‹ Grammaire comparée de la langue françaiseChapitre 84 sur 409 · IV. L'hiatus · texte numérisé non relu

IV. L'hiatus

1. On appelle hiatus la rencontre de deux sons- voyelles dans deux syllabes consécutives, soit dans le même mot, par ex. fua; soit dans deux mots qui se suivent immédiatement, par ex. tu SLS,

n n'y a pas d'hiatus lorsque les voyelles qui se suivent appartiennent à une seule syllabe et n'expriment qu'un son simple, comme ai dans airfé?, ou deux sons distincts, mais prononcés en une seule émission de voix (diphtongues), comme /odans fiole (§ 46). ^

2. Dans l'intérieur des mots, l'hiatus n'est toléré que lorsque la première voyelle, qui n'a jamais l'accent tonique, est l'une des voix constantes /, t/, ou^ ce qui se présente surtout dans la liaison des flexions ou des suffixes au radical, par ex. w/-er, sci'Ure^ tu-a, ru-elle, éblou-i^ escou-ade. L'hiatus est encore toléré avec le e atone, comme dans cré-er^ pé-age, gé-ant^ né-ant^ sé-ant, cé-an8, obé'ir^ etc. ; mais dans la combinaison de voyelles e-au^ le e ne se prononçant plus, l'hiatus est détniit, par ex. heaume^ épeatdre, peau^ chapeau^ etc., excepté dans flé-au^ lyré-au^ où le e est devenu sonore par le changement en é.

Pour éviter l'hiatus, la langue française a employé différents moyens que nous avons étudiés (§ 28). Parmi ces moyens, il en est un dont la langue moderne fait un usage continuel/ c'est l'intercalation de y, qui a lieu à chaque instant et presque involontairement ; c'est ainsi que, dans />^/-^, ni-er^ l'hiatus est détruit par l'intercalation d'un y qui n'est point dans l'écriture, mais qui se fait entendre dans la prononciation : pli-yer^ ni-yer.

noncent-ils avril et babil sans mouiller le /. — La règle suivante d'orthographe est sans exception : le / mouillé terminant un substantif masculin se rend par // (ou / après /) : trava-il^ péri-l; partout ailleurs l mouillé final s'écrit ille ou Ile : il trava-Hlej pa-UlSj ilpi']le.

Ainsi, après la voyelle /, le l mouillé ne se reconnaît qu'au redoublement : piller; mais souvent ce redoublement est purement étymologique et la consonne n'est point mouillée, c'est ce qui a lieu dans les mots commençant par il, comme illustre^ et dans calrillej capillaire^ codicilUj disfillerj fibrille^ imtUler^ milles myrtïl ou myrtiUe^ osciller^ ]mpille, pusillanime^ sibylle^ titiller^ franquille, vaciller, vilk. — On dit également campanile et camjmnille avec l mouillé; imbécile AomiQ imbécillité di^QO. l non mouillé. — Camille, Castille ont le / mouillé.

Le / mouillé se rend par II sans / dans les noms propres Ciôly, SuUy, VuUy.

Le I mouillé provient : !<> de { suivi d'un i atone = i/: feuille do folium, ou même de l ou II pur : soiUir de salire, /aillirde faWere; "l** de radoucissement d'une gutturale : ccdller de coa^(u}lare, ordUtf de auHc(u)\a^ cuiller de cochlear (§g 33, ^^). Le t né du cou du g est resté en rran«;ais devant l comme lettre servile pour marquer que { est mouillé, tandis que l'italien rend ce son par gli^ procédé que le français a suivi en partie pour le n mouillé. De là il résulte que cuiller doit se prononcer cuAll-er^ le i étant ici non pas une voyelle, niais un y né de c (chj et servant uniquement k mouiller le / (*).

b) N mouillé se rend toujours par gn : vignoble^ incognito, imprégner, imprég;nation, (si g se prononçait, l'accent sur le e qui précède serait de trop), etc.

Il y a un certain nombre de mots modernes, tirés du grec et du latin, dans lesquels le (/ a consei-vé le son qui lui est propre et termine la syllabe : agnat, agnus^ agnation, cognât, cognation, cognitif, cognitîon, diagnostic, géognosie, igné, ignicole, ignition, iguescent, ignivore, inexpugnable, magnat, magnificat, récognitif, regnicole, stagnant, stagnation, — Dans signet et les noms propres Regnard, Regnatdt, Compiègne, Clugng, le g est complètement nul.

Le n mouillé provient : i" de gn latin : agneau de agnelUis ; S^ ordinairement de n suivi d'un i atone = y : cigogne de ciconia; ou même (Pun n pur ; grogné/* de grunire (%% 33, 38).

(i) Suus le rappoi-t purement phonétiqu«.>, l.-f consonne l est mouillée toutes les fois qu'elle est suivie pour lo son d'un t consonne : ainsi dans U'?fi. /nlier, il y u un / mouillé. aussi l)ien que dans paille^ pilUtr. Mais i mouillant un / no s'écrira aprôs cette cunsonnt* que ({uand elle sera initial», c<)mmc dans lieu, pieu, ou ((uo i appartiendra A un suflixe, comm<! dans pil-ier, OchaNer. I^i mt^me rèi^le i»eut s'appliquer i\ i mouillant la cons<miie n: piin'u*r, (jenièvre. M. k.liairwviXvWv (lit'vue crituiue, 187(), II. lO"!) appt^lle fausso l'analyse de < et d^ n mouillés considérés comme un / et un >/ sini|)l>>> suivis d'un }/. En réalité, dit-il, le /et lo n mouillés sont dos cons4)unes simples détei'rninoos par la double position simultanée de la langue contre le palais et contre les alvéoles in mouillé ) ou contre les dents macbelières (l mouillé) supéiieui-os.

§ 53 SPIRANTES 121

B. Spirantes.

1. Quoique la lettre H ne représente plus aucun son en français, on distingue encore un h dit aspîréj comme dans hotte, et un h muet, comme dans hôte. Le h aspiré a pour effet de sauver l'hiatus : le héros, îa honte (^), tandis que le h muet n'empêche pas Télision : Vhéroïne.

Le h peut être initial, médial ou final :

a) Au catnmencement des mots, h est surtout aspiré devant les voyelles a, o, u. Il y a environ 340 mots qui commencent par h aspiré, savoir : 170 par ha, 120 par ho et hu, et seulement 50 par he, hi : hache, haricot, hofite, hêtre héros, hil)Ou.

II est muet principalement dans les mots dérivi^ du latin qui ont conservé ou ajouté un h initial comme : habileté, heure, homme, huiSf huUre, huile ; sont exceptés harpie, hennir, héros, haut, hérisson, huit, hurler, huppe, houlette (§ 3i). Les dérivés de héros ont le h muet : hérohie, héroïque, héroïsme. H est aspiré dans huit, huitiinne, mais muet dans dix-huit, dix-huitième. II est aspiré dans les mots d'origine germanique ou autre, comme hareng, havre, Rotlande, Eomjrie (mais on dit en rendant le h muet : fromage d'Hollande, eau de la reine d'Hongrie), ainsi que dans les interjections : ha, haie, h^, hem^ ho, hom.

b) Dans l'intérieur des mots, h est étymologique : ahurir, cohorte, exhotier, préhension , ou il a été inten;alé entre deux voyelles pour les faire prononcer séparément: trahison, envahir, cahier.

Si un mot commençant par h muet ou aspiré entre en composition avec un préfixe, la, prononciation de h est réglée comme suit :

i® Après une consonne, h est toujours muet: abhorrer, adhérer, déshériter, exhaler, exhausser, exhumer, inhérent, inhumai», rhabiller, surhausser, etc. Après en toutefois, h est aspiré ou muet comme dans le mot simple; il est donc aspiré dans enhardir, à cause de hardi, et muet dans enherber, à cause de herbe.

2« Après une voyelle, h est toujours aspiré, lors même qu'il ne l'est point dans le mot simple : aheurter, œhabiter, prohiber, réïkabiliter, souhait.

c) H n'est final que dans quelques mots, la plupart interjections, ah, eh, oh, où il rend longue la voyelle qui précède.

Les consonnes composées avec h sont ch et ph, dont il a été parlé, th et rh, qui sonnent comme t et r ; théâtre, rhéteur.

2. Dans toutes les langues romanes la spirante latine / a perdu sa prononciation primitive; mais, sauf en italien, l'ancien signe s'est conservé avec son nouveau son, qui, en fran-

(1) S«.'li.ti IJiliv. !•• /* a'-pin« «]tiit réoHomont se fairo entendre. Voici ce (lu'il dit : c Aujourd'hui, s>inli«wt ù i'nijs, beaucoup n'aspirent pas le U et se contentent de maniuer rtiiatus: Ip èr"-<. Uiimît\ t-'c; Miais(l:u)s plusieurs provinces, laNonnaudie entre autres, TaspiiMiii'ii c'Sl tivs ut'tu.iMi'iit coust-rvôe, yA cela vaut mieux. * {Dictionnaire, à la Ictlit» li).

122 SPIRANTES Ç 58

çais, est celui de la chuintante douce : jamaiti. hej ne pouvait donc plus seiTir à marquer le j primitif; c'est pourquoi on a choisi la lettre Y dont la forme ressemble à celle du j et qui a l'avantage de n'avoir aucun autre emploi.

Le îj français^ qu'on appelle souvent i consonne, a le même son que le^' allemand ou italien et le y espagnol. Il ne faut pas le confondre avec le y qui se trouve dans les mots dérivés du grec, où cette lettre est une voyelle qui sonne comme / ; style, hymne, dryade. Le y grec a été remplacé par / dans quelques mots, comme abhne, amidon, anhrisme, asile, chimie, cristal, etc.

Tandis que y gi'ec ne se présente qu'après une consonne, le y français commence toujours la syllabe, c'est-à-dire qu'il est toujours suivi d'une voj'elle avec laquelle il forme une syllabe : ba-yer, mo-yen; les mots pays, ixxysan ne sont pas une exception : l'ancien français avait pais, paisan (=1x^)8, jxi'isan); plus tard on intercala un y poiu' éviter Thiatus : jm/is, payisan, et enfin / a disparu. Nous prononçons pai-i, pai-isan, autrefois on disait iHi-ï, ou plutôt iKi-yi,

Le y français est toujours suivi d'une voyelle avec laquelle il forme une sj^llabe; sauf dans yeuxQ), il ne se présente qu'au milieu des mots : ha-yer, mo-yen, tii-yau. Sa prononciation actuelle dépend non seulement de la voyelle qui le précède, mais encore de celle qui suit.

a) Après les voyelles o, «, le y a conservé le son simple qu'il avait autrefois et l'on prononce encore abo-yer, jo-yau, fu-yard, c'est du moins l'opinion de Littré. Il en est de même après e : yrasse-yer,

b) Après la voyelle a, y a la valeur de deux / dont le premier se combine avec a de manière à former le son é, tandis que le second est un / consonne (y) qui commence une nouvelle syllabe; 2L\VLH\ jxiyer se prononce aujourd'hui yx/Z-yc/*, tandis qu'autrefois il sonnait ainsi ixi-ier (pit-yer); de même abbaye se prononce abbai-i.

Mais cette prononciation modeiiie n'a pas atteint les noms propres, comme Bayonne^ Bccyard, Bisccrye, Blaye, Cayenne, La FayefU, Mayence, Mayenne, Payer ne, etc.; il en est de même de quelques verbes et noms communs, comme bayer, brayette, mayonnaise, etc. Les mots ayeul, bayonnette, fayence, glayeid, payen, ont gardé leiu' ancienne prononciation, mais y a été remplacé dans l'orthographe actuelle par un / siu*monté du signe appelé tréma : aïetiî, païen, etc.

(1> Dans yeuse, y est voyelle et ii'iMiii>èche pas rélislon : on prononce f'i-€i(ze.

§ 58 SPIRANTES 123

c) Devant un e muet, y précédé d'une des voyelles a, o, ti, perd son articulation^ et l'orthographe actuelle le remplace ordinairement par y, comme dans^a/e, que je traie, jaiej f appuie, etc. ; sont toujours exceptés les noms propres, qui ont gardé l'orthographe et la prononciation ancienne : Biscaye, Elaye, etc. Toutefois les verbes en ayer ou eyer prennent indifféremment y ou * devant un e muet : je paye OMpaie^je jxiyerai ou jxiierai] tu balayes ou balaies, tu balayeras ou balaieras, je grasseyé ou grasseie; de même que j^ asseye ou asseie, etc.

Ainsi, dans les mots dont nous venons de parler, les trois lettresy,! et/, quoique se prononçant aujourd'hui différemment, reconnaissent la même origine : payer, pami, raie.

Comme dans les mots loi, roi, joie, soie, voie, le o forme diphtongue avec *, l'usage actuel conser^^e cette prononciation dans les dérivés : loyal, royal, joyeux, soyeux, voyage, ou y a la valeur de deux », ou plus exactement de iy : loi-yal.

Le y finançais reconnaît plusieurs origines :

lo Dans certains mots où d était suivi d*une combinaison de voyelles commençant par I, le d a été supprimé et i est devenu y : rai/er de roefiore, moi/en de meetium, glaïeul de gladiolus, rayon de radiolus, joye, d'où joie de gaudium.

2^ Le 1/ est quelquefois une consonne intercalaire : a(v)olu8 at/eul ou aïeul (§23).

3» Mais le plus souvent, le y provient de l'adoucissement de g ou c médial : payer depagare, payen ou païen de paganvu, playe ou plaie de plaga, loyal (it. leale, esp. pg. leal, prov. leial) de legaliSy voyelle de vocalis^ doyen de decanus, noyer de necare, employer de implicare, foyer (prov. fogal) de /bcoriufn(de focus), noyau (prov. nogalh) de nucalis (§ 35).

3. Le son de la chuintante forte se rend toujours en finançais, par GH : chamj), chien, perche.

Le ch français ne se présente jamais que devant les voyelles. Il ne faut pas le confondie avec le ch des mots de formation savante que l'on trouve devant une consonne aussi bien que devant une voyelle. Ce ch, d'origine grecque, est resté guttural avec le son du c devant toute consonne ainsi que devant les voyelles a, o, u : chlore, chrême, technologie, chaos, écho, catéchumène; mais, devant e, i ou y, il s'est le plus souvent éloigné de sa prononciation originelle pour prendre celle du ch français : archevêque, archiprêtre, architecte, archiduc, chimie, chirurgien, chérubin, patriarche, Achéron, Joachim, etc.; cependant orcltestre, archiépiscopal, archéologie, chiromancie, chiragre, chirdogie et d'autres mots peu usités dans le langage ordinaire se prononcent avec le ch guttural.

Le ch français &»t né du c latin placé devant a; chien de canis, cheveu de capiîlus, chet;a{ de cabaUtiSj chartre de carcer, choux de cauliSj chose de causa, coucher de coUoccarCj perche de pertica (§35). Ch provient aussi de oc: lâche de Uulus (§ 38 i>); <ie et : fléchir de fleciere (§38 0; ^^ ci ; chiche de cicer; de qu\ chacun do quisgue imus (135); de i (e) atone devant une autre voyelle : roche de rupca (§ %>.

124 SPIRANTES § 53

4. La lettre J marque en français le son de la chuintante faible ; mais elle ne se présente en général que devant les voyelles a, 0, w, surtout au commencement des mots : jalon, joug, jurer,

La chuintante douce se rend :

a) Devant a, o, u : 1® par J, au commencement des mots, comme dans : jdon^ jdij jurer ^ etc., et dans les composés : adjoindre^ con-juguer^ en-jamber, en-jôler^ béjaum (bec jaune), etc., à l'exception des mots geôte^ geôlier j Georges, et 2*^ par ge partout ailleurs : il jugea, badigeon, gageure, sauf dans les motfe suivants qui sont les seuls où le J soit médial devant a, o, u : acajou, benjoin, hijon, bijau, danjon, goujat goujoti, joujou, jujube, imrjdet, marjolaim, mijaurée, mijoter, majttscule, major, sapajou. et leurs dérivés,

b) Devant e et /, par g\ sauf dans les mots suivants où j se trouve devant un e :je, jeter, jet, objets subjet, jeton, jeudi, jeu, jeune, jeunesse, jeûner, di jeûner, Jérémie, jérémiade y Jésus, jésuite, jésuitisme, majeure, majesté, majestueux, Jean et quelquesautres noms propres.

Le J français provient ; 1® de y latin ; jeûna de \uveniB (|3i); 2« de g devant a : \amhe de qamha (S 35) ; 2f^ d'un i initial ou médial suivi d'une voyelle et devenu consonne : jour de diurnus^ gou\on de gobionem (§ 28).

5. La lettre S est le signe propre à la spirante linguale ; elle peut être faible ou forte. Elle n'est faible ou douce que quand elle se trouve placée entre deux voyelles : raisin ; partout ailleurs elle est forte ou dure, ainsi qu'entre deux voyelles lorsqu'elle est redoublée : savoir, verser, classe, (cf. § 55).

Si un mot commence par s, cette consonne reste forte dans les composés, lors même qu'elle se trouve entre deux voyelles, comme dans les mots antisocial, contresens, contresigner, désuétude, entresol, Jiavresac, parasol, tourtiesol, insuffisant, préséance, présupposer, polysyllabe, moyiosyllabe, vraise^nblance, Lesueur, Lesage, Desaix.

La sifflante faible se rend par s : raison, et exceptionnellement par z: zèh. — La sifflante fort^ se rend : 1*» devant une consonne, ]}B.rs:peste, et devant a, o, u, par s (ss) : persan, solj bosse, et par ç, lorsque dans un mot de la même famille on trouve un 0 ou un ^ à la même place : forçat et forcer, poinçon et pointe ; — 2"* devant e et i par s ou par c et exceptionnellement par f : siècle, ciel, nation ; c'est l'étymologie qui en décide, mais, sans recourir au latin, on peut remarquer qu'on rend par c le son .s lorsque dans un primitif ou dérivé on trouve un c (qu, x) ou un ^ à la même place : physicien et physirpie, sorcier et sort^ sacer-

§ 58 SPIRANTES 125

doce et sacerdotal. De même on se sert de s, lorsque dans un mot de la même famille on trouve un s ou un ei à la même place : conserver et réserver ; consister et résister ; conseil et constater \i)enser etpeser*^ immense et mesure \ précurseur et cours '^ persécuteur %i poursuivre ; réponse et répondre.

S dur vient de 8 latin initial : soj de solum (§ 31). — S doux vient de 8 latin médial: maison de mansionc^m 0)34), ou de t suivi des voyelles combinées ta, ie, io^ tu : poison de potionem (i ^), ou de c doux; plaisir de placer e (§ 35). — Le s redoublé provient de x latin : essaim de examen^ ou de m : casser de quasaare (§ 38).

6. Le Z n'est point la faible de s; mais là où cette lettre se présente, elle sonne en effet comme 5 doux : gaze.

Le son de la sifflante faible ne se rend qu'exceptionnellement par Zj savoir : 1** à l'initiale, et alors le z est nécessaire et ne pourrait être remplacé par le 5, qui n'est doux que placé entre deux voyelles : zèle^ zéphir^ etc. ; 2** à la médiale, et dans ce cas, quand il est placé entre deux voyelles, le z pourrait se remplacer sans inconvénient par un s simple, et c'est ce qui a lieu en effet dans quelques mots. Voici les principaux mots dans lesquels entre un z médial : alezan j alèze^ amazone, apozème^ azur^ azimut^ azerde^ azyme^ azote^ azi ou azt/^ bazar ^ bézoard^ bizarre, bonze, bronze^ canezou, cdza^ dizaine^ donzdle, épizootie^ douze ^ gaze^ gazelle^ gazette^ gazouiller^ horizon^ lazaret^ lézard^ lazzi, luzerne j mazette, mélèze, ozone ^ onze, quatorze, quinze, suzerain, seize, syzygie, treize, trapèze, trézeau, vizir.

Le z initial ne se trouve que dans quelques mots empruntés au grec ou aux langues étrangères : zèle, zéro, zibeline, zéphyr j zizanie. — Le z médial se trouve non seulement dans les mots d'origine savante ou étrangère, mais encore dans les mots purement français, et alors il vient d'un c doux : lézard de (ocer^a, onze de undedm (S^). — Le z final vient de ^«(§38c) ou de «latin (§31) : aimez de ajnati8, assez de adsatis, nez de nasua; il a remplacé le 8 de Tancien français : on écrivait autrefois vous aimés^ asaés.

7. La lettre X représente aujourd'hui la combinaison de la sifflante s avec la muette gutturale faible ou forte (gs ou es), comme dans sexe, exil; ne sont exceptés que quelques mots où X a conservé le son simple du s qu'il avait autrefois, soit dur dans six, dix (v. § 56), soixante, et les noms propres français Aix, Auxerre, Auxmme, Bruxelles, Luxeuil, soit doux dans deuxième, sixième et dixième.

Cette lettre n*est initiale que dans quelques mots savants tirés du grec, où elle sonne es : zylon^ excepté dans les noms propres Xavier, Xénophon^ Xer- X€8j dont le x est devenu doux. — Dans l'intérieur des mois, x sonne en général es : sexe, excuser, excrétnent, expliquer ; il a le son ga dans le préfixe ex, lorsqu'il est suivi d*une voyelle ou de h, comme dans inexorable, ezhiber. Si x médial est suivi d'un c lingual (= s), le son 8 ne se fait entendre qu'une seule fois : exciter (= ecciter ou ecsiterj. — Le a? n'est final que dans quelques mots où il vient de x latin : six de sez (I 38^), de s : deux de duos (I 34), ou de e : dix de decem ($35).

8. Les labiales F et V conservent toujours le son qui leur est propre. Le son f s'écrit quelquefois ph par raison d'étymologie : pharey physique,

F vient de f on ph : taux de talcem^ faisan de phasianus; à la fin des mots, de V : œuf de ovtim, et quelquefois de p : chef de coiput. — V initial vient de V : yin de yinum; v médial, de p : cheveu decapilliis, onde b : fève de /aba, ou de V : avoine de avena (§§ 3i, 35).

Ph a été remplacé par f dans: /ai«an (autrefois phaisan), fanal, fantaisie, fantôme^ faséole, fée, fiole^ flegme, frénésie, greffe, griffon, soufre. Sofa, parafe, /antoamcu/orie s'écrivent aussi avec pÀ. On doit distinguer filtre, qui a la même origine que feutre, du latin filtrum dans les textes du moyen âge, et philtre (d'amour), qui nous vient du grec et que l'on écrit aussi filtre.

1. Les muettes c et g perdent leur son guttural devant les voyelles i et e, et c prend le son sifflant de s dur : ceci, et (j le son chuintant de j français : gingembre.

Devant a, o, u, on donne à c et à ^ le son de la sifflante ou de la chuintante en ajoutant axx gun e nul, appelé lettre servUe : gageure, ou en plaçant sous le c le signe appelé cédille; on mit d'abord un z après c : faczon, puis on le souscrivit au c : façon. — Par le procédé inverse, on maintient au (/ et au c le son guttural devant i et e en faisant suivre la consonne d'un u servile: orgue, gueule; mais alors eu devient presque toujours qu : anguille, coquille, queiw.

On distingue ainsi le c en c guttural et c sifflant, et le g en g guttural et g chuintant.

2. Le son propre du C est celui de la gutturale forte : car, crosse, bac; dans second, il sonne comme g. Mais devant i et e, le c est toujours sifflant : ceci.

c guttural provient toujours de c (ccj devant o, u : couver de cubare , cacher de coac.tare, sec de siccus; de g dans les mots suivants : car (quare), caille (quaquila), carré (quadratus), cadrature (d'une montre), cadre (quadrum), cadran (quadrantem) , carreau (quadratellum) , carrière (qiiadrariaj, carême (qnadragesimaj, carillon (quadrilionem), carrefour fquadrifurcum). carnet (qvatemetum), cahier (quaternum), casser (quassare), chacun (quisque unus], coter (quotare), comme [quomodoj, coi fquietusj, crier (quiritarej, encan (inquantum), lac (laqueus) (|35).

C sifflant dérive : i" de ce, ci: cent de centum, ciguè de cicuta; 2<» de qui, que: cinq de qyLinqu^,cercélle ou sarcelle de q}xerq}xcdula (§35); S** de t suivi d'une combinaison de voyelles dont la première est i : grâce de graWa (§ 28); 4<> de 9 : sauce de salsa,

3. Le son du c guttural se rend souvent par la lettre Q, qui a cela de particulier qu'elle est toujours suivie de u, sauf dans

coq et cinq; mais qu se prononce toujours comme c : giie?, liquéfier j qaij liquide j si ce n'est dans environ. 160 mots de formation moderne, où il foime une diphtongue avec la voyelle f, a, Gj qui suit. Voici les plus usités de ces mots; équestre^ équiangle^ éqaidifférent^ éqvLilatéralj équitafion^ questeur^ à guûi, qainqxienfûilj quintuple^ ubiqai^e; — adéquiaty aquarelle, aquatique, exequatur, équatetir, équation, loquace, in-quatio, quadragénaire, quadragésinie, quctdrangulmre, quadrature (d'un cercle), quadrupède, quad)'uple, quanquam (discours latin), etc. Dans ces mots f^ sonne comme ou devant a, et comme u français devant e, i; le mot quinquagésime offre un exemple des deux prononciations : cuincouagésime.

De ce qui précède, il résulte que la gutturale forte c se rend par qu devant les voyelles e et i : queue, liquide; partout ailleurs ce son s'écrit c, sauf dans quelques mots où qu est en général demandé par Tétymologie, comme quatre, nous pratiquons, etc.

Qu provient de qn latin : quinze de quindecim, qyiiUe de qut^u«, quel de qnal(«; mais il remplace aussi le c latin quand il doit représenter le c guttural devant les voyelles françaises i et e ; queue de cauda^ coque de concha, fabrique de fabrica (§ 35).

4. Le son propre du G est celui de la gutturale faible : gazon, , gond, gui, grêle. Mais devant les voyelles e et /, le g prend toujours le son de la chuintante faible : gène, gilet (§ 53).

On conserve au g devant e et i le son guttural en le faisant suivre d'un u servile, qui peut être étymologique, comme dans anguille de anguilla, ou purement phonétique, comme dans fatiguer de faHg€Lre.

Gu suivi d'une voyelle se prononce en général comme g; mais u se fait entendre devant e sonore dans arguer ti devant e muet dans ciguë et le féminin des adjectifs en guy où le tréma est employé pour indiquer que le u n'est pas une lettre servile et conserve sa valeur de voyelle. Cru forme en outre une, diphtongue avec la voyelle qui suit : 1^ devant i, dans les mots aiguille, aiguiser, im:ftinguihle, et dans les noms propres Guise, Guide, etc. ; 2** devant a, et alors xi a le son de ou, dans quelques mots modernes, comme lingual,

lAi g guttural dérive: !<> régulièrement de g latin devant o, u; gou/te de qutta; 2» de la forte c (g) : gale de calluê^ égal de àsqaalis (§35); 3<» de v latin : guêpe de Yespa, permutation semblable à celle du w germanique en gu ou g, comme dans .guerre de werra (§ 34).

Le g chuintant dérive : 1*» normalement de gfe, gi: gémir de gemere (8 35); 2« de ;; gésir de jacere(§3i); 3'>de i suivi d'une voyelle ; rage de ro6ie«(828)/ 4» de c ou de {/suivi de a : geôle de caveola, géline de gallina (§ 35); 5o de te, de : sauvage de 8il'vai(ijcu8, silvai'cus; venger de vinàfijcare (§38^).

128 MUSTTSS. OU EXPLOSIVES § 64:

5. La linguale forte T, quand elle se prononce, conserve en général le son qui lui est propre.

Mais, placé devant une combinaison de voyelles dont la première est ê, le t prend le son de la sifflante dure s : natian, martial, patience, épizootk^ facéiie^ argutie^ minutie, satiété, pétiole, gentiane, initie^', balbutier.

Toutefois le t conserve dans cette position le son qui lui est propre :

a) Dans les verbes; quand i appartient à la tenninaison : nous portions, châtier, bâtie, sortie, etc.

On distingue ainsi par la prononciation les verbes nous acceptions, nous attentions, tious intentimis, nous inventions, nous objectio7îs, nous portions, des substantifs les acceptions, attentions, intentions, inveyvtions, objections, portions.

b) Dans les substantifs dont la finale tion est précédée de s ou de X : gestiofi, mixtion.

c) Dans les substantifs dont la finale tie est précédée d'une consonne: partie, garantie, hostie, sacristie; excepté inertie, ineptie.

d) Dans les substantifs et adjectifs en tié ou tier : amitié, moitié, pitié, entier, forestier.

e) Dans le verbe ^ étioler.

Devant ion, la combinaison es se rend par x ou par d. On écrit toujours et après un n : fonotimi, sanction, ou lorsque dans les mots de la même famille on trouve d ou ^ à la même place : action et acte, faction et fait, facture, etc.

Th conserve toujours le son du t: apathie; c'est donc une faute de prononcer chrestomathie comme s'il y avait chrestomacie.

r vient det latin : iaon de iàhanu8y jeter de jac\are{%^i), — Ti latin devant une voyelle sonnait t«i, de là la prononciation française de ti en si : naXAon de naXHùnem,

6. La linguale faible D conserve toujours le son qui lui est propre.

D vient de d latin : ^eux de diuos, et quelquefois de t : donc de iunc (§ 35).

7. Les labiales P et B conservent toujours le son qui leur est propre : pain, bain.

p vient de p latin : pain de pan^m, cep de ctppus. — B vient de b latin : bain de halneum^ arbre de arhor^ et quelquefois de p ou de u ; abeille de a]^icula, corbeau de corvellus (§g^ et ^*).

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