DE LA CONSTRUCTION DE LA PROPOSITION COMPOSÉE
Article L — Constniotion de la phrase de coordinatioxL
L^ordre dans lequel se suivent les propositions coordonnées dépend, non pas de leur forme grammaticale, mais de la nature des pensées qu'on veut exprimer; il n'y a donc pas d'autre règle pour la construction de la phrase de coordination que celle qui résulte de l'enchaînement même des idées.
Article IL — Ooiistniction de la phrase de subordination.
1. Quant à la phrase de subordination ou à la phrase surcomposée^ la règle générale est de les disposer de manière i établir une juste proportion entre les différentes parties et i produire ainsi l'harmonie de l'ensemble sans nuire à la liaison des idées et à la clarté de la phrase, qui doit avoir son unité, quelque étendue qu'elle soit.
Dans cette enfance, ou^ pour mieux dire, dans ce chaos du poème dramatique parmi nous, votre illustre frère, après avoir quelque temps cherché le bon chemin, et lutté, si je l'ose ainsi dire, contre le mauvais goût de son siècle, enfin inspiré d'un génie extraordinaire, et aidé de la lecture des anciens, fit voir sur la scène la raison, mais la raison accompagnée de toute la pompe, de tous les ornements dont notre langue est capable, accorda heureusement la vraisemblance et le merveilleux, et laissa bien loin derrière lui tout ce qu'il avait de rivaux, dont la plupart, désespérant de Vatteindre, et n'osant plus entreprendre de lui disputer le prix, se bornèrent à combattre la voix publique déclarée pour lui, et essayèrent en vain, par leurs discours et par leurs frivoles critiques, de rabaisser un mérite qu'ils ne pouvaient égaler (Racine).
682 CONSTRUCTION DE LA PHRASE DE BUBORDINATIOlf § 313
Pendant que Paul et elle se rafrtjUchissaient, Dommgue alluma du feu et ayant cherché dans les rochers un bois tortu qu'on appelle bois de ronde, et qui brûle tout vert en jetant une grande Jlamme, il en fit un flambeau qu'il aUuma, car il était d^à nuit (Bern.).
Je me souviens encore du plaisir que j'éprouvais lorsque, la nuit, au nûlieu du désert, mon bûcher à demi éteint, mon guide dormant, mes chevaux paissant à quelque distance, j'écoutais la mélodie des eaux et des vents dans la profondeur des bois (Chat.).
2. La proposition accessoire se place, selon les cas, tantôt avant, tantôt après la principale :
Quand ce peuple est pris, il s'enfuit;
Donc il faut le croquer aussitdt qu'on le happe (La F. XI. 9).
La proposition accessoire peut encore être au milieu de la principale; on l'appelle alors proposition incidente:
Pierre qui roule n'amasse point de mousse (Prov.).
La proposition accessoire elle-même, quand elle fait la fonction de principale relative, peut avoir une autre accessoire comme proposition incidente :
Je devins insensiblement le favori de mon maître, qui, ds son côté, comme j'avais le même faible que lui, me gagna Vâme par les marques d^affection qu'il me donna (Les.)
Si la proposition principale est employée comme incidente, elle s'appelle 'parenthèse :
U fut, ou je me trompe fort, a^sez bien écouté {Corn.),
Un soir, t'en souvient-ilî nous voguions en silence (Lam.).
Que le monde, dit-il, est grand et spacieux (La F. VIII, 9).
3. Plusieurs propositions accessoires, soit relatives, soit conjonctives, peuvent se rapporter au même mot, substantif ou verbe. Ex. :
Tel fut cet empereur^ sous qui Rome adorée Vit renaître les jours de Saturne et de Rhée, Qui rendit de son joug l'univers amoureux. Qu'ors n'alla jamais voir sans revenir heureux, Qui soupirait le soir, si sa main fortunée N'avait par ses bienfaits signalé sa journée (BoiL).
N'attendez pas, messieurs, que j'ouvre ici une scène tragique, que je représente ce grand homme étendu sur se^ propres trophées, quej« découvre ce corps pâle et sanglant, et que j'exj>ose à vos yeux Us tristes images de la religion et de la 2^0 trie éplorée^ (Flécli.).
En revanche, il faut éviter les qui et les que en cascade, c'est-à-dire subordonnés les uns aux autres. Les phrases suivantes ne sont donc pas à imiter :
Le Corrège était si rempli de ce qu'î7 entendait dire de Raphaël, qu'i7 s'était imagiiié qu'iV fallait que l'artiste qui faisait une si grande fortune dans le monde fût d'un mérite supérieur.
§ 818 CONSTRUOTION DE LA PHBABB DE SUBORDOTATION 688
Il n'y a qu'une a/fiiction qni dure, qni est celle qni vient de la perte de$ hime (La Br.).
H faut se conduire par les lumières de la foi, qui nous apprennent que Vinsensibilité est d'elle-même un très grand mal, qui nous doit faire appréhender cette menace terrible que Dieu fait aux âmes qui ne sont pas assez touchées de sa crainte (Nicole).
4. Les propositions adjectives se placent toujours après le mot auquel elles se rapportent. Le pronom relatif peut être séparé de son antécédent, mais à la condition expresse qu'il n'en résulte ni équivoque, ni obscurité.
Les cris perçant» et douloureux dont je faisais retentir les échos de tout le rivage, attendrirent son cœur (Fén.).
Un lonp survient à jeun, qui cherchait aventure.
Et que la faim en ces lieux attirait (La F. I, 10).
Je viens de me ressouvenir d'une de mes amies qui sera votre fait (Mol.).
// a fallu, avant toute chose, vous faire lire dans l'Ecriture l'histoire du peuple de Dieu, qni/at^ lefondement de la religion (Boss.).
On vous a montré avec soin l'histoire de ce grand royanme, que vous êtes obligé de rendre heureux (Boss.).
On voit par ces exemples que le pronom relatif se rapporte au substantif éloigné, toutes les fois que le dernier substantif, n'étant employé que pour déterminer le premier, ne demande lui-même aucune modification.
5. Quelquefois un écrivain s'embarrasse par la difficulté où il est de lier également à une principale plusieurs propositions adverbiales:
La volonté de Dieu étant toujours juste et toujours sainte, elle est aussi toujours adorable, toujours digne de soumission et d'amour, quoique les effets nous en soient quelquefois durs et pénibles ; puisqu't/ n'y a que des âmes injustes qui puissent trouver à redire à la justice (Nicole).
La dernière proposition amenée par puisque jette de l'embarras et de la confusion dans cette phrase : de l'embarras, parce qu'elle n'est pas à sa place, car elle se rapporte immédiatement à la principale ; de la confusion, parce qu'elle paraît d'abord se rapporter à la subordonnée qui la précède et qui est introduite par quoique. Pour rendre la phrase claire et connecte, il suffit de retrancher la conjonction puisque; de cette manière la dernière proposition devient une proposition principale, appuyant la première, et se relie à ce qui précède.
684 DE LA PONCTUATION BN OtS^RAL § SU