‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 268 sur 409 · Le mot même peut s'employer avec ou sans l'article · texte numérisé non relu

Le mot même peut s'employer avec ou sans l'article

A. Employé avec l'article ou un équivalent de l'article, même précède le substantif et marque l'identité ; il répond au latin idem^ eadem^ idem, et signifie qui n'est pas autre, qui n'est point différent : Pierre et Cêphas, <fest U môme apôtre. Il a encore le inèiELehahit qu'il avait (Ac). Les mômes causes produisent les mômes effets. Pour lors Rome ne fut plus cette ville dont le peuple n'avait eu qu'un môme esprit^ un môme amour de la liberté^ une môme haine pour la tyrannie (Mont.). Ces moines (jens qui vous flattent aujourdliid vous ont calomnié autrefois. On omet quelquefois l'article : Il avait un fils de môme â^ que moi (J.-J. R.). — Même peut s'employer absolument : Cet honime est toujours le môme. Cette femme est toujours la môme (Ac). Ce vin était délicieux.; en voici du môme. Les symptômes ne furent pas partmit les mêmes (iSismondi). Comme pronom neutre : Celn revient au môme.

B. Employé sans article, même est pronom adjectif ou adverbe.

a) Même, comme pronom adjectif, se met après le substantif ou le pronom personnel ou démonstratif; il répond alors au latin ipsCj ipsa, ipsum^ et marque plus expressément la personne ou la chose dont on parle. Quand tnême est placé après un pronom personnel, il est joint à ce dernier par un trait d'union, et le pronom, qui est toujours employé dans la fonne absolue, doit se répéter comme sujet devant le verbe suivant, excepté à la 3*^ personne ofi Ton peut omettre il : Cest le roi même qui Va dit. Cette femme ed la fausseté même (Ac). Les Potnains ne vainquirent les Grecs que par les (rrecs mêmes (Ac). TWi-môme tu te fais ton procès (La F. X, 2). Vamour-propre nous fait tout rapjx)tier à nous-mêmes (Mass.). Lui-même livre aux flammes le plus riche de ses jxdais (Ségnr). Lui-m.ême me Va dit. Comment ])rétendons-nous quun autre garde notre secret^ si nous ne pouvons

fe garder /low^-mômes ? (La Roch.) Et fm prends à témoin votre fèrt Zi/r-même (Mol.). Cela même ed un fniit que je goûte au- ^jourd'hui (La F. XI, 8).

b) Même^ employé sans article, peut être adverbe, et alors il marque l'intensité et équivaut au latin etiam^ soit aux adverbes français aum^ ett4rore,plus^ déplus; cela a lieu :

1® Quand même modifie un verbe ou un adjectif: Ils se sont même dit des injures grossières. Il faut obéir aux lois même htjnstes,

2" Après un substantif, quand même peut être déplacé et mis avant le substantif: Tai tout à craindre de leurs Uirme% de leurs soupirs, de leurs jylaisirs même (Mont.). Ses amis^ ses parents même le blâment. Les enfants même furent passés au fil de Vêpée.

\\ n'est pns toujours facile de distinguer mêtne adjectif (lat. ipse) et mhne adverbe (lat. etiam). On peut m(>mc quelquefois mettre indifTéruinment Tun ou Tautre: Il est aisé à un traducteur de se tirer des endroits mêmes (ou même) qu'il n'entend pas (Boil.).

.... Votre front prête à mon diadème Un éclat qui le rend respectable aux dieux même (Rac). On peut admettre les deux sens : aux dieux même (môme aux dieux) et aux dieux mêtnes (aux dieux eux -mômes).

Tel.

8. Tel est pronom démonstratif, mais s'emploie aussi comme pronom indéfini :

a) Tel, pronom démonstratif, marque la qualité d'un objet d'une manière tout à fait indéterminée : Pour être heureux ou malheureux, il faut se croire tel (Ac). Tel était alors Vétat de ses affaires (Id.). La qualité peut être déterminée par une proposition comparative ou consécutive, amenée par que : Il est tel que son père, S(f mémoire est telle qu^il n"* oublie jamais rien (Ac).

On emploie encore tel quand on ne veut pas ou qu'on ne peut pas marquer la qualité d'une manière déterminée, et dans ce sens tel est quelquefois précédé de un : J'arriverai à telle époque. Il est tantôt chez un tel, tantôt chez une telle (Ac).

b) Tel désigne souvent un individu tout à fait indéterminé: Tel homme recherche ce que tel autre mépri.se (Ac). Dans ce sens tel s'emploie le plus souvent absolument comme pronom indéfini suivi d'une proposition adjective qui le détermine : Tel qui rit vendredi , dimanche pleurera (Rac). Mais tel peut aussi être pronom conjoint : Tel homme est récompensé^ qui méritait d* être puni (Ac).

Tel qiiel^x^mWc : 1*' sjins changement, dans le même état : Je vous rends votre livre tel quel (. Ar.) ; 2" dans le langage familier, médiocre, de peu d'apparence : Cet accord tel quel ne dura guère (Boss.).

442 PRONOMS INTERROOATIFS § 190

Article V. — Pronoms înterrogaUfe,

1. Le pronom interrogatif, qu'il ne faut pas confondre avec le pronom relatif, se met en tête de la proposition, qui est principale ou subordonnée (objective), selon que rinterrogatîon est directe ou imUrecte: Qui cherchez-vous? — Dites-moi qui vous cherchez.

Le pronom interrogatif, quand il n'est pas emploj^é comme sujet, peut êti'e un*membre de la proposition objective qui dépend de la principale : Qui croyez-vous que l'on nommera à cette place? Que veux-tu que je fasse? Quel livre désirezvous que je vous donne? Quand croyez- cous qu'il viendra? Dans toutes ces phrases la proposition subordonnée est amenée par la conjonction que: Crayez-rous que Von no7nmera €iui? à cette pince? Croyez-vous qu'/7 viendra quand? Mais cette proposition subordonnée peut aussi n'avoird'autre lien que le pronom interrogatif lui-même : Dites-nou^ qui Von nommera à cette place. Sarez'vous quand // viendra (v. § 285).

Qui.

2. Le pronom qui désigne les jyersonnes sans distinction de genre. Il remplit la fonction de sujet ou de complément ou même de prédicat, et peut s'employer absolument: Qui frappe à la porte? Qui cherchez-vous? Qui étaient ces dames? Je connais un hotnme cajxilde d'en prendre soin ; et qui? me dit-il (Ac). Mais en aimant, qui ne veut être aimé! (La F.) Qui te rend m hardi de troubler mon hreuvaye? (La F. I, 10) Qui soujM;on nez- vous de ce vol? (Mol.) Qui sont ces gens en robe? (Rac.)

Le pronom qui peut être précédé de toutes les prépositions : De qui veux-tu ]xirler? (Mol.) A qui pensez-vous parler? (Ac.) Sur qui sera d'abord sa vengeance exercée? (Rac.) Mais de qui ne peut dépendre d'un substantif que lorsque ce substantif est employé comme prédicat : De qui esi-U fils? Si le substantif est sujet ou complément du verbe, on remplace ordinairement de qui par quel: Quelle main (au lieu de la main de qui?) a versé ce mng?

On remplace souvent qui par la forme qui est-ce qui : Qui est-ce qui frajype à la jxnie? (Qui frappe à la porte?) Qui estce que wus cherchez? (Qui cliercliez-vous?) De qui est-ce que vous jKtrlez? (De qui parlez- vous ?) A qui est-ce que vous parlez? (A qui parlez-vous?) »S7 l'on nous offrait Vimmoiialité sur la terre, qui est-ce qui mudrait accepter ce triste présent? (J.-J. R.)

Le pronom qui s'emploie quelquefois comme pronom indéfini: Nos gens s en vont^ qui deçà, qui delà (Courier).

§ 190 PRONOMS INTEBROGATIFS 443

Qui n'ayant pas de flexion est du genrç et du nombre communs, c'est-à-dire qu'il est toujours du masculin et du singulier. Toutefois la Fontaine l'a fait avec raison du féminin dans le conte du Faucon : Qui fut bien empêchée ? Ce fut Clitie.

Que^ quoi

3. Le pronom que ou quoi dèsigiie les choses sans distinction de genre.

a) Le pronom que est toujours conjoint et n'est jamais précédé d'une préposition. Il n'est usité qu'à l'accusatif pour exl)rimer soit le complément direct : Que cherchez-vous? Que n'ose et que ne peut V amitié violente! (La F. XII, 15) — soit le prédicat, a^vecêtreoudevenirj et alors il marque la qualité: Qu'êtesvous? Que deviefU'il? Que sommes-nous devant Dieu? — soit eniin le sujet logique exprimé comme prédicat avec un verbe impersonnel (§ 164): Que tous faut-il? Que faut-il davantage? (La F. VII, 3) Que vous semUe de cette mmson? Qxi^ arriverat-il?

L'accusatif que s'emploie quelquefois, au lieu de quoi^ pourquoi^ combien, comme complément indirect ou circonstanciel : Que (= à quoi) sert la scietwe sam la vertu? — Qu'(= de quoi) arez-cous à vous plaindre? Qu' (= en quoi) a-t-il besoin rfe mes conseils? Que (= pourquoi) ne partez- vous tout de suite? 0 mort tant désirée! que ne viens-tu? (La F.) Eh bien! que n aimes-tu? (A. Chén.) Q}!,^ parleMu de dieux, de nymphes et d'offrandes? (Id.) Que (ace.) conte ce livre? Que je suis tnalheureux!

Le pronom que ne s'emploie pas comme nominatif ou sujet d'un verbe personnel; on le remplace par la forme qu* est-ce qui : Qu'est-ce qui vous fâche? Qu'est-ce donc qui vous troMe ? (Fén.) Qu'est-ce qui sent du plaisir en vous? (Pasc.) On emploie aussi en pareil cas le pronom qui: Qui mus presse? ÇLsl F, IX, 2) Qui fait V oiseau ? c'est le plumuye (Id. II, 5). Qui vous rend à vous-même j en un jour, si contraire? (Rac.) Berger^ quel es-tu done? qui t'agite? (Chén.) Quand diaque année on est sûr de la suivante j qui peut troubler la paix de celle qui court ? (J.- J. E.)

On remplace souvent que par la iorm^ qu'est-ce que: Qu'estce que vous cherchez? Qu'est-ce que cela me fait? — Qu'estce que c'est? (Ac.) Qu'est-ce que nous deviendrom? Qu'est-ce qu'*7 vous faut? — Cette périphrase prend quelquefois, dans le langage familier, la fonne amplifiée qu'est-ce que c'est que: Qu'est-ce que c'est que cette logique? (Mol.) Qu'est-ce que c'est doyw qu'il y a? (Id.) Un coup de sabre^ qu'est-ce que c'est que ça pour un homme? (Augier)

b) Quoi est la forme accentuée de que^ et peut, comme qui^ s'employer absolument. Q%u)i remplace le pronom que :

444 PRONOMS INTERROHATIFS § 190

1^ Quand il doit être employé absolument au nomiDatif et i l'accusatif, ce qui n'a lieu que lorsque le verbe est ellipse, surtout quand il y a exclamation: Quoi! vouspadez déjà! — Quoi de plus beau que la retiu! — // fn^esf arrivé quelque chose de bien surprenant. Quoi donc?

Qu'est-ce là f lui dit-il. — /îien. — Quoi î rienf — Peu de chose (La F. 1, 5). I^imartinc a employé quoi à raccusatif comme pronom conjoint à la place de que: Quoi donc^ 6 mortels, vous annonce Vimmuable que vous cherchez?

a^" Après une préposition : A quoi pensez-vous? Bis-moi à quoi iu penses. De quoi cela vous serrira-f-il? (Volt.) Et sur quoi le crois-tu? (Mol.) Précédé dejmtr, il indique ordinairement la cause ou le motif et pour quoi s'écrit alors en un seul mot : Pourquoi 71e faites-vous jxis ixïtre tdche? Mais on écrira en séparant les deux mots: Vous rentrez chez vous^pourqvioi faire? parce que quoi est régi par faire et non par la préposition pour.

Quoi précédé d'une préposition peut se péripliraser comme qui et que : A quoi est-ce que rous pensez? De quoi est-ce que vous parlez? Pourquoi est-ce quV/ ne vient pas?

Suivis (l'un génitif, que et quoi se dis(in{;uent l'un de l'autre en ce que l'un a rappoi-t à la quantité, et l'autre à la qualité: Que de services il m'a rend*ui Quoi de plus heureux que ce qui vous arrive!

Quel^ lequel.

4. IjO pronom interrogatif adjectif est conjoint quel^ ou absolu lequel.

a) Le pronom conjoint quel se rapporte surtout à la qualité, comme quand on dit: Quel temps faif-U'^ c'est-à-dire : le temps est-il beau? est-il laid? Dans ce cas, quel correspond à tel et s'emploie comme attribut ou comme prédicat : Quel livre lisezvous? Quelle est votre intention? Quel est-il? de quel sang? et de quelle tribu? (R-aq.) Il se présente souvent dans les phrases exclamatives : Oh ! quel malheur de naître dans de si qrands ihrils! (Fén.)

Quand Tinterrogation a pour objet une \)ersonne, qui désigne ordinairement Vindividu^ que l'espèce à laquelle il appartient et quel sa qualité : Qui est ton frère? Cetft X. Qu'est-il? Il est laboureur. Quel r^it-H'^ Il (\<ît bon et juste. Mais //?/r/ désigne aussi V individu^ c'est-à-dire une personne ou une chose déterminée. Si, par exemple, en pai'lant d'un enfant, nous disons: Quel rst son ])i're? la réponse devra donner le nom de ce père. Pour éviter toute ambiguïté, on pourra se servir ici du pronom 7?//, s'ils'acrit d'une personne: Qui est son père? Jfais, devant les noms de choses, on n'a pas cette ressource, il faut toujours quel : Quelle est votre maison? c'est-à-dire : Entre ces maisons^ dites-moi celle qui est la vôtre.

Le pronom qud marque en outre la quantité: Quelle heure est'il? En quelle année vivons-nous?

Autrefois 011 se sen'aildans ce dernier cas du mot quant, quantième: Quantes heures est-il f en quantième année sommes-nous? Quant a fait place à Combien dans la langue moderne, mais il subsiste encoi'e dans la locution quant à (du lat. quantum ad) : quant à moi, c'est-à-dire autant qu'W est en moi, ainsi que dans cette expression un peu vieillie: toutes et quantes fois.

h) Le pronom absolu lequel se rapporte aux personnes comme aux choses qui sont déterminées soit par un génitif suivant, soit par ce qui précède : Lequel de ces garçons est votre fils ? Voici plusieurs vluines : laquelle voulez-vous? Lequel est quelquefois neutre : Lequel vaut mieux^ de cidtiver un art funeste ou de h rendre utile? (J.-J. R.)

AHicle VI. — Pronoms relatifs.

§ 101 1 . L'antécédent du pronom relatif peut éta-e :

a) Un nom commun déterminé comme espèce ou individu, soit par ce qui précède, soit pkr ce qui suit: La mort, qui n'épargne personne, est la véritable égalité. Un bienfait que Von reproche a perdu son mérite (La Br.). (Test ton père qui t'appelle. La flatterie est Técueil contre lequel viennent se briser les maximes les plus sage^s (Fén.). Il y a des reproches qui louent^ et des louanges qui médisent (La Boch.). // n'^y a point de vice qui n\iit une fausse ressemblance avec quelque vertu (La Br.). Aujourd'hui cependant il n'y a (aucune) défense qui tienne (Boil.). Janmisje n'eus si grand besoin de prudence et jamais la peur d'en nuinquer ne nuisit tant au peu (de prudence) que j'en ai (J.-J. R.).

b) Un nom propre : Je m'appelle Léandre, qui suis amoureux de Lucinde (Mol.). Tircis, qui V aperçut^ se glisse entre des saules (La F. n, 1).

c) Un pronom personnel dans la forme absolue : Et c'est toi que Von veut qui clwisisses des deux (Mol.). Sois mon héritier^ toi qui as eu assez d'esprit pour démêler le sens de l'inscription (Les.). Lui, qxjCun pape a couronné^ Est mort dans une île désefie (Bér.).

Lorsque qui doit se rapporter à un pronom personnel conjoint, on répète ce dernier sous la forme absolue : // xa^en veut à moi, qui ne lui ai jainais fait de mal. D'abord^ moi qui ai joué la tragédie, yen ai l'habitude (Mérimée). Le pronom personnel conjoint ne se présente comme antécédent qu'à la troisième personne, lorsque le pronom relatif suit le verbe : Je la vois qui s'avance (Corn.). Je Vaperçois qui v^ient (Mol.). Le voilà là-

dedans que fai (imeué avec mol (Td.)* ^ons le trouverez tnainfemmt vers ce petit hois qne voilà, qui s^aniKse à cotqter (fu Mi (1(1.). Les vcifà tous endormis qui ronflent (Pir on). Il e^ là^dan^ la chambre peinte, qui attend (Hugo). // a beaucoup ri^amis; il en est qui ne V oublieront pas dans son malheur.

Il faut encore citer lo cas où la proposition adjeclive amenée pnr qui est jointe au prédicat, mais se l'apporte au sujet de la principale exprimé par un proDOBi personnel conjoint (v. ch. XIX) : Je suis Dioniède^ roi d'Etolie, qui bleaai Vénus au siège de Troie {Véx\.). Nous sommes deux teligieuœ qui voyaçeons pour nos affaires (Flor.). Vous êtes ici plusieurs qui Tarez m*.

d) Uu pronom démonstratif: Celui qui croit tout savoir ne sait rien. T^e sénat se trouva composé de ceux mêmes qui stoppasoient le plus à la loi (St-Réal). Je sais ce que je suis^Je sais ce que vous êtes (Corn.). C'est ce à quoi je m'attendais le moins. Tel brille au second range]}!! s'éclipse au pretnier (Com.). Celuilà fait le crime à qui le crime sert (Id.). Monsieur^ c^ n^esf pas cela dont il est question (Mol.).

e) Un pronom interrogatif : Qu^avez'iH)us qui œt^ puisse émouvoir? (Mol.) Que voilà qui est scélérat (li,). Quoi que vous écriviez^ évitez la bassesse (Boil.)! Qu'on le trouve, où qu'/Z soit (Corn.). Quelles que soient les lois, il faut toujours les suirre (Mont.).

f) Un pronom indéfini : Il yiij a personne qui ne soii dangereux pour quelqu'un ( Sév.). S^il est quelqu'un que la vanité a rendu heureux, assurément ce quelqu'un était un sot (J.-J. R,). Ce bloc enfariné ne me dit rien qui vaille (La F. III. 18).

g) Uu adjectif emploj^é comme prédicat : Aveugle que tvus êtes. Infortunés que nous sommes (Rac.\

h) Une proposition tout entiOre, et alors le pronom relatif est précédé du démonstratif neutre ce : Mes affaires n'avartrent point, ce qui me désespère (Sév.). // parvint à lire couramment son bréviaire, ce qu'// n'avait jamais fait auparavant (Les.). Il fut absous, ce diOl^ personne ne don' ait.

Les pronoms relatifs correspondent aux pronoms déterminatifs : celui-ipjà.j ce-qui, comme les pronoms interrogatifs aux pronoms démonstratifs proprement dits: Qui? Celui-ci. — Quoi? Ceci.

Qui, que.

2. L'emploi du pronom conjoint qui dépend de son rapport à l'antécédent, selon que ce rapport est maniué sans ou arec le secours de préj)ositious.

a) Quand il n'j^ a pas de préposition, le pronom conjoint qui au nominatif et que à l'accusatif se dit également des jyersonnes et des choses pour exprimer le sujet, le complément direct ou le prMicat: L homme qui pense, le vent qui souffle; — Vhommc

que je cherche^ la jx)tie q\ieje fertm, fou que fa es. Le chardon^ qui rient (huis les terraim les plus négligén^ fait les délices de Vâne .solitaire (Bern.). Je souffre tous les nutux que fai faits devant Troie (Rac). J^ui Vhomme qu'/? tous faut (Ac).

Voici encore quelques exemples de l'emploi de que comme accusatif du verbe : Il semble toujours rire en lui-même de ceu.r qu'i/ croit ne le valoir 2x1s (La Br.). J'ai jm supj)oser vrai ce que je samis avoir im Vêtre (J.- J. R.). Il y a de la lâcheté à déguiser ce que le ciel nous a fait naître (Mol.). Cette remarque demande an esprit désintéressé. Je fais choix du tien que je connais bon (Les. ). Tout moii qu'// paraissait^ il avait Vair menaçant (Id.). C'était tout ce qu'// restait à Claude de sa famille (Hugo).

b) Après les prépositions, on emploie :

1" Le pronom qui^ pour les personnes ou les choses personnifiées: r homme à qui ou de qui V&n jmrle; rochers à (\}i\je me plains (Ac). Il y a du plaisir à rencontrer les yeux de celui à qui Von vient de donner (La Br.). Il y a des gens d'hutte certaine étoffe ou d'un cetiain caractère avec qui il ne faut jamais se commettre et contre qui il n'est pas même permis d^avoir raison (Id.). 0 rochers escaipés! c*est à vous que je me plains^ car je n^ai qus vous à qui jfi puisse me plaindre (F en.). Qui s'emploie aussi quelquefois après une préposition en parlant des animaux : un chien à qui elle fait mille caresses (Ac).

Les poètes se servent de qui après une préposition, lors même que rantôcédont est un nom de chose : S'outiendrez-vous un faix sous qui Rome succombe? ((]orn.) J'ai su tromper les yeux par qui jVfais gardé (Rac). Je pardonne à la main par qui Dieu m'a frappé (Volt.)< Cet emploi est plus rare en prose: Ily a des choses sur qui le poète n'a aucun droit (Corn.). Les gétnissements de la colcmbe doivent être laissés à la solitude et au silence à qui elle les a confiés (Vli^ch.). Les flambeaux qui avaient mis Slade en cendres étaient les représailles des boulets rouges par qui Slade avait élé consumée (Volt.). Ce fleuve arrose une délicieuse contrée que les hahilanls des Etats-Unis appellent le nouvel Eden et à qui les Français ont laissé le doux nom de Louisiane (Chat.).

2** Le pronom quoi poui* les choses^ surtout au datif : ce à quoi je ])ense. Ce n'est pas le bofiheur 9,]prés quoi je soupire Qiol.). J'ai une petite barque et des gens avec quoi fort facilement je prétends enlever la belle (Id.). // y eut qudques tables où le rôti manqua à cause de 2)lusieur8 dîners à quoi on 71e s^ était jxts attendu (Sév.). Je votduSj pour sept batZj à quoi tnontait ma dépens, lui laisser ma veste en gage (J.-J. R). Cest encore ici une des raisons pour quoi je veux élever Emile à la campagne (Id.). Cest une objedion à quoi // n'y a pas de réponse (Restant). La chose à quoi V avare pense le moins, c*est à secmirir les pauvres (Wailly).

Aujourd'hui le relatif conjoint quoi ne s'emploie plus guère qu'avec un antécédent d'un sens indéfini, comme ce, rien : La

question nV^ jxis de savoir ce qui nous convient^ mais ce à quoi 710US convenons (Souvestre). Il n'y a rien sur quoi Vof^ ait tant disputé (Ac). Comment! vous ne savez pas ce à quoi il tiX^vaHle. (Beseherelle). Les midadies de T âme sont les pi us dangereuses: nous. devrions travailler à les guérir; c'est ce à quoi cependant nous ne travaillons guère (Boniface). Partout ailleurs on se sert de lequti (V. n° 4).

Maib un trouve encore quoi en rapport avec un substantif, et l'Aciidéinie ellemême qui, dans sii septième édition a supprimé ces exemples: C'est un vieek quoi il est sujet. Ce sont des conditions sans quoi la chose n'eût ptu été concluey a conservé la phrase suivante où quoi a pour antécédent uii noni partitif: Ce sont choses à quoi vous ne prenez pas garde. Voici d'autres exemples tirés d'écrivains contemporains: J*ai raté une teinture de tourne^tol^ à q[aoij'tsxceUe (Th. Gautier). Les enfants par quoi se maintient le gouvernement de la famille et de VElat (Midi.).

3. Le relatif absolu est qui pour les personnes et (jue ou quoi pour les choses.

a) Le relatif absolu qui s'emploie :

1** Comme sujet, surtout dans les sentences et les proverbes: Qui trop embrasse mal étreint. Qui doti dîne. Est bien nialmle qui en meurt. Sauve qui 2^€ut. Qui veut faire l'ange fait la bet^.{P8iSC,).

2"* Comme complément, et alors le pronom qui est en général régi par le verbe de la principale: Aimez qui vous aime. Cherchez qui vous coudrez. Je m^en rappode à qui vous voudrez. Travaillez pour qui vous voudrez. Allez chez qui vom voudrez. La mort n'a rien d! affreux pour qui n'a rien à craindre (Com.). Mais qui peut être aussi gouverné par le verbe de la subordonnée : Vous trouverez à qui jxfrler, où à qui est le régime de parler et non de trouver. Qui peut être complément attributif: J\ti consulté, non mes devoirs, mou esprit égaré ne les connaît pius^ mais mon cœur, dernière règle de qui nen saurait plus suivre (J.-J. R.).

b) Que et quoi sont neutres et ne se rapportent qu'aux choses.

1® Que marque Taccusatif, comme dans cet ancien proverbe que l'Académie a conservé: Fais ce que dois, advienne (ce) que pourra. Mais aujourd'lmi que est hors d'usage comme pronom absolu : on ne dit plus : Cherchez que vous voudrez, comme ou dit: Chercliez qui vous voudrez; il faut employer le pronom conjoint et dire : Cherchez ce que vous voudrez.

2** Le neuti'e quoi ne s'emploie qu'après des prépositions : C'est à quoi je j^ense. Cest en quoi vous vous tromjtez (Ac). C'est de quoi,/(? voulais vous parler (Ac). C'est à quoi 7'ai fait allusion (Ac). Voilà sur quoi./V veux que Bajazet prononce (Rac). Seigneur, rcpaiiit Séraphine, voici de quoi^V me plains (Les.),

Lorsqu'il s'agit de renvoyer à une proposition entière, on supprime quelquefois le démonstratif ce et on emploie le pronom relatif comme pronom neutre absolu : qui au nominatif, que à l'accusatif et quoi après les prépositions : Cd écolier est ignorant et, qm pis est, phin de vanité. Il n'y a personne à la maisan, que je sache (Ac). J'ai f&ndé Carthage, il faut que je Vhahite, sans quoi Carthage périrait (Volt.).

c) Le pronom absolu s'emploie d'une manière particulière avec/'o/r/ et voilà ou a vec un infinitif.

P Après ix)ici, voilà, on se sert au nominatif de la foi-me absolue qui pour les personnes (= celui qui) comme pour les choses (= ce qui) : Voilà (celui) qui ivus en dira des nouvelles. Voilà (ce) qui est entendu, tandis qu'à l'accusatif la forme conjointe ceJui que ou ce que est de rigueur: Voilà celui que je cherclie. Voici ce que je cherche. Quand le pronom est précédé d'une préposition, c'est la forme absolue qu'il faut employer, savoir mû pour les personnes et quoi pour les choses : Voilà à qui vous devez vous adresser. Voilà à quoi il faut songer. Voici de quoi je meplmns (Les.).

2*^ Construit avec l'infinitif, le pronom employé sans antécédent peut être iuterrogatif ou relatif selon le sens, interrogatif comme dans : Je n^ sais qui accuser. Je n'y sais que faire. Je ne sais à quoi me décider, etc., et relatif, comme dans: J'ai sur qui m'en venger (Ac). Je n'ai que faire de ses dons (Mol.). Les dattes donnent à VJiomme de quoi le nourrir, le vêtir et le loger (Volt). Au surplus, comme le pronom iuterrogatif et le pronom relatif ont les mêmes formes, il n'est pas toujours facile de les distinguer.

Rien que le pronom absolu qui, tiré de l'interrogatir quis, s'emploie pour is quif le neutre que ne peut pas remplacer idquod; sauf dans les cas indiqués ci-dessus, il veut (^tre précédé du démonstratif c^», d*où les formes ce qui, ce que, ce dont^ ce à quoi^ etc. : Vous ne savez pas ce qui s est passée ce que i^pus dites. ce dont je parle, ce à quoi je pense. L'ancien français disait que pour ce qui ou ce que; cet usage est encore celui du XVI« siècle: Voici que arriva un jour. .Je me doute que c'est (Uab.), et l'on en trouve des exemples môme au XVII*' siècle: Qui n'avait jamais éprouvé que peut un visage dWlcide (Malh.). Le roi ne sait que c'est d'honorer à demi (Corn.). Je ne sais qa'est devenu son ///s(Rac.). Attend que deviendra le destin de la reine (Id.).

Lequel,

4. Le pronom relatif lequel peut être joint au substantif : La gloire est le but des ambitieux, lequel but est quelquefois^difficile à atteindre. Mais le plus souvent il est seul et ne s'emploie, à cause de sa forme peu élégante, que pour suppléer au pronom substantif qui, que ou quoi.

a) Au nominatif et à Taccusatif, on se sert de lequel k la place du pronom invariable qui ou que, dont l'emploi donnerait lieu

A Y Kfi, Grammaire* cûmparA**. il»

4«50 PHONOMS RELATIFS § 191

à une équivoque ; c'est ce qui a surtout lieu quand Tantécédent ne précède pas immédiatement le relatif ou qu'il est accompa^é d'un substantif de genre ou de nombre différent : Un homme s'ed levé au milieu de Rassemblée, lequel (et non pas qui) aparté dune manière extravagante (Ac). Il semble que la logique est rwrt de convaincre de quelque vérité^ et VMoquence un don de Fâmê, lequel nous remi maîtres du cœur et de V esprit des hommes (La Br.). Cest Ut fille de mon protecteur, lequel e$i aussi ratrt ami. tTai eu'uji oncle qui n'était pas un hotntnefort mircKuleuar^ lequel a nourri vingt-quatre années une espèce de bic/èon qu*il avait (Boil.). Vous savez qu^il y aune MiMon contrefaite démon livre^ laquelle doit paraître ces fêtes (J.-J. R.). Voici un exemple tiré des papiers anglais^ lequel ^> ne jmis m' empêcher de rapporter (Id.). Oidre les vins destinée pour la vente et pour les provisions ordinaires^ lesquelles n'ont d'autre fa^on que d*être recueSUes avec soin, la bienfaisante fée en prépare d'autres plus fins pour nos buveurs (Id.). On emploie encore lequel pour donner plus de force à l'expression : Il n^ acheta que des langues, lesquelles il fit accommoder à toutes les sauces (La F.). Confufsé rétablit cette rdigio}i, laquelle consiste à être juste (Volt.).

b) Après les prépositions, on emploie lequel :

1** En concurrence avec qui^ lorsqu'il s'agit de personnes; l'oreille et le goût peuvent seuls décider entre les deux pronoms, et l'on dit également : Il faut bien choisir les personnes à qui ou auxquelles on veict donner sa confiance. Je tiens pour maxime incontestable que quiconque n'a vu qu'un peuple, au lieu de connaître les hommes, ne conmût pas les gens avec lesquels U a vêxu (J.-J. R.).

Api-ès la préposition panni, on emploie toujours lequel au licude^M*.* Voilà lea rois et les princes parmi lesquels on placera ce motiarque (Boss.).

2^ A, la place de quoi, lorsqu'il s'agit de choses: C'est une chose à laquelle je n'ai pas pensé. Voici le cheval, f arbre sur lequel je montai. La flatterie est recueil contre lequel viennent se briser les nu/ximes les jJ us sages (F en.). C'est une condition sans laquelle il ne veut rien faire (Ac).

Aver le neutre re ou rien, on n'emploie pas Icffuel^ mais çui, que (ce qui, ce que) ou quoi après une préposition {ce à quoi^ ce après quoi, etc.); toutefois, au lieu de ce de quoi, on dit ce dont.

Dont.

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