TITRE
Les espèces de mots et leurs flexions.
Ohapitre UI.
Du nom ou substantif.
Article L — Dtt nom en général.
1 . Le substa)itif ou nofn exprime l'idée d'un êfre, c'es^à-di^e d'une personne ou d'une chose, d'après sa nature.
Le substantif s'appelait chez les grammairiens romains nom substantif (nomen substantivum), c'est-à-dire nom qui désigne la notion ou la substance d'un objet (de stans, se tenant, et subj dessous). La grammaire moderne ayant fait de Tac^ectif une partie distincte du discours, on a donné au mot noni le sens de l'expression ancienne nom substantif.
2. Les noms expriment toujours une qualité générale, supposée particulière à la personne ou à la chose qu'ils désignent. Mais chaque dénomination exprime, non pas la qualité essentielle ou spécifique de l'objet, mais celle qui frappe notre imagination et qui semble la plus propre à faire comprendre aux autres ce que nous voulons désigner. Ainsi, le roi est celui qui dirige^ qui gouverne (lat. regetn de regere), le setyefity l'animal qui rampe (serpens de serpere)^ le fleuve. la chose qui coule (fluviu8 de fluere), le fort, ce qui couvre (tectum de tegere), etc.
« L*homme, dit Max Muller, n'a pu nonmier un arbre, un animal, une rivière oa tout autre objet qui l'intéressait qu^après y avoir découvert préalablement <iuelque qualité générale qui était à ses yeux le trait caractéristique de l'objet qu'il voulait nommer. Quand il s'est agi de nommer le cheval^ ce fut sa vit >sse qui frappa l'esprit de l'aryen primitif comme étant sa qualité la plus marquante (en sanscrit aêva^ le coureur). Dans les langues germaniques le froment fut appelé la plante blanche (gothique hvaiteis, ail. %ceitien, anglais wheatf mots qui se rattachent au sanscrit sveta^ blanc). Très souvent la racine d'où le nom est tiré a le sens le plus vague et le pins général comme aller, se tnouvoir, courir^ faire; et telle est la mer\'eilleuse puissance du langage que de ces conceptions vagues et ternes l'homme a pu tirer des mots pour rendre jusqu'aux plus délicates nuances de la pensée et du sentiment. Le latin œimm, ce qui marche, de la racine i, aller, est venu à désigner le temps et les âges de la vie ; et son dérivé aeviternuSy ou aeternus, a exprimé l'éternité. Le français meuble signifie littéralement tout ce qui peut être changé de place, et le même mot a fmi par désigner les chaises, les tables, les commodes, etc. C'est de la même manière qu'on a formé le nom de la lunej luna, c'est-à-dire lucna ou lucina, celle qui luit; le nom de la foudre, fulmen (de fulgere), ce qui brille,