‹ Grammaire comparée des langues classiquesChapitre 95 sur 100 · V LATIN · texte numérisé non relu

V LATIN

§ 1 82. — Le o latin offre de grandes analogies avec le y; il est à u ce que j est à i; mais on ne le compte pas comme consonne double et il ne fait pas position .

Les Latins en leur écriture ne différenciaient pas plus le v de l’u que le j de IV; d’où résulte une confusion que les transcriptions modernes n’ont pas toujours réussi à débrouiller, tout en prétendant distinguer la consonne de la voyelle par des signes différents.

1. Quintil. J nsi. oral., I, iv, H : Sciât enim Ciceroni plaçasse aiio Maiiamqae geniinata i scribere.

La prosodie fournit encore ici le meilleur moyen de distinction. Elle apprend à traiter comme voyelle l’u de suus qui fait syllabe à lui seul, et comme consonne celui de suadere, de suavis La conclusion serait d’écrire svadere , s va vis, si l’on pouvait avoir la prétention de modifier des habitudes prises *.

§ 183. — Le v latin initial représente toujours un v primitif*. Ex.: viginti , sscr. viçati ; vicus , sscr. vaiça; vocare, sscr. yj vaR; vehere, sscr. y vah ; volo, sscr. <J var; video , sscr. y' vid.

Le v initial tombe devant r et devant l, les groupes vr, vl n’étant pas admis en latin. Ex. : rigare (arroser) pour * vrigare , sscr. yj vars (mouiller), cp. hall. regen (pleuvoir) ; ray, sscr. varia (pluie, même y') ; radix , cp. hall, mirzel (racine, peut-être sscr. y 1 vardhy croître); rugio, cp. gr. (.pjyco (rugir); laqueus, cp. gr. Ppôyoî (lacet); lacerare, sscr. yj vraçfc (déchirer).

§ 184. — Le v médial s’est conservé en latin entre deux voyelles. Ex. : novem = sscr, navan ; divus —

t . Quii/ite premit vocem digi toque silentia suadet , Ovid. Mêlant. IX, 691.— Suave mari magno, Lucr. Cependant la prosodie compte exceptionnellement suadere, siüàvis.

2. Ces habitudes proviennent de ce que, dans suadeo , etc., le v se prononce à la manière du t c anglais, prononciation figurée dans les langues néo-latines par u, ou.

3. La seule exception qu’à ma connaissance on pût alléguer serait verbum, si ce mot se rattache au sscr. bravimi, V brù (parler). Mais on a vu plus haut que le b sanscrit est une lettre incertaine, sur laquelle on ne peut fonder aucune dérivation assurée.

sscr. daiva (dieu, divin); àvis — sscr. avi ; bovis = sscr. gén. gavas ; novus = sscr- nava. 11 s’est conservé également après les liquides r, l. Ainsi le suffixe vo se retrouve en latin après les voyelles et après r et /, dans nocivus, declivus, lorvus , curvus, calvus, sylva, ulva, sa/vus — sscr. sarva (tout entier), etc.

Après les autres consonnes le v se vocalise. Ainsi le même suffixe vo devient uo: le sscr. ùrdhva (dressé) devient arduus ; on a de même deciduus, vacuus ; sscr. dvâu == duo, Ratvàras — quatuor , etc*.

Si la voyelle qui le suit vient à manquer, le v, même précédé d’une liquide ou d’une voyelle, se vocalise encore. Ainsi volv-ere devient au participe volutus ; salvus, avec le suff. secondaire ti , devient salu-tis, (cp. véd. sarvatàti , intégrité) ; même rapport entre caveo, caulum ; avidus, audeo ; *avis-spiciurn, auspicium ; lavere , lautum; navita, nauta'.

Réciproquement, lorsque, par suite d’une chute de consonne précédente, u vient à se trouver entre deux voyelles, il passe à l’état de consonne v. Ainsi s’expliquent les parfaits en vi, qui est pour fui avec chute du f. Ils se placent après les thèmes à voyelle finale : arna-vi, dele-vi , audi-vi. Après les thèmes à consonne finale, ils sont en ui: monui.

§ 185. — L’m qui suit invariablement la gutturale

1 . Cependant la prosodie compte gènva pour génua, mais non "cornva pour cornua.

2. L u provient même d’un b par l’intermédiaire de v, devant f, dans les composés au-fero, au-fugio , pour * ab-fero , etc. Au contraire, b s’est conservé dans ab-fore, ab-fui.

q est d’une nature particulière et mixte : c’est un v en tant qu’il ne compte pas pour une syllabe et qu’il ne forme pas diplithongue avec la voyelle suivante, laquelle reste brève si tel est son caractère ; mais ce n’est pourtant pas tout à fait une consonne, car il ne fait pas position avec q pour allonger la voyelle brève qui les précéderait. Ex. : equus, sëqui, lôqui. Ce groupe qu ne peut exister qu’à la condition d’être suivi d’une voyelle. Dès qu’elle vient à manquer, u reprend sa nature tout à fait vocalique, et q se change on c : sequi, secutus; loqui, locutus.

§ 1 86. — Le durcissement de v en b , allégué par la plupart des auteurs, a été contesté par M. Corssen 1 , qui a démontré l’erreur de plusieurs des exemples cités. Ainsi lâbrurn (baignoire), de lavare, n’est point pour * lavrum, mais pour * lavabrum avec syncope de va. Cependant nous ne saurions suivre le savant philologue dans la théorie par laquelle il explique comment bis est venu de * c luis , bellum de duellum , bonus de duo/uis. Au lieu de l’explication ordinaire par la chute du d initial et le durcissement du v en b , la chute est attribuée au c, lequel, avant de tomber, aurait labialisé le d précédent. Nul exemple n’est cité d’une transition comme * buis, * buellu/n, qui établirait le fait. La seule considération alléguée est tirée de ce que, dans viginti pour *dviginli, le d en tombant a laissé le v intact. On pourrait opposer l’exemple de suadere pour *suadvere , où le v en tombant a pourtant laissé le d intact; mais en linguistique l’ar-

t. Beitràge, pp. 157-166.

gument a contrario ne compte guère, el un procédé appliqué sur un point n’exclut pas l’application d’un procédé différent à un cas semblable. Nous nous en tiendrons donc à l’explication ordinaire, qui a pour elle l’exemple, déjà invoqué (§ 1 06), du zend changeant en dbis le dvis (haïr) du sanscrit, et opérant ainsi, d’une manière évidente, le durcissement du v en b .

Un cas de durcissement de u en b sur lequel personne ne conteste est celui de ferbui parfait de fer— ceo, causé par l’antipathie du latin pour les groupes ma, vui , ma. Môveo, câveo, f'âveo y échappent en formant leur parfait autrement : muai , câvi , fùci. Ferveo a aussi ferai auprès de ferbui, ce qui prouve qu’il faut bien accepter quelquefois l application de procédés différents à des cas très-analogues.

§ 187. — Le v sanscrit du groupe çv correspond-il quelquefois à un r latin ? On rapproche le sscr. çvas (demain) du lat. cras ; le sscr. çvaita (blanc) du lat. creta (craie) ; çvajârni de cresco. Mais ces rapprochements qui, s’ils étaient immédiats, feraient exception au principe de transition (§ 74), sont loin d’être solidement établis 1 .

On admettrait peut-être avec moins de difficulté la permutation de v en m, déjà alléguée pour le sanscrit entre les suffixes des participes vaut et mant.

1. Voy. Corssen, Beitr ., p. 407. Pour rresrcrr, M. Corssen y voit plutôt un inchoatif à sens neutre de \ kar (faire), que le latin reproduit au sens actif dans creare.

M. Corssen* oppose d’excellentes fins de non recevoir aux exemples communément cités de ce changement du sanscrit au latin. Ainsi, mare ne se rattache pas au sscr. vâ ri (eau), comme l’a pensé Bopp’, mais au sscr. maru (désert, chose morte). Pourtant, on trouve une permutation plausible entre m et v, dans le sein des langues italiotes, quand on compare Marmar i 2 3 4 , forme réduplicative du nom de Mars, osque Mamers, avec Mavors, autre forme latine du meme redoublement. La permutation entre v et m est également incontestable dans le groupe germanique : cp. le hall, wir et l’alsacien (alémanique) mer (nous) ; hall, mit et angl. wilh (avec).

§ 188. — La chute de v médial est très-fréquente, surtout entre deux voyelles. Ex. : Cnæus, arch. Giuuvus ; boum, génit.de boves; oleurn, cp. oliva; audii , redit, pour audivi, redivi ; arnasti pour amavisli. 11 tombe aussi après une consonne : le, tibi sont pour *tve, *tvibi, de tu; suadere est pour *suadvere, cp. sscr. svàdu, gr. (doux). Suavis, au contraire, a gardé le v, mais perdu le d antécédent, de même que viginti pour *dviginti.

Le v du groupe initial sv a en latin des destinées diverses. Tantôt il se conserve. Ex. : suadere, suavis, sscr. svàdu; suesco, cp. sscr. svadhà (habitude)*.

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