La labiale forte P persiste ou se change en b ou v
V P initial persiste : pauper povre* pauvre.
^ P médial descend à b : apicxda abeille, et bien plus souvent à V : capillus cheveu, sapere savoir (it. savere, esp., pg., pr. saber)] p devient toujours v devant e muet final = a latin : lupa louve, mais aussi loupe (tumeur).
P médial persiste dans les mots modernes ou dérivés de Titalien : capillaire^ capital, capitaine de Fit. capitano, formé de capU (v. fr. chevetaine), caporal de Tit. caporale, etc.
3° P filial subsiste, mais muet, dans : lupus loup ; il est devenu f en passant par b, v, dans : caput (bas lat. mbo, fr. du X" siècle chève) chef.
7. La labiale faible B persiste, se résout en v ou tombe entièrement.
P B initial reste : bene bien.
2® B médial s'adoucit en v : cabaUus cheval (it. pg. cavallo, esp. caballo, pr. caval), debere devoir, scrïbitis écrivez, eboreus ivoire, trabactdum* de trabem (poutre) travail ; toujours devant e final = a latin : faba fève ; — ou s'éteint complètement : bibere boire, nubem nue, stuba* étuve, tabanus taon.
3^ ^ final disparaît dans ibi y, ubi où, et se change en/" dans sébum suif.
78 consonnes consécutives §§ 8(î, ;>7
Consonnes consécutivbs.
1. Une consonne peut se joindre à elle-même (terra) ou à une autre consonne (spka) : dans le premier cas, il y a gémination, et dans le second combinaison:
2. Les consonnes géminées se conservent mieux que les simples; sous ce rapport, on peut comparer la consonne double à la tonique longue et la consonne simple à la voyelle brève. Cette comparaison est surtout admissible pour les muettes. Si donc la consonne double est diminuée quantitativement, elle conserve toujours sa valeur qualitative, c'est-à-dire que ce, tf, pp^ peuvent devenir consonnes simples, mais non pas, comme r, t, p, descendre à la douce {g, rf, b) ou subir d'autres altérations , par ex. sappinus sapin, gtdtur goitre, saccfis sac; toutefois ce devant a se comporte comme le c simple : peccutum péché.
3. Quant aux combinaisons de consonnes, on a vu (§ 16) que, dans les mots de formation organique ou populaire, le français ne tolère deux consonnes consécutives que lorsqu'elles forment une consonne composée par la réunion d'une muette avec r ou /, ou que la première consonne est une des liquides r, /, w, m terminant la syllabe. Aussi de toutes les langues romanes le français est celle qui respecte le moins les groupes, originaires ou produits par la syncope, de deux ou trois consonnes dissemblables, et en général cette rencontre d'articulations diflFérentes a le même sort que l'hiatus ou repcontre de deux voyelles ; dans l'un et l'autre cas, la langue tend à simplifier les éléments phonétiques par les procédés étudiés plus haut (§§ 28-30), et si, pour détruire l'hiatus, elle change des voyelles en consonnes, par un procédé semblable elle évite le choc des articulations en transformant les consonnes en voyelles : c'est ainsi que rage a été formé de rabies par le changement d'une voyelle (i) en consonne (;), et fait de factt(s par le changement inverse d'une consonne (c) en voyelle (/).
Les groupes latins de deux ou trois consonnes initiales sont les suivants :
1 Cr, gr, tr, dr, pr, br, fr, vr. Ces groupes persistent toujours à l'initiale : crista crête, gratum gré, transtrès.drictiare* iresseVy presbgter prêtre, brevis bref, fremim frein. Cr s'adoucit en gr dans : crypta grotte, crasstis gi'as. Tr devient cr dans tretnere
§ 38 CONSONNES MéDIALBS ET FINALES 79
craindre. Pr descend à /r dans /^raesajfo fresaie. Fr initial ne se présente que par contraction dans : veracum* verai* vrai, tericula* verille* vrille.
II y a quelques mots où ces groupes sont produits par la chute de la première voyeUe ; b(ejryllare briller, p(ejruêtulare brûsler* brûler (it. bruatolare), d(i)rectus droit, qu[i)ritare crier, c(o)rro8U8* creux, cfojrutulare crouler.
2. Cl, gl, pi, bl, fl. Ces groupes restent également intacts : daustrum cloître, gladiolus glaïeul, plicare ployer, Uaspheniare blâmer, flaccus* (mou, propr. la partie molle du corps) flanc. C passe parfois à la douce : classicum glas, et g tombe dans : glirem loir. Fl s'est simplifié en f par raison d'euphonie dans febUis foible^ (pour floible) faible.
3. Se. st, sp. Par la prosthèse d'un e, ces combinaisons sont devenues médiales; de là la perte du s (v. § 38) : scutum écu, strictus étroit, spicum épi. La forme ancienne était esc, est, esp (où le s est muet dès le XII* siècle), elle se retrouve encore accidentellement dans quelques mots de formation ancienne comme scandalum esclande; quelquefois les deux formes coexistent avec des acceptions diflFérentes, comme épice et espèce.
Les mots tels que escarpe, escorte^ estocade, estrade^ trahissent une origine italienne ou espagnole. Les mots modernes^ comme scatidale, n'ont pas le e prosthétique.
H y a eu élision de s dans pâmer de spasmare et tain pour étain de stannum.
Dans les mots suivants, venus du grec, les combinaisons pn, ps et pt se sont simplifiées par Télision de la première consonne : pneuma neume (terme de musique), psabnua saume*, psalterium sautier*, ptisana tisane.