SYNTAXE DE DÉPENDANCE
Article L — Emploi des oas.
1 . Le latin avait six cas, savoir le nmninatif et le vocatifs ou les cas directs, et Vacctisatif^ le datif, le génitif et Vabiatif^ ou ks cas obliques. L'accusatif, le datif et le génitif sont les seuls cas dépendants ; le nominatif et le vocatif n'appartiennent pas à la syntaxe de dépendance , et l'ablatif latin a été remplacé en fi-ançais par le génitif et le datif, en partie aussi par Taccuéiatif (^).
En français, l'accusatif est si intimement lié au verbe qu'il rejette toute préposition : // v^rse des larmes (= il pleure) ; il arrive même qu'à l'accusatif le nom perd son individualité propre et n'exprime plus un membre de la proposition ; il cesse aloi^ d'être précédé de Tarticle et ne forme plus avec le verbe qu'une seule expression, appelée expression verbale : Il prend place. Il a faiin(§ 173). Le génitif garde beaucoup mieux son caractère propre ; c'est pourquoi il est toujours précédé de la préposition de^ qui le pose dans la phrase comme membre indépendant. Quant au datif, qui se lie au verbe avec ou sans préposition, il tient le milieu entre l'accusatif et le génitif et s'oppose à l'un et à l'autre.
Notninatif {du latin nominarey nommer) est le cas qui ne peut être employé que comme sujet et qui, en quelque sorte, dénomme la proposition. Le nominatif s'appelle aussi cas direct, parce qu'il gouverne directement toute U construction de la phrase; les autres cas, au contraire, sont appelés ohliquet^ ou indirects^ parce qu'ils s'emploient ordinairement à la suite d'auti\»s mots qui les répissent. Vocatif (de vocare, appeler) sei1 à appeler et à apostropher. Accusatif («le acaisare, accuser) est le cas qui déclare, qui accuse l'objet de l'action. Datif {de dare, donner) sert à marquer un rapport d'attribution, et par suite uu rapport de direction vers une chose ou de tendance: je donne un livre à l'en-
CI) On a banni les cas de la f?raimnaire franouise. H y a un siècle Ducios disait deji ■ « Nous n'avons point do cas en français: nous nommons r»»bjet de notit» pensée et le< rapports sont marqués par des prépositions ou par la place du mot (Renutrqne» »ur ùi Grammaire généi'ole de Port-Royal, II, ch. 6). Cela est vrai des noms ; mais il est certain qu<; " '■ • ^ par ries (Grammai Jullion (C cas dans
butifet le complétif; puis il conclut par ces mots : <i Nous avons donc réeUornenrune déclinaison on fraiirais; et ce mol doit être conservé, pai-ce qu'il repré^enlt» très exactement le même sens <p>*il avait dans les lanK"*^s anciennes. » On trouve les déclinaisons miime pour les noms et les articles dans la Grammuire moderne de» écrivains franoiiê d'Aubertin, 2* édition, 1801. Becker a traité avec beaucoup de science la question des cas et de leurs rapports avec les prépositions dans Org., 338 et suiv., et dans A Gr II 149 et suiv. Quant à nous, nous maintenons les cas, mais nous nous bornuns A en dire ce qui est nécessaire à l'intelligence de la syntaxe.
fant, f aspire à la vertn ; c'est pourquoi quelques grammairiens rappellent terme. Génitif (du latin genitivus ccL9U$t le cas qui engendre, parce qu^en latin c'est dans le génitif qu'on trouve la désinence caractéristique des déclinaisons) maitfue en général un rapport de possession : le livre de l'enfant, c'est-à-dire le livre possédé par Venfant. /l&to<»/'(de a6, indiquant séparation, et de /a^im^*, exprimant Taction de porter) est le cas qui indique l'extraction, la séparation ou l'éloignement, comme quand on dit : arracher une branche d'un arbre. On voit qu'en français, le génitif et l'ablatif se confondent quant à l'expression, mais ils se distinguent l'un de l'autre, quant au sens, en ce que le génitif marque les choses comme unies, au lieu que l'ablatif les marque le plus souvent comme séparées ; d'ailleurs, en latin, le génitif est le plus souvent régi par un nom, tandis que l'ablatif n'est guère régi que par un verbe.
2. Quelques verbes ont un sens différent, selon que leur complément est à Taccusatif, au datif ou au génitif ; tels sont abuser^ aiderj (tpplaudirj approcher^ assister^ atteindre^ changer^ conruiître, imjx>ser^ insulter^ jouer^ manquer j satisfaire^ servir^ suppléer^ foiœher, user : Cet enfant a atteint l'âge de raison. Il fi^atteindra jamais au but. — // est allé V insulter jusque chez lui. NlnsuHez ^ms aux malheureux. Apprenez à conna'itre vos défauts. Les tribunaux de commerce ne comiaissent pas des afiEaires civiles.
3. Le verbe transitif peut avoir un objet multiple dont les termes sont à des cas différents et désignent l'un la personne et l'autre la chose ou la qualité. Voici plusieurs cas :
a) L'un des compléments est à Yacaisatif et désigne la c/wse, l'autre est au r/r////* et désigne Is. personne ou un objet perso^mifié : Cède ta place (ace.) au vieillard (datif). Mon portrait jusqu'ici ne mV rien reproché (La F. I, 7).
b) L'un des compléments est à V accusatif eX marque \s,2^er^ sonne^ l'autre est au génitif et exprime la clwse : Je le (ncc.) félicite de son succès (génitit). On le dépouilla de ses habits pontificaux (Mérimée).
c) Les deux compléments marquent laj>ersa«wéî, l'un hm datif et l'autre à Vaccusatif: Je recomnmnderai ton ami (ace.) à ses supérieurs (datif). On ne lui connaît que deux ennemis (Lamennais).
d) Les deux compléments, accusatif et datif, marquent la chose : Il a ajouté un post-scriptum (ace.) à sa lettre (datif). Je mettrai remède à la chose (La F. I, 7).
e) L'un des compléments est au datif, l'autre au génitif. H y a peu d'exemples de ce genre : Tu lui (datif) serviras de père (génitif). Ixi diète me sert de remède.
f) L'un des compléments est au datif et marque la personne^ et l'autre est à Varcusatif et marque la qualité (complément
prédicatit) : Cette raison me (datif) paraît bonne (complément prédicatif).
g) Les deux compléments sont à l'accusatif et marquent Tun la personne, et l'autre la qualité (complément prédicatif) : Il s'«f fait soldat.
Il y a encore le cas où le verbe a trois régimes, le datif, laccusatif et un complément prédicatif: L'horreur qu*elU acUlni me (datif) le (accusatif) rend Odieux (complément prédicatif) (Corn.). U accoutumance nous reml tout familier (La F. IV, 10).
A. Nominatif et vocatif .
1. Le nominatif s'emploie comme sujet de la phrase. Il est marqué en français par sa place en tête de la proposition : Le berger garde le troupeau.
2. La principale fonction du rwaf// est d'appeler, c'est-à-dire de nommer la personne à qui l'on adresse la parole. Le vocatif s'exprime par le nom sans Tailicle, auquel on joint souvent le pronom possessif individuel de la première personne : Enfants, soi/ez toujours obéissants, Chers amis, ne ni'ouUiez pas. Que ferons-nous, compère? (Jja F. III, 5.) Cher compagnon, baisse-toi, je t^ prie (Id. VIII, 17). Ne vous tourmentez point^ mon père (Mol.). Dieu seul est grand, mes frères (Mass.). Venez, mes enfants (Berquin). Merci, mon vieux (Dumas). Le nom peut aussi être précédé de noire, ou de Tarticle le, mais seulement dans le langage très familier : Bien, notre hôte, mwci (Dumas). La vieille, où peut-on se cacher ici? (Balzac)
Ami, lui dit son camarad^j Il n'est pas toujours bon d'avoir un haut emploi (La F. I, 5).
Le vocatif sert aussi à apostropher les personnes ou les choses personnifiées. En pareil cas il est souvent précédé de l'interjection ô : O dieux hospitaliers ! que vois-jc ici jMiraitre! (La F. VIL U).) Répondez, cieux et mers, et rous, terre, parlez (L. Racine). Peuples, formez une sainte alliance (Bér.).
Quand le verbe se rapporte au vocatif, il est toujours à la seconde personne, soit de l'impératif: Mes frères, leur <///-//, ne me décelez pas (La F. lY, 21), soit de quelque temps de l'indicatit' comme dans cet exemple : Que je vous dois d'encens, grands aieux qui m'exaucez (Corn.).