Nous avons en français quatre voix nasales, savoir
a) La voyelle nasale de a, qui se rend par an (am)^ comme dans ianc.
Il y a en outre la voyelle nasale en, (iiii aujourd'hui a le même son que an : vent = van; mais autrefois le e conservait dans cette position le son qui lui est propre, de telle sorte que en se confondait avec la nasale in; cette prononciation s'est même conservée dans la diphtongue ien : bien^ dans quelques noms propres, comme Agen, et dans les mots appenf/ice, benjoin ^ clenche.
h) La voj^Ue nasale de f , qui se rend par ain (ai m) , ein ou in(im) : bain, faim, .seiw, fin.
c) La voyelle nasale de o, qui se rend par on (om) : bon.
d) La voyelle nasale de eu^ qui se rend par un, connue dans 6riin, huxnUe, et par eun dans le seul mot (à) ,/eun (à cause déjeuner).
On voit que la voyelle nasale du a su rend tantôt par an c>t tantôt par en, et celh; du e tantôt par ain ou ein et plus souvent par in. Les mots de la même famille nous guident dans beaucoup de Ciis, comme dans venger, vindi(%itif ; ftdm, famine; plein, plénitude; serein, sérénité; fin, fine, finesse, etc. Dans d'autres mots, beancoup plus nombreux, l'orthograpbe est l'églée d'une manière invariable par un préfixe ou suffixe; ainsi enlei*er, injuste, îi cause des préfixes en et in; bâtiment, paysen, à cause des sufTixes ment, an.
3. Outre les voj'elles nasales pures, il y a encoi e en français des (fiphtùngtiea luaitales. Ce sont ian^ ien, ion, uin, oin, ouin; risLndej bien, nation, juin, ^oin, mw-sonin.
Dans />w, la voyelle nasale en se prononce de deux manières. Elle a le son primitif ain dans les noms terminés par />??, et
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dans les formes des verbes venir et tenir: hien^ tienj chien^ cornédien,je tiens; en pareil cas, ien est toujours diphtongue. Mais partout ailleurs imale son de ian^ et est en général dissyllabe : incanvénietU, expérience^ excepté dans quelques mots tels que fiente^ patience^ escient.
4. Une voyelle, quoique suivie de n ou m terminant la syllabe, n'est pas nasale, lorsque la syllabe suivante commence par «, m ou h muet, comme dans paysanm (prononcez ^xxysflr-w^), renne^ penne^ je prenne^ empenner^ flamme^ lenimCj dUeinmejgetnme^ hymne, indenme, ccdùmnie^ oninisciencej somfiatnbule, mdonmal, bonheur, inhumain.
En reste nasal dans les mots composés : enorgueillir, enivrer, enaiseler, énamourer (que l'Académie écrit à tort énamourer), enherber, enhuiler, ennoblir, ernmêler, etc. Dans ce cas le n se lie à la voyelle suivante : en-nivrer, et non pas enivrer, comme dans les mots de formation savante : énergie, énergumène. Le e suivi de nn, mm, mM,prend le son de a bref dans : hennir, nenni, solennel, femme, indemnité, ifidemniser, et dans tous les adverbes en emmentj comme prudemment. Dans automne, damner, damfiation, m ne se prononce pas; il en est de même de n dans monsieur.
Les letti*es nt ne se prononcent pas dans la terminaison des verbes ù la 3 personne du pluriel : aiment^ viennent, chantaient^ sonnent comme aime^ vienne, chantait. On distingue donc par la prononciation : les verbes affhient {\\s\ expédient, équivalent, ferment, président, résident, content, excellent^ négligent, violent, des noms affluent (nn), expédient, équivalent, ferment, président, rrsident, content (homme), excellent, négligent, violent. On distingue de mt^me ils convient, de convier, et il convient, de convenir.
m. Accents écbits.
1 . n y a en français trois signes orthographiques appelés improprement acre/</s, savoir : l'accent aigu ('), l'accent ^rrat^e (') et l'accent circonflexe (").
On doit l'invention des accents graphiques à un grammairien grec, Aristophane de Byzance: Vaigu était le véritable signe de l'accent tonique et indiquait Vélévation de la voix sur une des trois dernières syllabes, il pouvait afTecter soit des brèves, soit des longues; — le grave qui n'était pas proprement un accent, remplaçait dans certains cas l'accent aigu sur la dernière syllabe ; — le circonflexe, formé par la réunion des deux autres, se plaçait sur des voyelles longues par nature ou sur des diphtongues et indiquait que la voix s*élevait et s*abaissait sur la même syllabe.
L'accent tonique ayant en français une place invariable, remploi de ces signes pour noter cette place est au moins superflu. Aussi ce n'est pas dans ce but que nous en faisons usage, et il faut bien distinguer, en français, l'ac-
Ayer, Gramnuiire comparée. 8
cent écrit de l'accent tonique. Ces deux accents se trouvent quelquefois sur la même syllabe, comme dans ca/c, cyprès^ bûche. Mais ordinairement l'accent tonique ne se marque par aucun signe ; quelquefois mémo il n'est pas sur la syllabe surmontée d'un accent : ainsi dans bûcher, l'accent tonique n'est pas sur la syllabe qui a l'accentuation notée, mais bien sur la syllabe qui suit.
2. Jjaccetd aigu et Vaccent grave sont employés dans les cas suivants :
a) Ils servent à distinguer le e sonore quand il termine la syllabe.
Tout e sonore qui termine la syllabe pénultième et est suivi d'une syllabe muette, prend l'accent grave (ou l'accent circonflexe, s'il y a lieu, v. n** 3) : mè-re, priè-re, fiè-vre; es-piè-glej fi'dè'le. L'Académie écrit maintenant le siège, d'après la règle générale, mais elle maintient l'ancienne orthographe avec l'accent aigu dans emsé-je, dussé-je.
Partout ailleurs le e sonore teiminant la syllabe est sunnonté de l'accent aigu : ca/é, caféier, récréer, élever, dévdojyper, érénementj excepté pèlerin, chènevis.
De là il résulte que le e aigu de l'avant-demière syllabe est remplacé par le e grave, si la dernière syllabe devient muette, comme cela a quelquefois lieu dans les verbes : céder, je cède; révéfer, je révèle; et que réciproquement le e grave devient aigu, si la syllabe suivante est sonore : le nègre, la négresse; la fièvre, fiévreux.
L'accent grave se maintient dans les dérivés, lorsque la syllabe finale du motprimitif reste muette, comme dans : espièglerie, fidèlement, règlement, avènement.
Le e suivi de jc ne prend jamais d'accent, parce que cette consonne équivalant à gz ou C8y \c e ne termine pas la syllabe et est sonore par sa position : examen = eg-zamen.
Les mots clef et bled écrits avec f ou d (d'oVi clavier^ hlatierj ne prennent pas d'accent sur e, parce que ce e ne termine pas la syllalwî; mais si l'on retranche la consonne finale, d'après l'orthogniphe actuelle, e prendra un accent aigu : clef blé. Il en est de mt>me des mots dîner et souper, qui s'écrivent aussi sans r : diné, soupe.
Si, dans le corps d'nn mot, un e est précédé ou suivi d'une autre voyelle avec ' laquelle il ne forme point une voyelle composée ou une diphtongue, ce e doit être surmonté d'un accent aigu ; aérien^ réussir. Voilà pourquoi le suffixe re, qui signifie le plus souvent de nouveau^ se change ordinairement en ré quand il se joint à un mot commençant par une voyelle : réactionj réunir (v. ch. XIV).
b) On emploie encore l'accent gi'ave sur le e de la finale es de certains substantifs, pour marquer que ce 8 n'est point signe de flexion et que le e ne terminant pas la syllabe est sonore : ajprès, aMs, dès,
c) L'accent grave s'emploie encore comme signe de distinction dans des mots complètement homonymes : à, préposition,
et a, verbe ; fô, çà et où, adverbes, et la, article, ça, pronom, et ou conjonction. Là. çà et jà conservent l'accent grave dans ddà, voilà, Iwlà, deçà, déjà, et le perdent dans cela, jadis, jamais.
3. Ij'accetU circonflexe indique : a) la suppression d'une lettre avec allongement de la voyelle, comme dans ajyàtre (du lat. aposidiis), ou sans allongement de la voyelle, comme dans hôpital (du lat. hospiMe) / b) l'allongement de la voyelle sans suppression de lettre, comme dans pôle.
On doit remarquer : P que l'accent circonflexe se place sur toutes les voyelles simples, ainsi que sur les voyelles combinées ai, ou, oi et ni, tandis qu'on ne le trouve pas sur ei (excepté r<ré), eu (excepté jeûne) et au, ainsi que sur les diphtongues impropres, sauf oe ; 2** que l'accent circonflexe ne se présente que devant les consonnes fortes t,p, c, ch, et les liquides /, n, m, et jamais devant iine consonne redoublée; si on le trouve devant s dans châsse, c'est qu'il sert à distinguer ce mot de son homonyme chasse; quelques-uns écrivent de même les formes verbales je crois, je crûs, de croître, pour les distinguer des formes correspondantes de croire, je crois, je crus.
Voici les différents cas où l'accent circonflexe est employé en français :
a) On le place sur les voyelles suivies autrefois d'un s étymologique qui ne commençait pas une nouvelle syllabe, comme dans nous chantâmes, quHl finît, etc., qu'on écrivait chantasmes, finist, avec un s qui s'est prononcé jusqu'au XIII* siècle. Voici les mots les plus usités dans lesquels l'accent circonflexe remplace un s étymologique, latin ou germanique : albâtre et tous les mots formés par le suffixe âtre (du lat. aster), âne, oppât,âpre, bât, bâtard, bâtir, bâton, Uâiner, châtaigne, château, cMtier, châtrer, dégât, fâcher, gâcher, gâteau, hâte, Mtie)^, hâve (anglo-saxon hasva), lâche, lâcher, niâcher, inâle, mât, mâtin, pâle, pâmer, pâque, pât, pâte, pâtis, pâture, plâtre, râder, râper, râteau, re^iâder, tâche, tâter; — acquêt, ancêtre, arrêt, arête, baptêine, bête, carême, champêtre, chêne, crêpe, crête, drêche, dépêcher, empêcher, endêver, être, évoque, fêler, fenêtre, fête, forêt, frêne, genêt, grêh (subs.), guêpe, guêtre, hêtre, homiête, itvtérêt, mêler, mêtne, pêche (fruit), pêcher (v.), pêne, prêt, prêter, prêtre, jn'otêt, quête, récite, revêche, rêve, tempête, têt, tête, vêpre, vêtir; — abîme, dîner, épître, ci-gît, gîte, He; — apôtre, aumône, il clôt, clMure, côte, dépôt, entrepôt, fantôme,liôte, liôtet, Iiôpital, impôt, nôtre, otage, ôter, irrévôt, rôtir, suppôt, tôt, vôtre; — brûler, bûche; — aîné {ains-né, né SiYSLnt),co7i7iaître, faîte, fratclhe, laîche, maître, maraîcher, naître, paître, jxiraître-, — boîte, cloître, croître', — août, coûter, croûte, goût, goûter, moût; — poêle (fourneau) ; — huître, puîné (puis né).
Le cas le plus général dans les mots cités est que l'accent circonflexe indique rallongement de la voyelle par suite de la suppression dus étymologique, comme dsmsâne^ bête, gUe, côt^,, flûte ^ claîtrej huUre; mais, comme la voyelle accentuée seule peut être longue (§ 10), il arrive assez souvent que l'accent circonflexe est placé sur une brève, par exemple dans râteau, entêté, dîner, hâpitul, brfder, doîtrer, piifné.
Dans les dérivés de formation moderne, le s étymologique reparaît, comme c'est le cas pour les mots suivants : âne (du lat. asinus, as'nus), asine; rîpr^,. aspérité; arrêta arrestation; bête, bestial; évêque^ épiscopal; fenêtre, défenestration; fête^ festin; /br^, forestier; intérêt, intéresser ; ^^rr^/'c, presbytère; vêtir, investir, travestir; ?/«, insulaire; épître, épistolaire;rtjpo/r<»; apostolique; côte, accoster; goM, déguster. Mais dans tous les mots de formation organique, le s ne reparaît pas et l'accent circonflexe persiste : âpre, àpretè; fâcher ^ fâcheux; bête, bêtisfe, abêtir, embêter; grêle, grêlon] p'êire, prêtresse, prêtrise; tête, têtu, entêté; t?^iV, vêture, dévêtir, revêtir; île, îlot; côté, côté, côtoyer; bûche, bûcher, bûcheron; maître, maîtresse, maîtriser; goût, goûter, dégoûter; coteau et crépit ont perdu l'accent circonflexe.
Quelquefois le « étymologique a ék^ remplacé par l'accent aigu ou grave, comme dans bétail (bestiale), détruire (destruere), fétu (festucus), métier (ministerium), nèfle (mespilum), etc.; — ou a disparu sans laisser de Irace, comme dans : chacun (quisque unus), louche (luscus), je naquis (vieux français nasquis), notre (noster), votre (voster), pacage (pascage), plutôt (plus tôt), soupirer (suspirare).
b) L'accent circonflexe indique la contraction de deux voyelles dans les mots suivants : âge (aage), bâiller (baailler), câble (caable et chaable), soûl (saoul), vêler (veeler), piqûre (piquure), 7nûr (meur), sûr (seur), crû (creu), dû (deu); ou la suppression de e muet après la voyelle u dans les mots : assidûment, continûment, congrûment, dénûment, nûment, ré^solûment,
c) L'accent circonflexe s'emploie encore dans les mots suivants : acre, bâclie, bâder, bâfre, bâillon, câlin, châle, cliâlit, châsse, crân^, faîne, grâce, hâUer, fiâle, mâche, mâchefer, mâchicoxdis, pâle, pâtir, rabâdier, râhle, théâtre; — barème, blême, chrême, extrême, suprême, bêche, pimbêche, bêler, benêt, grêle (adj.), pêle-mêle (= mêler avec une pelle), prêcJier, rêne, trêve; — Mitre; — drôle, geôle, môle, pôle, rôle, tôle (v. f. taule), dotne, sginpiôme, cône, prône, trône, alcôve, maltôte (bas lat. mala tolta), cocher, chaîner, côlon, frôler, rôder, trôler; — flûte', — traîner, traître; — retire ; — benoît] — jeûne; — ixyâte; poêle (ustensile de cuisine), ])oêle (drap mortuaire). Les dérivés conservent Taccent circonflexe : disgrâce, infâme, pâlir, bêcher, blêmir, enjôler, contrôle, prôner, traî-
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tresse^ voûter ; mais on peut citer les exceptions suivantes : ocri; monie^ ffrader^ gracieux^ infamie^ diffamer^ baptiser^ extrétnitéy suprématie^ coyiique^ polaire^ déjeuner.
L'accent circonflexe ne représente pas ici un s étymologique, mais quelquefois il remplace un » qui^ au moyen âge ou à la Renaissance, a été intercalé devant une consonne comme signe d'allongement de la voyelle, c'est le cas pour les mots suivants : hâle, palet prêcher^ rêne, blasphème, hlême^ rôle, trône^ flûte, traître, traîner^ poêle, qu'on écrivait autrefois avec un s paragogique : hasle (du flamand hael), p<Mle (du lat. pallidus), pre»c/ier (pra^dicare), resne (retina, sul'St. de retinere, it. redina), blaaphesme (blasphemare), blesme (scand. blâmi), roale (rotulus), trosne (thironus), fluste (formé du lat. flatuere), traistre (traditor), traisner (de train), poésie (palella). Dans les autres mots, l'accent circonflexe n'indique que rallongement de la voyelle si toutefois cette voyelle est tonique ; c-ar, si elle ne l'est pas, elle reste brève, malgré l'accent circonflexe, par ex. câlin, bêler, frôler, etc.