‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 31 sur 409 · MUETTES · texte numérisé non relu

MUETTES

Muettes.

Dans la fomaation des muettes ou explosices, le canal de la bouche est entièrement fermé et l'émission du souffle est momentanément arrêtée ; c'est pourquoi la forme de ces sons est la plus complètement individualisée et qu'ils marquent le plus haut degrré de l'articulation. Comme nous n'avons que trois organes articulat^urs, il ne peut y avoir que trois muettes ; mais chacune d'elles peut avoir un son doux (moyen, lat. medh) ou dur (téoTi, lat. tefiuis)f selon que l'action de l'organe articulateur a plus ou moins d'intensité. De cette manière, on distingue les muettes, — gutturales, linguales et labiales, — en consonnes fofies, dures, sourdes ou fé^tues et consonnes faibles, molles, sonores ou moyennes :

Gutturales Linguales Labiales.

Muettes fortes ou dures c t j>

Muettes faibles ou molles g d* b

Les lettJ-es c et g désignent ici les articulations gutturales qui, en français, se rendent par c et </ devant a, o, u, ou une consonne, et par qu et gu devant e et i (quérir, guide).

I.^ muettes, tant faibles que fortes, sont susceptibles d'une aspiration; mais les muettes aspirées sont dos sons dérivtîs on accessoires, aus-si ne se présentent-elles que dans certaines langues. En sanscrit, la séné est complète :

Gutturales Linguales Labiales.

Aspirées rudes ou fortes kh th ph

A&pirées molles ou lîiibles gh dh bh

Toutefois les aspirées molles sont, en sanscrit, beaucoup plus importantes et d'un usage bien plus fréquent que les aspirées rudes.

Le grec ne connaît que les aspirées rudes, qui sont iiguives par les signes /« ^1 % <^^ aspirées sont devenues, dans le grec plus moderne, de simples spirantes, c'est-û-dire que le double son rentermé dans cliaque as]»irée s'est x*éduit à un son simple. Ainsi le 6 grec équivaut à t -f- A ; mais, en gi*ec moderne, le 0 se prononce comme le th anglais, c*est-à-4iire qu'il a pris un son nouveau où il est impossible de distinguer un t et un h. La même observation s'applique au 9 (anciennement p + A) et au x (^ + /<)•

En latin, les aspirées primitives sont devenues méconnaissables; eUes ont (lerdu leur caractèi*e complexe pour devenir des spirantes, ou sons aspirés sim> pies, et en outre elles se trouvent l'éduites à deux, le A, qui représente l'ancienne :>spirée gutturale, et le f, transformation de l'ancienne aspirée labiale. Le f latin a passé aux langues romanes, mais le h no s't?st pas maintenu partout.

SPIBANTES.

1. Le souffle ou aspiration est l'élément matériel des spirantes comme des muettes ; mais les spirantes sont des émissions du souffle, tandis que les muettes en sont la suppression

2« 8PIRANTES § V

momentanée : par là même les spirantes sont moins bien articulées que les muettes, et on peut les considérer en quelque sorte comme des muettes incomplètes. L'action des organes ailiculateurs donne à l'aspiration la fonne particulière qui rindivîdualise en spirante gutturale, linguale ou labiale, cliacune de ces spirantes pouvant avoir le son dur ou doux :

Gutturales. Linfjvales. Labiales.

Spirantes fortes » « /"

Spirantes faibles y z v

Beaucoup de langues ont le h, spirante indéterminée que l'on range parmi les gutturales; mais ce sou n'existe pas proprement dans notre langue. Il y a encore d'auties spirantes qui sont étrangères au français, ainsi la gutturale ch (ail.) et la dento-linguale tJi (anglais), qui Tune et l'autre peuvent être fortes ou faiWles.

Il est à remarquer : 1*" que y ou yod est plutôt palatal que guttural; c'est le même son que l'on représente par^* en allemand et en italien et par y en espagnol et en portugais; 2^ que la linguale faible z se marque le plus souvent en fi-ançais par la lettre s, qui a le son doux entre deux voyelles : prison; 3® que f et i? ne sont pas des labiales pures, mais des labiodentales.

On appelle plus spécialement spirantes les consonnes h et f^ ainsi [que Talloinand ch et Tanglais tu, sifflante la consonne s forte ou faible (= zj, et semivoyelles les consonnes y et y, dont le son tend à se vocaliser, c'cst-A-dire à s<* confondre, celui du y avec i, celui du v avec u.

2. AUX spirantes se rattache la consonne palatale appelé^ chuintante, articulation intermédiaire entre les gutturales et les linguales et qui dérive des unes et des autres. La chuintante exprime un son accessoire qui a cela de conunun avec celui de la sifflante s qu'il est formé au moyen de laspiration, mais qui s'en distingue dans sa formation par un plus grand élargissement de la cavité de la bouche. La chuintante peut être, comme le 8, ou fo9ie ou faible, selon que l'aspiration est plus ou moins forte. La chuintante forte se rend en français par ch (ail. sch; angl. sh; ital. se devant e et / ; magyar s; polonais 8z) : chien, et la faible par la lettre j ou par g devant î et e : jambe, gémir,

La chuintante peut étixî, comme la sifflantes, simple ou composée; la sifflante ou la chuintante composée est formée de telle fhçon que rémission dicette spirante est précédée d'un petit coup sonore de la langue, à peu près semblable au son de la muette linguale faible ou foiie (d, tj. Si donc nous dési. gnons la chuintante forte ou faible par j; (= fr. ch) et 5 (= (v. j on g devant c, i/, nous pourrons représenter la sifllante composée par ts et dt et la chuintante composée par Irf ( =fr. trh) et dz ( =fr. dj ou dy). Mais, dans le développement historique des langues, la chuintante composée se présente comme

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un sou simple, uiw explosive palatale, qiiu la (ji-auiiiiaire comparée iiiui*que dea signes c et g. Cette p^datale, dérivée des gutturales latines c et gf ou j, s erst maintenue consonne explosive dans toutes les langues romanes, sauf en françnisclioù elle s*es1 aflaiblie dans la spirante forte ou faible a laquelle onadonn«'* le nom de chuintante : chien de cuii/K, ïambe de ga//f6a, gétnir de qefnere{^).

Liquides.

§ li

Les liquides sont des consonnes interniédiaii'es, entre los A'oyelles et les muettes, c'est-à-dire entre les sons liquides et les sons solides par excellence. La série de ces consonnes ne se compose pas, comme pour les muettes et les spirant^s, de irois sons correspondant aux ti'ois organes de l'articulation, mais elle comprend quatre lettres r, /, «, w, qui appartiennent à la famille des consonnes faibles ou douces et qui se divisent, oomme les voyelles , en liquides pures ou liquides proprement dites, r et l, et nasales^ n et m. Par leur formation les premières 88 rattachent plus spécialement aux spirantes, r comme palatale et / comme dentale ou palato-dentale, et les secondes aux maettes ou explosives, n comme lingruale ou labio-dentale et m comme labiale.

Les liquides pures s'unissent facilement à d'autres consonnes pour former des articulations doubles, appelées consonnes composées, comme gr dans grêle, pi dans pli, etc.

Les liquides nasales ne peuvent pas se combiner de la sorte en français ; mais, quand elles terminent la syllabe, elles perdent leur son propre et rendent nasale la voyelle précédente (§ 10).

Les liquides l et n sont dites mouillées lorsqu'elles sont suivies phonétiquement, c'est-à-dire pour l'oreille, d'un y ou yod; le n mouillé ou ny se rend en français par yn : my7ie, et le / mouillé ou ly par lU ou // ; paille, fille (^.

Placée au milieu de Téchelle d'articulation, entre la voyelij et la muette, la liqui<l«ï participe de In natuiv de l'une et de l'auti-e : d'un côté elle si> joint a in v<^*elle comme toute autre consonne, par ex. rat^ et de Vautre elle se joint comme voyelle à la niuetle pour former avec cette dernière un son unique, par ex. ifras. Mais, comme ic*s labiales sont les plus individualisées de toutes It^

(1) La slfTlaDle ournp«}M''e » se inarffue en il.Uien par z et 11:11 tanti^t faible idsj oi tantût lurie (teK Dans la même langue, La ctiuintante cuni|u>sét) se rend, quand elle est bûble, par g devant e et i, et par {fi devant les autres voyelles; et quand elle est fuHe. par V devant e et i, et pai* /*/ devant les autres voyelles.

(2) Vuicî comment ces ronsunnes se transcrivent dans les autres langues romanes :

l mouillé n mouillé Italien gU qrè

>^f)agnol U n

Portugais </i ith

Provençal Ui nh

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