ACCUSATIF
B. Accusatif.
1. li'accusatif est le seul cas oblique qui ne soit pas indiqué par une préposition, bien qu'il ne se distingue pas, même avec l'article, du nominatif ou sujet. De là il résulte que le même substantif, sans changer de forme, est au nominatif ou à l'accusatif selon la place qu'il occupe avant ou après le verbe, ce qui est un obstacle à l'inversion du sujet et de l'objet.
2. L'action exprimée par le verbe tranaififAernSinàe le régime à l'accusatif, c'est-à-dire que le verbe transitif régit l'accusatif toutes les fois qu'il reçoit un complément. Ce cas est de nature passive, il supporte les effets directs de l'action du sujet, et par là il peut aussi être converti en sujet passif (§ 193): // a inrenté cette histoire. Lhahit change les mœurs (Âc). Un bien ne produit jamais un mal (Volt.). La révolution a blanchi beaucoup de tètes sans les mûrir (Boist^).
3. Un certain nombre de verbes intransitifs deviennent transitifs et régissent l'accusatif, comme dans cet exemple : Où arez-vous jxissé Tété? et la preuve qu'on a affaire ici à un véritable accusatif, c'est que Pété ne peut être remplacé dans la réponse que par le pronom/^, qui est toujours à l'accusatif: Je Vai passé à la campagne. Il en est de même des exemples suivants : Cela sent la fleur d'orange (Ac). Cet homme pue le vin (Id.). Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois. L'on court les malheureux pour les envisager (La Br.). Voilà un sermoti qui sent l'apoplexie (Les.).
L'accusatif n'exprime donc pas toujours un complément direct t on peut l'employer aussi pour déteiminer le prédicat ; il prend alors une signification adverbiale, et c'est pourquoi on rai)i)elle quelquefois accusatif adverbial. On en distingue plusieui*s espèces:
a) Accusatif de temps : Ils ont travaillé toute la nuit. Un jugCy l'an passé, me prit à son service (Rac). Narcisse se lève le matin pour se coucher le soir (La Br.).
b) Accusatif du prix ou de la valeur avec les verbes intransitifs coûter et valoir et les verbes transitifs ach^er^ vendre^lauer^ pKtyer^ etc. : Cela coûte cinq francs. Je Vai acheté trois ècus. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute (La F. I, 2). Le rossignol ne pèse pas une demi-once (Buff.).
c) Accusatif de manière : Il me parlait les yeux baissés. Il s'est retiré les mains vides. Ils ont tenniné leur affaire le verre à la main. On résolut de périr les armes à la main
(Volt.). Cet accusatif ne dépendant ni d'un verbe ni d'une préposition, on l'appelle aussi accusatif alisdu,
Ijaccumiif absolu^ qui remplace V ablatif absolu des Latins 8e joint le plus souvent au participe passé; quelquefois aussi aa participe présent, dans une proposition adverbiale abrégée (v. § 301) : Le père mort, les fils vous refour nef if le champ (La F. V, 9).
d) Quelques-uns admettent encore un accusatif de lieu^ comme dans : Allez tout le long de la prairie ( Ac.) ( ^) . CV hrtùf a été entendu une lieue à la ronde (Id.). Je continuai ma rouie à pied l'espace de six milles (Volt. ).
4. L'accusatif .est surtout fi'équent avec les verbes intransitifs quand ils prennent un sens factitif (§ 93), comme cesser le travail, descendre un tableau^ monter du foin an grenier^ sonner les cloches^ etc. Plusieurs verbes, pour animer ou renforcer l'expression, se font quelquefois accompagner par un substantif du même radical à l'accusatif, comme jouer unjeuy suer sa sueur ^ rêver se^ rems (Lam.), etc. L'idenditédu radical n'est même pas nécessaire, l'analogie des idées suffit, comme pleurer des larfnes^ ne sonner mot^ aller son cJiemin^ etc.: Quelque clu/se qu^on lui dise, U va toujours son chemin (Ac). Dormez- votre sommeil, grands de la terre (Boss.). Mon aûl a saigné ses plus sang^lantes larmes (A. Dumas). // marche tout droit son ohemin» dînant sur V herbe et couchant sur le foin (J. Janin).
5. Les verbes rendre, faire^ laisser, créera nommer^ appeltr^ proclamer^ élire, croire, voir, savoir, sont à peu près les seuls qui puissent avoir uu double accusatif, celui du régime direct, qui marque la personne ou la chose, et celui du prédicat ou complément prédicatif, qui exprime une qualification du premier et s'accorde avec lui en genre et en nombre. Ce second accusatil peut être un substantif ou un adjectif. Au passif ces verbes demandent un double nominatif.
a) Le complément prédicatif est un substantif: L'année le proclama empereur. Sa probité Va rendu l'arbitre de fotis ses voisins (Ac). Je le sais bon enfant. 7/ s'est fait soldat.
b) Le complément prédicatif est un adjectif: On Va ru ivre. Cette action Va rendu odieux. Je la crois fine (La V. I, 20). Maint oisillon se rit esclave retenu (Id. 1,8). //se /a /Y vieux. Les ennemis se déclaraient vaincus (Lam.).
(1) M. LoCoultn», (iijtt. ijt'L A^iz. ISiC^ p. 15^, ne v.wàx pas «lu'il y ait ici un accusatif fie lieu t»i l'expression le lotnj Oo n'ost puui' lui «lu'une lv»cution prépùsiiivH coînme faute de vis-à-ris lir, etc. Mais al«»rs commerit cxpIiiiuiM- le mol (ont qui p<Mit bien t^ire juint A uii advt'rbi», mais non p.LS à une préposition? Diez dit. (îr. III, 11! : Les adjt'Ctifs qui imliquent une étendue dans res(>ace mettent à l'accusatif le mot qui les précise, par ex. /«iHf» àetroiitpiids.