DE LA PONCTUATION
Article L — Do la ponottuttion en général
1 . La ponctuation consiste à marquer, par des signes C(mvenus, les divisions ou la fin des phrases (signes oMtctifs)^ et la manière actuelle dont nous considérons telle ou teUe proposition, tel ou tel membre de la proposition (signes subfectifs). On rattache à la ponctuation certains signes purement distmotifs, comme les guillemets, l'astérisque, etc. . Une ponctuation vicieuse peut changer le sens et souvent le détruire ou le rendre absurde. Pour le montrer, il suffit de comparer les phrases suivantes qui sont absolument semblables, mais sont ponctuées d'une manière différente :
a) Règne ; de eriine en crime, enfin te voilà roi (Com.). Règne de crime en crime; enfin te voilà roi. bj Téprouve le besoin de me rapprocher, par la contemplation des bômttés de la nature, du sublime auteur de toutes choses.
J'éprouve le besoin de 'me rapprocher^ par la contemplcUion, des beautés de la nature, du sublime auteur de toutes choses.
Dans les éditions originales des Fables de la Fontaine on lit:
Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le pot de fer :
Si quelque matière dure
Vous menace d'aventure^
Entre deux Je passerai,
Et du coup vous sauverai (V, 2).
Un grand nombre d'éditions modernes portent : Vous menace, (V aventure, ce qui donne un sens tout différent ; car alors le dernier mot d'aventure devient adverbe (vous menace par hasard), au lieu d'être régime du verbe (vou^ menace d'accident fâcheux).
La Fontaine a encore écrit :
C'était le roi des ours au compte de ces gens.
Le marchand à sa peau devait faire fortune (V, 20).
On lit dans les éditions modernes :
Cétait le roi des ours: au compte de ces gens , Le marchand à sa peau devait faire fortune.
ce qui ne présente pas du tout le même sens. Corneille fait dire à Sabine dans Horace :
Ne nous consolez point : contre tant d'infortune La pitié parle en vain^ la raison importune.
Voltaire lisant ainsi (sans doute dans une édition incorrecte):
Ne nous consolez point contre tant d'infortune^
fait cette remarque : Cela n'est pas français ; on console du malheur, on s'arme, on se soutient con^r^ le malheur.
Cependant, de quelque importance que soient les signes de ponctuation dans l'écriture, il est impossible de formuler des règles précises sur l'emploi de ces signes, comme on en donne pour Torthographe ou l'accord des mots. « En effet, on voit que les divers auteurs affectent des ponctuations différentes, selon qu'ils aiment plus ou moins à lier leurs phrases entre elles ou i les détacher, à les présenter comme indépendantes les unes des autres. Les uns ont une ponctuation très forte et multiplient singulièrement les signes de division ; les autres ont une ponctuation très faible : ils ne voient dans un discours entier que des phrases qui se régissent successivement ; on lit quelquefois une ou deux pages sans rencontrer un point final. Sans doute, il faut se tenir entre ces deux extrêmes ; mais il n'est pas possible d'assigner exactement le milieu qu'il faut tenir. On doit donc s'attendre à trouver sur ce point une assez grande indécision dans les règles » (^).
En allemand, la ponctuation n'ofire aucune difficulté, parce qu'elle est basée uniquement sur cette analyse; en français, c'est autre chose, les règles de ponctuation n'ont rien de fixe et dépendent beaucoup plus de l'arbitraire que des divisions et subdivisions syntaxiques de la phrase, dont notre soi-disant analyse logiguey fausse et incomplète, ne saurait rendre compte. Aussi TAcadémie, dans sa manière de ponctuer, est-elle en perpétuelle contradiction avec elle-même, écrivant, par exemple: Il est tombé, parce qtie le chemin est glissant, avec une virgule, et : Je vous cède le pas à cause que vous êtes mon aîné, sans la virgule. Il en est de même de Littré^ qui, à quelques lignes de distance, écrit sans virgule: Qui fait la faute la boit, et avec une virgule : Qui bon Vachète,
bon le boit.
Voici d'autres exemples tirés du dictionnaire de l'Académie :
a) Qui se ressemble, s^ assemble, et : Qui casse les verres les paie. Quiconque n^observera pas cette loi, sera puni, et : Quiconque s'humilie sera exalté. Il ne sort jamais la nuit, de peur d'être attaqué, et : J'ai pris ce livre afin de le consulter. Il est malade pour avoir trop mangé. — Je ne pouvais pas lui parler plus fortement, à moins que de le quereller, et: Il a reçu cette somme à condition de partir demain.
b) Vive la liberté! et vive le vin. Ah! mon Dieu, qu'avez-vous fait? Eh! mon Dieu, laissons cela. Ah! quelle chute! et: Oh Dieu, que je souffre! Oh ça, parlons de nos affaires. O temps, ô mœurs! 0 mon Dieu! — Plaise à Dieu qu'il revienne sain et sauf! Plût à Dieu que cela fût, etc.
Article IL — Signes objectifs.
1 . Ces signes sont le point (•), la virgule (,), le point-virgule (;) et les deux-points (:).