‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 79 sur 100 · GRAMMAIRE COMPARÉE. [§ 152J · texte numérisé non relu

GRAMMAIRE COMPARÉE. [§ 152J

cas sont trop isolés et trop incertains pour infirmer les lois qui paraissent se dégager ici de l’observation des faits, savoir :

1* Le grec n’a pas de p initial pur et simple ; l’esprit rude qui le surmonte joue le rôle d’une véritable consonne initiale.

2° Le r initial sanscrit ne correspond pas au initial grec. Il subit, en passant en grec, soit la prosthèse d’une voyelle, comme dans é-pu9pô; pour le sanscrit rudfiira (rouge) (voy. plus loin, ch. V); soit la transformation en l; ex. : Xeoxo; (blanc), à|/.çt-Xùx7) (crépuscule), <Jruk (briller); Xei'i7« (laisser), y/r/Æ (linquere); Xav0âvw (être caché), \J radh, rah ^abandonner, disparaître), à laquelle se rattache peut-être aussi ê'pnp.o; (désert), qui aurait conservé le p par suite de l e prosthétique 1 .

§ 1 52. — Le r médial et final se retrouve inaltéré en grec comme en sanscrit, dans une foule de mots tels que èpeTp.o{ (rame), sscr. arïtra ; opwp.t (élever), \J ar, latin orior, affaibli par le sanscrit en r dans le verbe rnaumi ; dans les suffixes T<op, mp , en sanscrit târ, tr, etc.

Le r médial primitif s’est changé en / dans %dk\> (beaucoup), sscr. paru; dans àoXtyos (long), sscr. dlrg/ia pour *dârgha, cp. comparatif drâghïjâs; ÔXo; (entier) pour *aolfoç, sscr. sarua ; tptXébj , sscr. y/ prl (aimer), etc.

Le grec n’a pas de X final.

1. Bopp ( Gr . comp., § 382, in fine), constate la même antipathie de l’arménien pour r initial ; cette langue l’évite par prosthèse ou par métathèse.

Dans un certain nombre de mots le X grec a son équivalent l en sanscrit, de manière à faire remonter la transformation de r en /plus haut que la séparation de ces langues. Ex. : Xxaëx'vw (obtenir), y flakh; Xeiyw (lécher), yjlih; èXap; (petit), sscr. tagku ( léger); piXx; (noir), sscr. mala (tache) ; Xxw (désirer), y/ las.

Le grec offre en lui-même le passage de p à X dans un certain nombre de mots, tels que xXom et à-xpoxop.at (entendre), y/ cru; xxX’jtctw et xpurTto (cacher) ; xoXo<pwv et xopuuêoç (sommet) ; Xaxî; et £xxoç (lambeau) '.

Par contre le X repasse en p dans X7|0apY'ia pour ^XïiS-xXyix (assoupissement, maladie qui fait oublier), et dans le byzantin xepxXxpYtx pour xs'pxXxXYix (mal de tête).

§ 153. — Le /• initial primitif s’est conservé en latin dans un grand nombre de mots. Ex. : rex , sscr. râgan (roi) ; ruber, sscr. rudhira (rouge). Dans rumpere il s’est maintenu intact, tandis que le sanscrit l’affaiblissait en / dans sa y] correspondante lup, lurnpârni (rompre).

Il s’est également conservé en médiale et en finale. Ex. : fero=bharârni ; les finales en tor, ter , sscr. târ, etc.

Le /• primitif conservé en sanscrit s’est souvent changé en l latin. Ex.: yj rufi (briller), lacéré, yj riR (abandonner), linquere ; yj sur (aller), satire ; çravasja—gloria ; çrauni—clunis ; s ara = s al; puru,

\ . La forme éolique fiptxxo; pour prouve qu’un digamma est encore tombé ici.

cp. populos} \J var (choisir) = volo y yj prl (aimer), cp. lætus, archaïque *plætus (cp. Læ torius et Plælorius, nom propre) ; sarva (tout entier) — salvus, sollus ', forme archaïque de solus.

Le /latin correspond aussi à un l déjà adopté par le sanscrit. Ex. : lingere = \J lih (lécher) ; lubet= y ! lubh (désirer) ; labor, v / labh (obtenir, agir) ; laschus, yj las (désirer) ; levis = laghu; malus == rnala (tache, ordure).

Il correspond en plusieurs mots au p grec. Ex. : (3apëapoç, balbus ; elpo; (laine, pour ’/eîpoç), vellus ; >.eïpiov = lilium.

D’ailleurs r est loin d’être toujours primitif en latin. Nous l’avons vu, ainsi que /, provenir de d (§ 112); nous le verrons plus loin provenir de s (§ 1 90). Rappelons aussi l’indication de n changé en / dans allas, aXXo;, etc. (§ 148).

Ler médial tombe quelquefois en latin, devant b: muliebris pour * mulier-bris ; devant j : pejerare pour *per-jerare; devant d : pedere pour * perdere, cp. ■rcipào), sscr. pard (pedere) ; devant s : tostum pour *lorstum, de torreo, cp. gr. xiomu-oa. et sscr. y / tars (avoir soif) ; de même posco est pour *porsco, sscr.

1 . Par assimilation pour *solvus. Cette assimilation de v en /, et celle de c en l dans villa pour * vicula, de vicus, paraissent échapper au principe de transition (v. § 74), car v et c ne semblent voisins de l à aucun titre. Peut-être cela tient-il à la nature accommodante de l, liquide molle par excellence, et quoique foncièrement dentale, s’apparentant aussi aux labiales et aux gutturales.

Sur la production des liquides par assimilation, voy. §§ 86,

^ prakh, qui est pour *parsk, par suite de l’affaiblissement fréquent de sk en kh (§ 94).

§§ 154 - 157 . LES SPIRANTES J, V, S

Page 1