (Ac).

A cette classe de composés appartiennent : 1° tout-puissant, dont le premier terme reste invariable au pluriel : Elle est toute-puissante. Ils sont tout-puissants; — â"* mort-né, qui s'emploie aussi substantivement et dont le premier terme reste invariable, malgré l'analogie: Il est question d'une comédie mort-née (Beaumarchais). Ses vers souvent sont des enfants mort-nés (^) (Boil.). Parmi les mort-nés les mâles j^rédotninent dans une forte propoiiion (Block) ; — 3** ivre mort (aussi mort ivre), dont le déterminant est moti et non pas ivre : On renvoya Roidh et ses compagnons ivres morts (Volt.).

b) Un adjectif employé adverbialement et conséquemment invariable. Les composés de ce geni'e sont: clairsemé, clairvoyant, courbatu (court-battu?), comi-jointé, long-jainté, grascuit, court vêtu. Cette avoine est clairsemée. Cest une femme habile et clairvoyante. C-e cheval est court-j ointe, longjointé (Ac).- Il nous a servi du pain gras-cuit. Légère et court vêtue, elle allait à grands ^x/it (La F. VII, 10). Lesfefnmes y paraissent léger vêtues (J. Janin).

Noui^eau s'emploie de cette manière avec un participe variable : des enfants nouveau-nés, du beurre nouveau battu.

(1) « Coinme l'usape a prévalu de dire au féminin mort-née, il faut considérer ici mort comme un préflxo invariable. » Ainsi s'exprime Litlré, d'accord en cela avec l'orthographe adoptée par l'Académie. Mais, au lieu de préfixe, il aurait fallu dire adverbe invariable.

des vins nouveau percés. Il n'est pas usité dans ce sens avec un substantif féminin, excepté dans la locution nue pie nou* veau-née. Il s'emploie quelquefois substantivement, mais seulement au masculin : Je riem de voir le nouveau-né (Ac). Enfin fange de moti fond aur les nouveau-nés (Del.). Nouveau s'emploie encore avec quelques autres participes qui deviennent des substantifs, et alors il est adjectif variable : un nouveau marié, une nouvelle mariée, de nouveaux mariés; un nouveau venu, une nouvelle venue, les nouveaux venus, les nouvelles venues; un nouveau converti, une nouvelle convetiie, les nouveaux convetiis, les nouvelles converties. Il faut fêter la nouvelle venue. Ce/ homme est nouveau venu (Ac). Si les femmes cherchent à donner du ridicule à une nouvelle venue, c'est sifr qu^elle est plus jolie quelles (Volt.), loijwuveau est adjectif au même titre a^x^ premier ou dernier dans premier venu, dernier venu, etc.

5. Lorsque les deux adjectifs sont réunis pour exprimer une couleur, ils peuvent être variables ou invariables.

a) Us varient tous deux s'ils qualifient chacun séparément le substantif auquel ils se rapportent; on ne met pas de tirait d'union : Lit perdrix grise blanche ei la perdrix rouge blanche font mriété dans ces deux espèces de perdrix (Buff.), C'était comme autant de gros points d'une couleur \h,}xa^ brune et obscure (Id.). Elle est brune claire (Ac).

Beschcrelle établit la même règle et Tuppuie de cet exemple : Les cheveux de cette petite fille étaient châtains-bruns et fins (Buir.). Poitevin arrange cette phrase de la manière suivante : Les cheveux de cette petite fille étaient châ- . tains, bruns et clairs! Nous croyons qu'il fnut i\'v\vochâ'ains 6)*i/»ïssans trait d'union.

h) Mais si l'un des deux adjectifs détermine l'autre, ils restent tous les deux invariables et on les écrit avec un trait d'union : Néron avait les cheveux châtain-clair, les t/eux bleufoncé et la vue basse. J.-J, Noitsseau portait toujours des habits gris-clair. Quand on se couche, on a des pensées qui ne sont que gris-brun (Sév.). Llif/ène a le poil du corps et la crinière d'une couleur gris-obscur (BufF.). Lf/ gorge est aussi revêtue de plumes veloutées, mais celles-ci sont noires, avec des reflets vert-doré (Id.). Les pieds du grand beffroi ont dix-huit lignes de longueur et sont, ainsi que les doigts, d'une couleur plombé-clair (Id.). Ses yeux étaient jaune-pâle etd' une extrême petitesse {XXhtvX^loniémont). — Les deux adjectifs peuvent être réunis \}ùx et: Ils étaient vêtus tmis quatre de robes mi-jxtrties jaune et blanc (V. Hugo). — Un nom composé de concordance peut aussi s'apposer comme expression invariable à un substantif dont il indique la couleur, comme des étoffes rose-tendre. Il aivit un

chapeau relevé d'un bouquet de plumes feuille-morte (Les.). Voici des abricots plein- vent bien mûrs,

n peut arriver que l'un des adjectifs composés s'accorde, tandis que l'autre reste invariable : Ses cheveux blonds, ses yeux bleus très clair, sa maigretir et sa taille mince lui donnaient d'abord un air plus jeune qu'il n'étmt (Vigny).

Il y a, selon lioniface, cette diftéreiice entre des étoffes bleues claires et des étoffes bleu-clair, que les premières sont de couleur bleue et d*un tissu clair^ et que les secondes sont d'un bleuclai^. L'Académie ne fait pas cet'e difTèi-ence et laisse toujours invariables les adjectifs composés exprimant la couleur, sauf dair-brun dont elle fait accorder le second terme : Elle a des cheveux clairbrum. Cette femme est clair-brune. Quant à l'emploi du trait d'union, elle n*a pas de système arrêté; elle distingue, par exemple, gris brun^ substantif masculin, et gris-brun, adjectif (habit gris-brun) ; mais elle écrit sans trait d'union des cheveux châtain clair. Elle met toujours un trait d'union quand le second mot est un substantif, comme dans jaune-cilron, vert -dragon, vertpomme, vert-pré.

6. n y a un certain nombre d'adjectifs composés qui appartiennent à la formation savante. Nous en distinguerons deux espèces :

a) Les composés dits possessifs, comme magnanime^ équivoquey équianglej rectangle, curviligne^ rectiligne^ solipède, vélocipède, tardigrade, aériforme et les autres composés avec forme j etc. A cette catégorie se rattachent les composés avec les noms de nombre latins, comme unanime, uniflore, unilatéral, triennal, trivial, ternaire, tertiaire, qnadrangulaire, quinquagénaire, sexagénaire, sept^tagénaire, septennal, octogénaire, nonagénaire, décennal, multicolore, multiflore, etc.

b) Les composés au moyen d'un adjectif ou substantif dérivé de verbe et remplissant le rôle de suffixe :

oide(de oc-ddere, tuer) : déicide, fratricide, Jiomicide, îr\fanticide, parricide, réaicide, suicide, etc.

oole (de colère, cultiver) : agricole, ignicole, regnicole, vinicole, viticole, etc.

cnltenr et onlture (de cultiver) : agriculteur, agriculture; horticulteur, horticulture; apiculture, pisciculture, sylviculture, etc.

fère (de ferre, porter) : argentifère, aurifère, calorifère, Idctifère, lanifère, mammifère, somnifère, soporifère, etc.

fiqne ^de /accrc, faire^ '.pacifique, etc. (§ 148).

ttkf;Q {defirangere, bnser) : naufrage, saxifrage, suffrage,

toge (aefugere, fuir) : centrifuge, fébrifuge, transfuge, vermifuge.

loque (de loqui, parler) : soliloque, ventriloque, etc.

pare (ae parère, mettre au monde, produire) : ovipare, vivipare, etc.

▼ore (de vorare, manger) : camivore, frugivore, fumivore, herbivore, insectivore, omnivore, piscivore, etc.

B. Prélize avec adjectif.

7. Les composés de cette espèce sont formés d'un adjectif variable qui est déterminé par une particule (préposition ou

AYBH. Grammaire comparée. 2V

870 DES VERBES CX)MP0Sé8 § 159

adverbe), séparable, comme dans contre-révolutionnaire, bienfaisant^ ou inséparable, comme dans désagréable, injiMle. Les uns sont des mots agglutinés, comme adroit, antédiluvien^ eirconvoisin, corrélatifs coéternel, délayai, écervelé, extraordinaire, forcenéj inteUigentj occtdte^ perplexe, prématuré, prolixe, proéminentj religieux, rébarbatif, rétroactif, soiUerrain, sublunaire, surcomposé, superfiyi, susdit, ultramofitain, outrecuidant ; — imprévu, méwntent, bienheureux, malheureux, nonchalant, biscornu, etc. ; — les autres, en petit nombre, prennent le trait [d'union : parmi les composés avec préposition, seulement contre-réoolutionnairey entre-fin et entre-large (mots qui ne sont pas dans rAcadémie)^ sous-cutané, sous-double, sous-tnarin , sous-multiple, siés-éfioncé, ultra-rogaliste ; parmi les composés avec adverbe, bieti-aimé, bien-disant, bien-tenattt, non-jxiir, mi-patii, demi-mort, semi-circtUaire, etc. ; — enfin les composés avec trè^ sont simplement juxtaposés sans trait d'union ; très sctge, etc. On a fait réc^nmeni plusieurs essais de namgation sous-marine. Qiuitre est un des notnbres sous-xnultiples de seize. Cest sa fille bien-aimée. Elle était bien-tenante. Cette robe est mi-partie de blanc et de rouge. Les avis ont été mi-partis (Ac). Im femme était demimorte. (La femme était à aexûimorte sans trait d'union, parce que à demi est adverbe.)

Article V. — Des verbos composés.

1. Les verbes composés sont de deux espèces, selon que le mot déterminant est un subst/nitif ou un préfixe.

2. Quand le mot déterminant est un substantif, le mot principal est toujours un verbe dont ce substantif est le complément ou le circonstanciel. Les composés de cette espèce sont: r/ro bouter, bouleverser, boursoufler, d'où boursouflé, chantourner, champlever (tourner, lever de champ, ortliograplie vicieuse pour citant, v. ir. cant, coin, côté, d'où canton), chavirei' (pour chapitrer, pr. virer de tête), colpoiier, culbuter, morfondre (pr. fondre de la morve), maintenir, jfele-mekr (mêler Si\ec\'d pelle, d'où l'impératif />e/e-w^/6î pris SLàverhmlement), saupoudrer, vermoulu (moulu des vers). Les mots bouleverser, boursouflé expriment une comparaison : t^erser comme une boule, soufflé comme une bourse (selon une autre explication, botirsoufler serait une altération de boudesouffler, de boude, radical qui se retrouve dans boudin, bouder). Il y a quelques parasynthétiques : cham-

§ 160 DBH COMPOSÉS GRECS «71

pafier (de cJtHNqxfrt), manœuvrer (de nunKetnr)^ manufavturei' (de manufacture^ formé de mantis et factura, pr. facture à la maiu). Les adjectifs dieudofiué et muijreyiu (de «»/ et grenu) semblent appartenir à cette fonnation.

Aux verbes composés avec des sufjtdantifs se mttache la série des verbes en fier^ formés d'un HuMantif ou d'un a/ijedif et de fai'ere^firare, ûnR\e devenue aujourd'hui suffixe, comme versifier^ faire des rers^ foïiifier, rendre foti, etc. Cett« composition, comme celle des adverbes en ment, forme donc un trait d'union entre la composition et la dérivation. La terminaison fier peut prendre sa place aujourd'hui parmi les suffixes, à côté de la terminaison iser (§ 1 50).

3. Quand le déterminant est un i)réfixe^ le déterminé ou mot principal peut être :

a) Un verbe. Dans cette composition, qui est la plus fréquente, la particule a toujous la valeur d'un adverbe, qui modifie la signification du verbe en y ajoutant l'idée ou la nuance d'idée qui lui est propre, par ex. ^>o.^r ; apposer, composer, déposer, supposer, reposer, etc.

h) Un substantif ou un adjectif. Dans les composés de cette espèce, appelés parasynthétiques verbaux, la particule a toujours la valeur d'une préposition, conmie dans enterrer, de en et terre (§ 152).

Article VL — Des composés grecs.

1 . Les mots que le français a tirés du grec appartiennent, les uns à la langue littéraire, les autres, beaucoup plus nombreux, aux nomenclatures des sciences et des arts.

Notre langue étant trop pauvre en composés pour pouvoir répondre aux exigences de la scicncef c'est à la composition grecque que nous devons la plupart des ternies de la nomenclature soicntifiqnc ; de là la place énorme que le grec occupe dans le vocabulaire fran^uiis. C'est là un fait regrettable. Déjà l'adoption en masse de mots latins avait singulièrement modifié le caractère du français (i);

(1> « Quoi que nous réserve l'avenir, actuellement la langue des gens du monde, la langue commune, le français des livres et de la bonne conversation est tellement impr^Tié de latin que Torganisme laUn l'a en partie pénétré, que Ton petwe les mots en latin, qu'on les dérive, les compose d'après les lois de la dérivation, de la composition latine. Ouvrez au hasard un livre écrit dans la langue des gens du monde, et comptez les mots latms ; je devrais dire plutôt : comptez les mots français. Je prends sans choisir un article de la Remie des Deux Mofides, du 15 novembi-e 187G (La Folie au poirU de vue psychologique, p. 348). En voici le début:

c Si la raison est le privilège de l'homme, par ime comiKînsatlon douloureuse, on en « peut dire autant de la folie. 11 ne semble pas. en effet, que les humbles focultes de « l'animal soient Jamais exposées à cette terrible disgrâce, et dans l'espèce hiunaineelle-

872 DK8 COMPOSÉS GRKC8 § 160

toutefois, comme il remontait ainsi vers ses origines, le mal notait pas considérable. Mais il y a danger à recommencer la mdme tentative avec le grec, et à charger le français d*une quantité toujoui's croissante de termes sans analogues dans les radicaux de la langue et qui parfois ont à peine la forme du français. Car ce n*est pas impunément que ces termes, formés en vertu de lois inconnues à notre idiome, s'installent au milieu des termes français: c*est une plantation exotique qui vient se greffer sur les végétations indigènes, s*y développer, et peut-être les étouffer. Il y a déjà bien longtemps que Clf. Nodier dénonçait ces formations hybrides, barbares, qu'on rencontre dans plus d'un de nos composés modernes : telle est la nomenclature du système métrique qui déGe toutes les lois de l'analogie et du bon sens. C'est le cas surtout des composé:» qui indiquent les multiples du mètre ; hectomètre est un barbarisme détestable, cent se disant en grec hécaton et non pas heclon, qui signitle sixième. Un kiUr mètre est-ce mille mètres? non : avec la meilleure volonté du monde, ce ne peut être que la mesure d'un âne fkillos, bourrique); corrigeons-nous khilomètre, la mesure d'un due deviendra une mesure de fourrage, de foin (chilos, feurrage), nous n'en serons guère plus avancés. Quant aux noms des sous-mu ltibles, décimètrej centimètre, millimètre, ils violent doublement les lois de la composition, et parce qu'ils sont hybrides, et parce que le premier terme, d'après les lois de la coniposition latine, signifie dix, cent, mille, et non dixième, centième, milîièm,e. Après cela faut-il s'étonner que les Grecs modernes aient emprunté aux Français leur système métrique, mais non la nomenclature de ce système ; ils ne la comprendraient pas ! — Beaucoup de termes de la nomenclature chimique sont également mal faits, par ex. oxygène et hydrogène, parce que gène ne signifie pas qui produit y mais qui est né. Parmi les compositions hybrides les plus singulières, on peut citer le mot phalanstère, crée par Fourier: phalanstère est phalange affublé de la terminaison de monastère; ainsi le phalanstère est le monastère de la phalange. Cette bizarre formation, qui consiste à accoupler des membres de mots entre eux, est assez goûtée de nos chimistes, qui ont ainsi inventé le phénol (acide p^'nique, alcooi^, le chloroforme (acide chlorique et acide /brtnique). le chloral (chlore et alcool), etc. 0)

2. On distingue deux espèces de composés empruntés au grec : les composés de préfixes et les composés de mots.

A. Composés de préfixes.

3. Les composés de préfixes sont formés au moyen de particules grecques, soit prépositions, soit adverbes.

a) Prépositions. Les préfixes de cette espèce servent à former surtout des noms et fort peu de verbes.

< môme, ce sont les races supérieures qui fournissent aux maladies mentales presque c toutes leui*s victimes. Rare chez les sauvages, chez les enfants, la folie est d'autant « plus rré([uenle i\ne, les besoins de l'humanité devenant plus nombreux et plus com- « plexes, l'acUvité cérébrale se surexcite davantage à la poursuite des objets qui o peuvent la satisfaire: la folie est ainsi, poiu' employer un terme scientiliquo, foncc tion de la civilisation. Triste consé<|uence bien digne de provoquer les méditations € du philosophe, du moi'aliste, de l'homme d'Etat. »

c Le style de ce passage est ceilainement très pur, très simple, sans prétention. Les expressions sont si naturelles qu'elles ne frappent ni n'arrêtent le lecteur : eh bien, sur 59 verbes, adjectif ou substantiCs qu'il renferme, il y a 29 mots, la moitié, qui ne sont pas (lançais d origine. Voici ces mots : Privilège, compensation, facuUt^ animal, expO' aées, terrible, disgrâce, espèce, supérieures, mentales^ victimes, rare, fréauente, humanité, co^i.plexes, activité, cérébrale, suse.i'cite, objet, satisfaire, scientifique, fonction, civilisation, conséquence, provoquer, méditation, philosophe, moraliste, Etat.t

(1) V. Darmsteter, Mots nouveaux, 246 et s.

amphi, autour, des deux côtés : amphibie, amphibologie, amphisciens, amphithéâtre, etc.

ana, an, par, sur, en haut, de nouveau : anabaptiste, anachronisms^ analeptique, analogie, analyse, anathème, anatomie, anévrisme,

anti, ant, coutre : antagonisme, antarctique, antidote., antinomie, antipathie, antipode, antithèse, etc. Anti forme, avec des mots composéH, de nombreux parasynthé tiques adjectifs, c'est-à-dire qu'il joue le rôle d'une préposition ayant pour complément le substantif contenu dans Tadjectif suivant, et que la terminaison adjective du mot se rapporte au composé tout entier : antiscorbutique = qui est (ique) contre (anti) le scorbut, antisocial, etc. Quand anti est suivi d'un substantif pur et simple^ il est adverbe : antipape^ c'est-à-dire pape opposé (au vrai pape).

apo, de, loin de, pour : aphélie, apocalypse, apocryphe, apogée, apologie, apologue, apophonie, apoplexie, apothéose, apostasie, apostrophe,

oata, oat, du haut en bas, contre : catachrèse, cataclysme, catacotnbe, catalepsie, catalogue, cataracte, catarrhe, catastrophe, catéchisme, catéchumène, catégorie, etc.

dia, à cause de, à travers : diadème, diagnostic, dialecte, dialogue, diamètre, diaphane, diaphragme, diarrhée, etc.

ec, ex, de, hors de, éclectique, éclipse, exanthème, exégèse, exogène.

en, em,dans, sur: encéphale, encyclique, endogène, énergumène, enthousiasme, enthymème, embryon, emphase, emjihytéose, empyrée.

épi, ép, éph, sur, au-dessus : épidémie, épigastre, épigramme, épigraphe, épilepsie, épilogue, épisode, épithète, éphémère, époque, épicène, etc.

hyper, sur, au-dessus, au delà : hyi)erbole, hyperboréen, hypertrophie.

hypo, liyp, sous, dessous : hypocondre, hypocrite, hypogastre, hypogée, hypoténuse, hypothèque, hypothèse, hypotypose, hypallage, etc.

meta, met, avec, après, entre, signifie succession, changement, transformation : métaphore, météore, métamorphose, métonymie, méthode, etc.

para, par, chez, auprès de : parabole, paradigme, paradoxe, paralysie, paraphrase, parasite, parodie, paroisse j paroxysme, parallèle, etc.

péri, à l'entour de : péricarde, périgée, périhélie, période, péripatéticien, péripétie, périplionie, périphrase, périjmeumonie, péristyle, péritoine.

pro, devant, en avant : problème, prodrome, programme, prolégomènes, prologue., pronostic, prophète, prophylactique, prognathe, etc.

pros, à, vers : prosélyte, prosodie, prostase, prosthèse.

syn (sym, syl, sy), avec : synchronisme, synecdoque, synode, synonyme, synoptique, Mjntaxe, synthèse, symbole, sympathie, symptôme, syllabe, syllepse, syllogisme, symétrie, systètne, syzygie, etc.

b) Adverbes. On peut considérer comme particules adverbiales les mots et préfixes suivants :

arohi, en chef, manjue dans les composés grecs une idée de prééminence, de supériorité, de haut degré : archange, archidiacre, architecte. Composés nouveaux : archiprêtre, archiduc, etc. : archi s'emploie dans le langage familier pour marquer un degré excessif, et dans ce cas il se joint le plus souvent à des noms ou à des adjectifs ayant une signification défavorable : archifou, archivilain, etc.

dys, mal, mauvais : dyscrasie, dysenterie, dyspepsie, dysphagie, dyspnée.

en, bien, bon : eucJtaristie, Euménides, évangile, etc.

a (an) privatif répond au in négatif du latin et du français : abîme, acéphale, apathie, apepsie, aphonie, asphyxie, athée, atome, atonie, atrophie, azote; anarchie, anodin, anomal, anonyme, etc.

874 DKS COMPOSÉS GRECS § 160

Les dérivés de ces composés doivent être formés sur les dérivés grecs correspondants; ainsi période donnera périodique. Si cependant le mot grec a pénétré dans la langue, il peut recevoir les suflBxes français : syndic donne syndimL On dit syntaxique et syntadique : le premier dérive du mot français sytUaxe^ le second du mot grec styntawis,

B. Composéi de mots.

4. Les cmnposés de mots empruntés directement au grec ou de foimation nouvelle sont extrêmement nombreux. Nous ne pouvons donner la liste de tous ces composés, la terminologie scientifique y passerait tout entière. Cependant on peut la ramener à un certain nombre de mots préfixes ou déteiminaats et de mots suffixes ou déterminés dont les divei'ses combinaisons, soit entre eux, soit avec quelques autres radicaux, donnent naissance à la majeure partie des composés nouveaux. Quelques-uns de ces préfixes peuvent être employés comme suffixes et réciproquement, comme dans: anthrojxAogik^ eiljG<uUJuVjpie^ cép/ioMgie et hyArocéphale^ ffynaxiine et andvoffyne^ ///A<>graphie et hippo/îVAe, onaniatoipée et homonyme, phonolithe et téléplionej philologue et négrojf>A/7<?, podocarpe et myria/>o(fe, fy/>ograpliie et stéréofjpe; — gédogie et /o^romachie, barow*^re et ///urologie, orûi02)&lie et ^>^dagogie, névi'o/rf^/-e et j^éroairpe, Djrofechnie et ^ecA?2ologie.

a) Voici la liste des principaux mots grecs qui servent de radicaux ou de préfixes à des composés dont le second élément varie de diverses manières. Quelques composés avec électro^ gastrOy pseudo, etc., prennent un trait d'union quand le second mot existe isolé dans la langue française.

anthropo, homme : anthropologie, anthropomorphisme, anthropophage,

aoro, sommet : acrobate, atToatiche, acropole, acrotère.

auto, de soi-même : autobiographie, autocéphah, autochtone, autoci'ate, autographe, automate, autonome.

baro, pesanteur : baromètre, haroacope, barymétrie.

bibllo, liNTe : bibliographe, bibliomane, bibliophile, bibliothèt^ue.

bio, vie : biogène, biographie, biologie^ biomètre, bionomie.

oaco, mauvais : cacochyme, cacographie, cacologie, cacophonie.

oéphalo, tête : céphalalgie, céphalotomie, céphalolde, etc.

ohiro, ohir, main : chiragre, chirographaire, chirolotjie, chiromancie.

Ohromo, couleur : chromolithographie, chromophore, chromurgie.

ohrono, temps : chronogramme, chronologie, chronomètre, etc.

ohryso, or : chrysanthème, chrysocale, chrysocolle, chrysocome, chrysolithe, chrysologie, chrysopliore, chrysoprajfe, etc.

OOSmo, monde : cosmogonie, cosmographie, cosmologie, cosmopolite.

orypto, caché : cryptogame, cryptographie, cryptopore, etc.

oyano ou cyan,hleu : cyanogène, cyanomètre, cyanhydrique, cyanure, etc.

§ 160 DES COMPOSÉS ORSCS 875

cyolo, cercle : cycloide, cydoUihe, cycloptère, cychmorphe, etc. oyno, chien : cynégétique, cynocéphale, cynoglo8se, cynorexie, etc. Ojsto, ojst, vessie : cystocèle, cyatotde, eystotome, cystalgie, etc. démo, peuple : démocrate, démagogue.

éleotro, électricité : électro-aimant^élêctroehimiey électro-dynamique, élecirO'

magnétlsmey éiectro-positif^ électro-négatif y électrogène jélêctrolytey électro-

inètrCy électrophore-y électroscopey etc.

entomo, insecte : entoinologUy entomophage, entomozoairey etc. galaoto, lait : galactomètrCy galactographie, galactophore, etc. Castro, gastr, ventre ou estomac: gastralgUy gastéropodes^ geutronomey

gastroraphlCy ga^trotomiey gastro-entéritey gastro-hépatite^ etc. géo, terre : géocentriqney géodésiCy géognosie, géographiey géologie, géomancie,

géométriey géonomie, géophage, géorania, etc. gymno, nu : gymnosophistCy gymnospei^mie, gymnote, etc. gyn, gynéoo, femme, gynandrie, gynécocratiey gynécée. héll ou hélio, soleil : hélianthe, héliocentrique, héliocométSy héliographie,

héliomètre, hélioscope, héJiostaty héliotrope,

héma, hémo, hémato, sang : hémoptysiCy hémorragie, hémorroïdes, hémorrolsse, hématurie, hématocèle, hématophylUy etc.

hétéro, héter, autre, différent : hétéroclite, hétérodoxey hétérogène, hiéro, hier, sacré : hiérarchiCy hiératifjue, hiéroglyphey hiérophante, hlppo, hipp, cheval : hippiatrique, hippocampCy hyppocrèney hippodrome y

hippogriffe, hippolithe, hippophage, hippopotame. homéo, égal : homéopathie, homéomèrCy homéotéleute.

homo, le môme, semblable : homocentriqtiey homogènSy homologuey homonyme, homophanie.

hydro, hydr, eau : hydrocèle, hydrocéphale, hydrochlorate, hydrogène, hydrographie, hydromel, hydromètrfy hydrophohey hydroscopCy hydrothérapiCy hydraulique, hydropisie, hydrophtalmiCy etc.

hygTO, humide : hygromètre, hygrologie.y hygromancie, hygroscope.

ichtyo, poisson : ichtyolithe, ichtyologie, ichtyophage, ichtyosaure,

icono, image : iconoclaste, iconographie, ironologie, iconolàtre, iconomaque, iconostase, icanostrophe.

idéo, idée : idéogénie, idéographie, idéologie.

idio, propre, particulier, idiogyne, idiopathie, idiosyncrasie, idio-électrique,

iso, égal : isocèle, isochrone, isomère, isotherme.

litho, lith, pierre : Uthiasie, lithographie, lithologie, lithophage, lithophilef lithophylle, lithophyte, lithotome, Uthotritie, etc.

maoro, maor, grand : macrocéphale, macrocosme, macropode.

micro, mior, petit: microcèle, microcéphale, micrographie, microcosme, micromètre, microscope, microzoaire, micro-galvanique, etc.

méso, mes, qui est au milieu : mésocarpe, mésomérie, mésentère.

miso, mis, qui liait : misanthrope, misocampe, misogame, misogyne.

mytho, fable : mythographe, mythographie, mythologie, mythologiste.

néo, nouveau : néologie, néophyte, néo-latin, néo-platonisme.

névro, névr, nerf : névrographie, nécrologie, névroptère, névrotomie, etc.

noso, maladie : nosocome, nosofjènie, nosographie, nosologie,

nycto, nyct, de nuit : nyctalope, nyctohate, nyctographie, nyctanthe,

odonto, dent : odontalgie, odontoïde, odontolithe, odontologie,

œno, œn, vin : œnologie, œnomancie, amomètre, anophore, œnanthe.

onoma, nom : onomoncie ou onomatomancie, onomastiquey onomatopée.

ophl, ophlo, serpent : ophicléidey ophidien, ophioglosse, ophiolithej etc.

ophtalmo, œil : ophialmographie^ ophtalmo^cope, ophtalmotomie.

omitho, oiseau : omithoglossej ornithologie, ornithomancie.

ortho, orth, droit, dressé : orthocère, orthodonte, orthodoxe^ orthogonal^ orthographe, orthopédie, orthopnée, orthoptère, etc.

oryoto, fossile : oryctographie, oryctologie, oryctotechnie, etc.

OStéo, OR : ostéocolle, ontéocope, ostéocèle, ostéogénie, ostéographie, oatéolithe^ ostéologie, ostéophage, ostéotomie.

oxy, ox, acide (chimie), aifçu (histoire naturelle) : oxygène, oxygone, oxylobe^ oxymel, oxymétrie, oxiphonie, oxysulphure, oxyure.

paléo, paléonto, ancien : paléographie, paléozoologie, paléontologie.

I>an, I>ant0, tout : panorama, panthéisme, panslavisme, pantogonie, pantographe, pantomètre, pantomime, etc.

philo, phil, ^lui aime : philanthrope, philharmonique, philhellène, philologie^ philomatique, philomèle, philosophie, philotechnique.

phlébo, veine : phléhotorne, phléftohgie, phléborragie.

phono, voix : phonographie, phonologie, phonolithe, phononiètre.

photo, phot, lumière : plwtographie, photolithographie, photomètre, photophobie, photosphère, phosphwe, photospie, etc.

phjsio, nature : physiognomonie, physiologie^ physionomie.

podo, pod, pied : podagre, jwdocome, podocarpe, podoptère, etc.

jMBietidOf psend, mensonge : pseudonyme, pseudographe, pseudopode., pseudoacacia, pseudo-prophète, pseudo-platane, etc.

psyolio, psyoh, âme : psychologie, psychognosie, psychomancie, etc.

pyro, pyr, feu : pyromètre, pyrophore, pyroscaphe, pyrotechnie, etc.

rhlno, rhln, nez : rhinocéros, rhinoplustie, rhinolophe, rhinalgie.

stéréo, solide, stéréométrie, stéréoscope, stéréostatique, stéréotype.

Strato, strat, armée : stratégie, stratagème, stratocratie, stratographie.

télé, loin : télégramme, télégraphe, télémètre, téléphone, télescope.

théo, dieu : théocratie, théodicée, théoloijie, théosophie.

thermo, chaleur: thermidor, thermomètre, thermo électrique.

topo, top, lieu : toiïographie, topologique, toporoma, topothésip.

typo, modèle : tyi)OC.hromie, typographie, typolithe, ty/jomanie.

ZOO, animal : zooyraphie, zoolàtre, zoolithe, zoologie, zoophore, zoophyt4»..

A ces composés il faut ajouter ceux qui sont formés au moyen de noms de nombre grecs :

mono, mon, un seul : rnonoaiulrie, monomanie. monôme, monopole, monorime, monastique, monosyllabe, monothéisme, monotone, etc. di, dis, deux : diandrie, dièdre, dilemme, diphtongtie, distique, etc. tri, trois : triandrie, frièdre, trigonométrie, trilogie, etc. tétra, quatre : tétracorde, tétradrachme, tétraèdre, tétrandric, etc. pent, penta, cinq : pentacorde, pentagone, jyentamètre. jtentandrie, aie. hex, six : hexaèdre, hexagone, hexamètre, hexandrie, etc. hepta, hebd, sept : heptagone, heptandrie, heptarchie, hebdomadaire, etc. oct, ooto, huit : octaèdre, octaétéride, octandrie, octogone, octostyle, etc. ennéa, neuf : ennéacordc, ennéagone, ennéandrie, ennéapétale, etc. déoa, dix : décaèdre, décagone, décalogue, décalitre, décandrie, etc. endéoa, onze : endécagone, endécandrie, endéca^iyne, endécaphylle, etc. dodéoa, douze : dodécacor^e, dodécaèdre, dodécagone, dodécandrie, etc.

ioos, vingt : icosaèdre^ icosandrie, iconàprote, icosigane, etc. héoaton, hecato, heoto, cent : hécatonstyley hécatombe, hectare, hectolitre. kilOf mille : kilogramme, leilolitre, kilomètre, kiloêtère. myria, dix mille : myriamètre^ myrialitre, myrianthe^ myriapode. poly, plusieurs : polyandrie, polyèdre, polygamie, polyglotte,, polygone, polygraphe, polysyllabe, polytechnique, polythéisme, etc.

hémi, demi : hémicycle, hémiplégie, hémisphère, hémistiche, etc. proto, prot, premier : protocanonique, pi'otocole, prototype, protoxydt, etc. dento, dentéro, second : deutérocanonique, deutéronome, deutéroscopie, trito, troisième : tritochlorure, tritosulphure, tritoxyde.

b) Voici la liste des principaux mots grecs remplissant le rôle de suffixes communs à divers radicaux.

aigrie, douleur : cardialgle, nostalgie, névralgie, odontalgie. cèle, tumeur : encéphalocèle, gastro^'èle, hydrocèle, sacrocèU. cratie, force : aristocratie, autocratie, démocratie, ploutocratie, etc. gBJOie, garnie, mariage : agame, cryptogame, phanérogame; monogamicy

polygamie, gène (pour génère), qui engendre : gazogène, hydrogène, oxygène, etc. gonie, production, engendrement : cosmogonie, géogonie, théogonie, graphie (graphe), description : chorégraphie, chorographie, cosmographie,

ethnographie, géographie, ha{iiographie,phoiographie, sténographie ; autO'

graphe, bibliographe, olographe, télégraphe, etc. latrie (lâtre), adoration : idolâtrie, icofiolâtrie ; zoolâtre, etc. logie (logue), doctrine, théorie : anthropologie, cosmologie, géologie, icono-

logiCs mythologie, œnologie, ostéologie; dialogue, monologue, etc. mancie, divinatic»n : chiromancie, hygromancie, nécromancie. manie (mane), fureur : anglomanie, mélomane, métromanie. mètre, métrie, mesure : baromètre, électromètre, géométrie, graphomètre,

hydromètre, kilomètre, myriamètre, podomètre, etc. morphe (morphisme), forme : anthropomorphe, polymorphe, zoomorphe. nomie (nome), loi, règle : agronomie, astronomie, autonome, économe, gastronomie, métronome, etc.

oïde, qui a la forme de : conchoule, cycloîde, métalloïde, rhomboïde. orama, vue : diorama, géorama, néorama, panorama. pathie (pathique). maladie, affection : allopathie, homéopathie, idiopathie,

névropathie, antipathie, sympathie, etc.

pédie, éducation : encyclopédie, gymiiopédie, orthopédie. pliage (phagie), mangeur: anthropophage, entomophage, hippophage,ichtyO'

phage, lithopJiage, omophage, oesophage, sarcophage, etc. phobe, (phobie), qui craint : anglophobe, gallophobe, hydrophobe, etc. plégie, paralysie : hémiplégie, paraplégie.

phore, qui porte : électrophore, galactophore, métaphore, phosphore. ptère, aile, nageoire : chrysoptère, névroptère, ortlioptère, podoptère, etc. pôle, ville : acropole, métropole, nécropole, cosmopolite. scope (scopie), vue : hélioscope, horoscope, hydroscope, microscope, etc. teohnie, art : mnémotechnie, pyrotechnie, polytechnique. tomie, incision : artériotomie, cystotomie, gastrotomie, hystérotomie, etc. nrgie, travail : chirurgie, liturgie, métallurgie.

L'usage étendu de quelques-uns de ces suffixes, comme algiej

gaine, logie, manie, m^re,.etc., les fait souvent adjoindre & des radicaux qui sont latins. Il y a beaucoup trop de ces mots hybrides dans la langue des sciences et des arts, comme coxalgie, bigamie, minéralogie, angtomatiie, planisphère, etc.

Aces formes hybrides doivent se rattacher tous les nouveaux composés formés de deux termes latins ou français, dont le premier est terminé par la voyelle de composition ^rrecque o : génito-urinaire, (guerre) franco-aUetnande, (race) avglo-saoronne, (empire) austro-hongrois, etc. Il y a quelques composés savants formés sur le même principe, mais avec des éléments latins et où la voyelle de liaison est i et non o, comme héroï-comique^ tragi-comédie, etc.

Page 1