Le pronom relatif dont peut dépendre
a) D'un substantifs qui n'est pas précédé de préposition et qui se place immédiatement après ^/ow/ ou après le verbe, selon qu'il est au nominatif on à V accusatif. Dans ce cas, le pronom dont exprime la possession et s'emploie :
1** En concurrence avec y«é/, lorsqu'il s'agit de pep'Bonms: Vhomme dont la probité est connue; rhotmne dont nous connaissons la probité; Dieu^ dont la bofiM esi infink; Dieu, dont 7iou.^ admirons les œuvres (Ac). Cest un enfant dont le père (le père de Tenfant) est fnort et de qui la mère (la mère de l'en&nt) n'a aucun soin. Les imbéciles, dont Vâtne esé sans action^ rêcefU comme les autres hommes (Buflf.). Cliarles X achevait ses derniers jours dans son dernier exU^ avec le peUt-fils dont le père avait été assassiné et de qui la mère était captive (Chat.). Ar^^rère ceux dont la bouche souffle le cliaud et le froid (La F. V, 7).
En pareil cas on doit employer duquel au lieu de dont toutes les fois que l'emploi de dont donnerait lieu à une équivoque : Ce cpéi m'intéresse moi et tom mes semblables^ c'est que chacun sache qu'à existe un arbitre du sort des humains, duquel nous sommes tous les enfants (J.-J. R.)-
2** A la place de quoi, lorsqu'il s'agit de choses : la nature dont les lois sofU immuables ; la nature dont nous ignorons les secrets. Ce sont des faits dont/ ai été le témoin (le témoin des faits). Vennui est xme maladie dont le travail est le remèd§ (Lévis). // n'y a rien dans le monde dont Dieu ne soit Vatàeur (Restant).
Si le nom de l'objet possédé est précédé d'une préposition, on le fait suivre du pronom relatif en remplaçant dont :
P Par duquel ou de qui, si l'antécédent est une personne : Dieu, à la bonté duquel ou de qui je me confie. Oest un homme à la probité duquel ou de qui je me fie. Elis a des enfants à la sxd/sikance de qui il faut pourvoir convenablement (J.-J. R.). Celui-là seul avait le droit de demander le triœnphe sous les auspices duquel la guerre était faite (Mont).
2** Par duquel, si l'antécédent est une chose: la nature aux lois de laquelle tout est soumis. Le nid d*une fauvette est défendu par un buisson épineux, et celui de la tourterelle par la hauteur de Varbre au sommet duquel il est posé (Bem.). Hier fut un jour sur les érénetnents duquel il faut peut-être jeter un voile (Thiers).
b) D'un verbe, et alors dont s'emploie en concurrence avec de qui pour les personnes : L'homme dont ou de qvdje /'ai appris est dif/ne de foi. et à la place de qtéoi pour les choses: Le lierre s'attache à Varbre dont il a besoin pour croître et se soutenir. Montrez-moi ce dont mus êtes capable.
En pareil cas, s'il s'agit d'exprimer l'extraction, l'origine, on emploie dont pour les personnes ou les choses personnifiées, et d'où pour les choses: Je connais la famille dont il est sorti.
452 PRONOMS INDÉFINIS § lÔÎ
Voilà la maison d'où je sors. Comment avez-vous pu entrer dans cette Ue d'où vous sortez? (Fén.)
Misérablej et je vi8f et je soutiens la vue
De ce sacré soleil dont^'e suis descendue! (Rac.)
On trouve dont employé comme pronom absolu : La mère Barbeau se mit à pleurer j dont le père Barbeau se mit peti en peine (G. Sand).
De mauvais fils il devint mauvais père.
De ses enfants ne s'embarrassa guère,
Dont il advint que, par faute de soins.
S'il valait peu, ses fiU valurent moins (Andrieux).
Où.
6. L'adverbe de lieu où s'emploie aussi comme pronom relatif, même lorsqu'il ne s'agit pas de désigner le lieu, et alors ofi se met pour dans lequel^ auquel^ et rf'o/V pour duquel^ dotU. Toutefois aujourd'hui ce pronom n'est guère usité, surtout en prose, que lorsqu'il marque les rapports de lieu ou de temps : la maison où (= dans laquelle) je demeure^ le lieu où il va, à Vheure où je vous parle, le but où // tend, le mauvais pas d'où // s^est tiré^ les eiidroits par où nous passons (Ac).
Voici des exemples de l'emploi ancien et moderne du relatif où : Vous avez vu ce fils où mon espoir se fonde (Mol.). C^est un recours oiije ne songeais pas (lA.). Laissons là h médecine oïl vous ne croyez point (Id.). CPest là V unique étud^ où je veux m'attacher (Boil.). Il arrive quelquefois dans la vie des accidents rf'où il^ faut être un peu fou 2>our se bien tirer (La Roch.). Pardonne à cet hymen oilj\à pu consentir (Volt.). Est-il étonnant que nos maux se multiplient dans tous les points p^LT OÙ Voit peut nous blesser? (J.-J. R.) Sans les insectes, les oiseaux n'auraient pas de quoi nourrir leurs petits^ dans une saison où il w'// a pas encore de grains ni de fruits mûrs (Bem.). Je parcourus Vancienne Bétique, où les anciefis avaient placé le bonlieur (Chat.). // y eut un instmit où les plus déterminés iKÛpitèrent (Hugo).
Article VIL — Pronoms indéfinis.
On,
1. Les pronoms indéfinis s'emploient comme sujets ou comme compléments excepté on, qui ne remplit plus que la fonction de sujet.
Les noms de nombre indéfinis employés absolument ont la valeur de pronoms indéfinis : Nul nest exempt de mourir. Plusieurs pensent ainsi.
§ 192 PRONOXS INDÉFINIS 458
On, qui a été formé du substantif homme, ne s'emploie que comme sujet et marque l'idée de personne de la manière la plus indéterminée. On fait usage de ce pronom indéfini pour remplacer le sujet inconnu d'une action qui, par elle-même, se présente dans notre esprit avec un sujet personnel : On fait souvent vanité des jxissions (La Roch.). On n'est pas toujours heureux (Ac). On ne voit point deux fois le rivage d^s mofis (Rac).
Le pronom on peut cependant, et principalement dans la liberté de la conversation, désigner un individu déterminé : Qi4£ voulez- rou^ de moi? — Je veux que /'on m'écoute (Mol.). Il se prend quelquefois pour je : Ne craignez rien^ on ^occupei-a de votre affaire (Ac).
Lorsque le pronom on se rapporte évidemment à un substantif féminin ou pluriel, les mots con^espondants s'accordent en genre et en nombre avec ce substantif: Quand on est belle, on ns V ignore pas (Ac). On est t^i^ d'un air (Mol.). Ou peut être rivaux et rester amis. On n'est point des esclaves pour endurer de si mauvais traitements (Ac). A quatre am on est tous parents (Micli.).
On n'admet aucune détermination, et comme ce pronom ne peut être employé que comme sujet, on le remplace dans les autres cas par les pronoms se^ soi, fions et vous, son, sa, notre et votre: On regarde malgi'é soi les objets qui VOVLB plaisent. Mais par sa doctrine on se trouve enchaîné (Mol.) , On a souvent besoin d'un jdus petit que soi (La F^ II, 11). Qu'on Iwit un ennetni quand il est près de nous (Rac). Uarbre qu'on a planté rit plus à notre vue (Volt.).
Quand le bonheur vous guide, on doit suivre êes pas, Et toujours s'élever sans regarder en bas (Destouches).
Les écrivains du XVII« siècle employaient souvent l'ot^ au commencement d'une phrase pour désigner l'homme en général : L'on hait avec excès lorsque l'on hait un frère (Rac). L'on peut avoir la confiance de quelqu*un sans en avoir le cœur (La Br.). // semble que Ton ne puisse rire que des cJioses ridicules (Id.). Cet usage commence à vieillir.
Chacun.
2. Clmcun, au féminin chacune, n'est usité qu'au singulier : Chacun a ses défauts. La liberté de chacun a jmir limites la libetié des autres. Il se dit des personnes et des choses, mais il ne s'emploie en parlant des choses que quand il se rapporte à un substantif qui précède ou qui suit : Bemettez ces livres chsuoxLn à sa place.
Chacun, précédé d'un pluriel, prend après lui tantôt soyi, sa, seSy tantôt /ew/', leurs.
a) Il prend son, sa, ses, quand il est placé avant un circonstanciel, parce qu'alors chacun fonctionne en quelque sorte
454 PBONOMS INDÉFINIS § 19}
comme sujet d'une proposition particulière et conserve ainsi sa valeur distributive : Les juges ont donné leur avis, chacun selon 868 vues. C'est comme s'il y avait : Ils ont donné leur avis; chacun Va donné selon ses vues. Tous furetU du dessein, chacun sdon sa guise (La F. V, 19).
h) H prend leur^ leurs, quand il est placé entre le verbe et le complément direct : Ils ont donné dhsuOMa leur avis. Donnez^ leur à chacun leur part ; ici le mot chacun placé entre deux termes étroitement liés s'efface complètement et ne laisse subsister que l'idée collective du sujet et de l'objet; c'est conune s'il y avait simplement: Ils ont donné lejxr avis. Donnez-leur leur jxtii.
Cependant on dirait: Donnez à chacun d'eux sa })a fi, parce que le mot chacun est suivi et non précédé du pluriel eux avec lequel il est en relation; c'est conune s'il y avait: Donnez sa pati à cliacun d'eux.
Quelqu'un, quelque chose,
3. Les pronoms indéfinis quelqu'un et quelque chose s'emploient dans une phrase dont le sens est imsitif ; ils répondent donc aux pronoms latins aliquis et aliquid.
a) Quelqu*un se dit absolument d'une ou de plusieurs personnes sans distinction du sexe : Quelqu'un (/-^//eotiim le trai f)onheur? qu'il dise ce que c'ed (Boiste). JUittends ici quelqu'un (Ac). Plus on aime quelqu'un, moins il faut qu'on le flatte ^oL). 11 ne s'emploie au pluriel que comme sujet : Quelques-uns assurent le contraire (Ac).
Quand que.lquxin se rapporte à un snbstaîitif, il ost nom de» noinbro indéfini el se dil des pei-sonnes et des choses: Dieux! s'il en reste eticore quelqu'un cCaawzjtisten punissez, punissez Ulysse (V(m.). Plusieurs femmes mont promis de venir, nous en aurons quelqu'une (Ac.)* Quelques-uns de ces peuples déposaient leurs rois, dès qu'ils nen étaient plus satisfaits (Mont.).
b) Quelque chose s'oppose à qu(>lquun et ne s'emploie qu'affirmativement au singulier : On m\i dit quelque chose qui est très jUalsant (Ac). S'il ij a quelque chose îie noucenu^je vous demande en (jrâcc de me le dire (Volt.).
Il ne faut pa» confondre le pronom quelque chose, qui est masculin, avec le substantif féminin chose précédé de quelque : S'il vous tnanque q}ielq}ie chose, je vous le donnerai. Quelque chose qu'il m'ait dite, je n'ai pu me décider.
r) Autre chose, sans article, est aussi un pronom indéfini qui, comme quelque chose, est toujours neutre (masculin") et ne s'emploie qu'affirmativement au singulier : Cest autre chose qu'il a dit. Quelque chose est promis, autre chose est acrordé. Donnezmoi autre chose de bon (Besclierelle).
§ 192 PRONOMS INDEFINIS 455
Persofine^ rie7i.
4. Les pronoms p^rsotme et n'en sont originairement des substantifs (^) qui signifient quelqu'un et qudque chose (§91): ils s'emploient encore dans ce sens et répondent au latin quisquam et quidquam : V après une négation complète ou un verbe négatif ou après la préposition mtis: Il n^ est jamais invité j^r personne. Je ne veux point qu'il nie dise rien (Mol.); 2*^ dans l'interrogation ou dans la phrase conditionnelle : A-f-on m personne agir de lu sorte? J'aurais lieu de plaitite^ si vous alliez me trahir et me déguiser rien (Mol.).
Mais en général persotuie et rien sont accompagnés de la négation ne et répondent alors au latin nemo et nihil. Dans ce cas :
a) Personne est le contraire de quelqu'un; il nie ou exclut ridée d'une personne quelconque : Personne ne veut être plaini de ses erreurs (Vaud.). Je ne co:i}uiis personne d'aussi heureux que cette femme (Ac).
Personne, employé comme substantif, est féminin, mais admet quelquefois le masculin après lui ; cela dépend de l'étendue de la phrase et de la signification plus ou moins précise du mot personne : Les personnes consommées da7is la vertu ont en toute chose une droiture d'esprit et une attetition judicieuse qui les eniixThent d'être médisants (Vaugelas). Jamais je n'ai vu deux personnes être si contents l'un de l'autre (Mol.). — Personne, employé sans article comme pronom indéfini, est masculin ou plutôt neutre : Personne nest parfait; mais, même dans ce sens, il ne faut pas hésiter à le faire féminin, si la signification l'exige. On dirait, par exemple : Personne n'était plus belle que Cléopatre, En efl'et personne veut dire ici aucune femme, et non pas aucun homme (Jullien).
b) Bien est le contraii'e de quelque chose : il nie et exclut l'idée d'une chose quelconque : Rien ne suffit aux gens qui nous viennent de Rome (La F. XI, 6.). Cet luymme n'est bon à rien (Ac),
La phrase suivante ofFre un exemple de rien positif et de rien négatif: Je ne suis jxts un homme à vouloir rien (= quelque chose) j)our rien (= nulle chose) (Mol.).
Qui que ce so/ï, quoi que ce soit,
5. Ouconsidère encore comme pronoms indéfinis les expressions qui que ce soit^ quoi que ce soit, dans lesquelles le premiei''
(1) Comment duiiter de la nature substantive du mut rien, lorsqu'on voit qu'il peut être déterminé par une expression ou une proposition adjective, comme dans : Rien dv bon (iH monde comme un bon cœur. Ce bloc cftfariné ne me dit rien qui vaiUe (La F. III, 1ë). Si rien est ici adverbe, comme le croient la plupart des grammairiens français, il faut alors admettre que l'adverbe ne se distingue pas du substantif et que, comme ce dernier, il peut être remplacé pai* un pronom !
458 iiÉFLÉCHi § 194
et alors les uns comme les autres exigent, à Finstar de tous Im autres verbes transitifs, l'auxiliaire avoir: Il w'a appris VatUinand. Elle a cessé ses plaintes. On a changé les temples en éfflises. Vous Sivez désespéré cet lunnme, H a échoué notre barque par malice. Il a sonné les cloches. On /'a sorti d'ufie fâcheuse affaire. On a descendu plusieurs passagers dans cette île. Il a monté du foin au grenier. Le batelier in' bipassé.
Il est à remarquer que quelques verbes inti'ansitife, qui forment leurs temps composés avec avoir, ont un participe qui s'emploie adjectivement avec être, par ex. : Cette race a bien dégétiéré, est bien dégénérée. Il a expiré dam mes bras ; la trêve est expirée. Il a bien vieilli depuis deux ans; je le trouve bien vieilli (Ac). Il en est ainsi des verbes changer, ce.'iser et autres qui s'emploient aussi dans le sens factitif : Elle a changé, elle est bien changée. Ia/ fièvre a cessé, elle est cessée. Il Sk monté quatre fois à sa chambre pendant la journée; il est monté dans sa chambre et il y est resté (Ac), etc.
Au lieu de aller, dans les temps composés, on emploie quelquefois le verbe être, mais avec cette différence que d^ns : JTai été à Rome, par exemple, /<// été fait entendre qu'on y est allé et qu'on en est revenu, et que dans : Il est allé à Rome, le verbe // est allé marque simplement le voj^age sans indiquer le retour (Ac). C'est abusivement qu'on emploie être pour aller dans d'autres circonstances, cependant, dans l'usage vulgaire, on se sert souvent de Je fus etfai été au sens iValler avec un infinitif suivant; et on en trouve des exemples dans d'excellents auteurs et dans de très anciens textes (Littré) : A jmne ai-^> été les voir trois ou quatre fois depuis (jue nous sommrs à Paris (iïol.). Je fus retrouver mon janséniste (Pasc). Elle fut au-devant (F elle les bras ouveHs (Sév.). Mais on ne doit pas dire : Il a été coucher ou se coucher; il faut dire: Il est allé se coucher, quand on parle de se mettre au lit, et : Il fsf allé coucher dans la rue, c'est-à-dire il est allé passer la nuit dans la rue.
Article IL — 'RéîLécbî.
§ 104 1. Les verbes réfléchis forment en quelque sorte une voix mogenne dans laquelle le sujet est ta la fois actif et passif; c'est poimiuoi ils se conjuguent dans les temps simples comme les verbes actifs, tandis que, dans les temps composés, ils prennent l'auxiliaire êtrCy comme les verbes passifs. 0)
On distingue deux espèces de verbes réfléchis: les verbes réfléchis propres ou verbes réfléchis intransitifs, et les verbes
(1) L'espagnol conjnjnio avec avoir tous les verbes réflt^chis.