VOYELLES SANSCRITES
§ 2. — L’alphabet sanscrit compte quatorze signes de voyelles, que nous transcrivons ainsi :
F (pr. rï).
I et sa longue inusitée (pr. Irï, Irî).
ai (pr. e).
âi{ pr. âï ) .
au (pr. ô).
âu (pr. dou).
§ 3. — Le rapprochement de l’alphabet sanscrit avec ceux des autres langues de la famille indo-européenne montre que les lettres qui le composent ne sont pas toutes primitives, et qu’une partie d’entre elles ne s’est manifestée que sur le sol indien, après la dispersion de la race.
Les voyelles primitives sont a, i, u, avec leurs longues à , ï, ü, et leurs diphthongues ai, au. On a eu jusqu’ici l’habitude de transcrire ai et au par e (e) et o (d), à cause de la prononciation de ces deux lettres, qui était dans le sanscrit classique celle d’une et d’un u longs. Mais il nous semble préférable de leur laisser leur caractère de diphthongues, qui seul rend compte de leur formation et des permutations par lesquelles
nous les verrons passer. Ou est d’autant plus autorisé à écrire au et non o, ai et non e, que souvent, dans la prosodie védique, cesdiphthongues sont comptées pour deux syllabes a-u, a-i *. Il suffit d'avertir que, dans le sanscrit ordinaire, elles ne forment qu’une syllabe, et qu’elles se prononcent simplement comme le français f aurai. La prononciation décomposée aï, dou est réservée pour les deux diphthongues avec a long, âi, du, qui n’en restent pas moins monosyllabiques.
§ 4. — Le sanscrit compte encore trois voyelles qui paraissent fort singulières aux Européens, et que nous transcrivons par r, f, /. Faisons abstraction de / qui n’a qu’une existence exceptionnelle* ; F même est rarement employé. Bopp a démontré * que r n’est point une voyelle originelle, mais un affaiblissement des syllabes ra, ru et surtout ar ; car aucune des langues congénères ne possède une semblable voyelle, et elles la remplacent le plus souvent par la syllabe ar ou par er, or, qui en tiennent lieu régulièrement. Ex. : rksa = apxToç (ours) ; pitr = pater; mrta , cp. mortuus. Le sanscrit lui-même a conservé de nombreuses traces des anciennes formes; ar y est le renforcement de r : la y/* kr (faire) devient par renforcement karaumi (je fais). Le r procède aussi d’un affaiblissement de la syllabe ra dans des mots tels que