‹ Grammaire comparée des langues classiques phonétiqueChapitre 19 sur 82 · A PUR ET SES ÉQUIVALENTS S ET Ô · texte numérisé non relu

A PUR ET SES ÉQUIVALENTS S ET Ô

§ 20. — L'a bref est la voyelle la plus commune en sanscrit, comme on en peut juger en prenant un vers "au hasard dans le Rig-véda :

A us/a nûnâ fi a t amas j a amrtânâm manâmahai Kâru daivasja nâma 1 .

i . Cujus profecto, cojusnam immortalium enunciemus gratum dei nomen? I Mand., hymn. 24, verset I.

(§21J VOCALISME. 33

Partout où il se présente l'a est primitif.

Le grec l'a conservé dans une foule de mots comme Xapêavu, y/ labh (obtenir); àaxvw, yj daç (mordre). Il s'est maintenu dans les aoristes seconds comme exTavov, exparov, èrpa<pov, de xt£ivw, TpeTrco, Tpé<pa>.

Le latin aussi l'a maintenu dans beaucoup de cas : agere, ^ ag (mener, agiter); magnus, sscr. mahat (grand); anguis, sscr. ahi (serpent), etc.

Il se retrouve en gothique, par exemple dans t/iata, sscr. lat (istud); nahts (nuit), sscr. nahtam (de nuit); tamjan, sscr. damajàmi (dompter). De même en ancien haut -allemand, Va est primitif dans kans 9 sscr. hâsa (oie) ; rat (roue) , sscr. ratha (char), etc.

§ 21. — Parmi les langues qui nous occupent, les premières variations de IV/ en ë et eno par pure équivalence se présentent en grec et en latin.

Le grec remplace à par ô dans 770^0; , sscr. padas (pedis) ; dans les nominatifs en 0; et ov, sscr. as et am, etc.; mais plus souvent encore il le remplace par e. Ex. : icTt, sscr. asti; çspw, sscr. bharàmi (je porte) ; è'çepov, sscr. abharam (je portais); cpspgTe, sscr. b/iaratha (vous portez), etc.

Le latin fait, comme le grec, fero=bharâmi ; est = asti. Il change d primitif en ë dans pecus — paru, deceni = daçan, etc. Il le change en o dans potis = pati (maître), octo = astâu. Le v particulièrement semble attirer o pour a clans son voisinage. Ainsi ovis = avi; vomo = vamâmi, dont le grec au contraire a fait sjjiéto ; voco, sj vaft, etc. La syllabe sanscrite sva devient souvent en latin sa. Ex. : sôcer =

çvaçura; sôror = svasar; sôpor, svap (dormir) ; sono, 1/ svan (résonner).

Les e et ô brefs apparaissent aussi dans le développement de l'ancien haut-allemand et des anciens dialectes bas-allemands, où ils jouent le rôle d'une dégénérescence de sons primordiaux, e pour a, o pourw. Ainsi, dans l'ancien haut-allemand, aux formes les plus archaïques warjan (défendre), halid (héros), succèdent à partir du huitième siècle les formes werjen, helid (allemand moderne held). O est pour l'ancien u dans sonne (soleil), pour sunnu, etc.

§§ 22-25. AFFAIBLISSEMENT ET CHUTE DE Lfl.

§ 22. — La comparaison entre les formes les plus simples des mots et les formes plus chargées de flexions et d'aflfixes, dans lesquelles par compensation la partie radicale s'allège, a révélé à l'illustre Bopp 1 une différence de gravité entre les voyelles. La plus pesante de toutes est Va. Quand il est allégé, Va devient régulièrement u ou i, ou enfin il tombe complètement. À son tour, u s'allège quelquefois en i 9 mais non réciproquement. Les exemples nous feront aisément comprendre.

Dans ces exemples, nous donnerons les mots sanscrits avec leur accentuation ; et l'on remarquera que, sauf le cas des redoublements, les affaiblissements et les chutes n'atteignent que des syllabes ne portant pas l accent tonique. L'inaccentuation doit donc être considérée, autant que la compensation signalée par

i . Grammaire comparée, §§ 6> 1, 6. Voy. la traduction française de M. Bréal.

[§ 22] VOCALISME. 35

Bopp, comme la cause originelle de ces phénomènes.

A s'affaiblit en u dans le sanscrit. Ex. : kardumi (je fais) devient au pluriel kurmds* ; puru (multus, Tzokv) est pour * paru, y/ par (emplir) ; de là pur? (ville) = icoÀfe\

L'affaiblissement de Va en / est beaucoup plus fréquent. Ex. : pitr 1 pour * patar (pater); duhitr 1 (fille) pour *duhatar (ôu-^^p) 5 niça {mx\t) 9 comp. l'adverbe nàktam (noctu) ; dadhàmi (-n'Ouït) fait au participe passif dhitâ (ôsto'ç). Une partie des verbes à redoublement prennent i à la syllabe réduplicative : bibharmi (ïero) sj bhar; fis t/iâmi (sto, cp. sïsto), yj sûiâ, tandis que d'autres conservent Va : dàdàmi (do).

U s'affaiblit en i dans l'aoriste âundidam pour * âundudam (madui), y/ und ; nous verrons que ce phénomène est fréquent en latin.

Enfin a tombe souvent en sanscrit devant une consonne suivie d'une voyelle. Ex. : Rakrai pour * Jiakarai y 3 e pers. sing. parfait moyen de^ kar (faire) ; gaghniis pour * gaghanus (interfecerunt), 3 e personne plur. parfait actif de \J han (tuer). L'a de la syllabe va tombe et le v se vocalise en u dans uktà pour * vakta, participe passif de / ^ (loqui) ; dans suptâ, participe de y/ svap (dormir). C'est par un procédé semblable que j'a devient / dans istd pour *jakla f participe passif de y/ jag (sacrifier).

1. Ainsi qu'il sera expliqué plus tard en parlant de la conjugaison, mi est une désinence verbale légère, et mas une désinence lourde.

2. Par suite de la même idée, ville se disait en osque Ma, c'est-à-dire la totalité, la commune.

36 GRAMMAIRE COMPAREE. [§ 23j

§ 23. — Le grec et le latin offrent les mêmes phénomènes, parmi lesquels nous distinguerons les affaiblissements qui ont lieu dans le passage entre l'indo-européen primitif et ces deux langues, de ceux qui se manifestent dans le développement interne de chacune d'elles en particulier.

Le grec affaiblit en u un a primitif dans vuxtoc (noctem), sscr. nàktam (noctu); dans yuvyf (femme), véd. gain (épouse) ; dans ôvu£ (ongle), sscr. nakhâ; dans xux>.o; (cercle), sscr. kakrâ (roue) ; dans £uv, cuv, sscr. sam (avec), etc.

Il l'affaiblit en i dans Ï7cro;, sscr. àçva (cheval); dans TtOflpij àiàwjju, sscr. dàdhàmi , dâdàmi ; dans 'Eptvvu;, sscr. Saranju.

Quant aux affaiblissements d'« et de ses équivalents ë et ô d'un mot à l'autre dans la langue grecque, ils sont loin d'être aussi nombreux qu'en sanscrit et en latin, le grec se distinguant en général par la stabilité de ses voyelles. On notera pour Vu âvwvupç, d'ovofjt-a, et des formes dialectales comme Téolique 'Tiwsotûç pour "oàucyaeuç (Ulysses). Pour 17 on aura t<jôi (sois), comparé à egtw (qu'il soit) ; l'homérique mcypeç pour Tsocapeç (quatre); y.tpvY){ju = xepavvuuu ( mélanger ) ; y ôtÇoç ( hesternus ) , comparé à y 8é; (hier), etc.

L'c équivalent de l'a tombe dans miCTw pour * mirero (tomber), yj sscr. pat, cp. aor. 2, e7re<7ov pour dor. £7U£Tov, et raTavvujM; dans ^tyvo(x.ai pour *yiYevof/.ai (naître), sj sscr. gan, cp. yévo;; dans xaTpoç pour *xaTÉpoç, etc.

Toute voyelle radicale se change en e dans la syllabe rédupiicative du parfait grec.

{§ 24] VOCALISME. 37

§ 24. — . Ixs affaiblissements du latin sont plus compliqués, parce que les voyelles ë et Ô, tout en se montrant en cette langue, comme en grec, les équivalents de Va, y jouent aussi, comme i et w, le rôle de voyelles affaiblies. Nous allons noter ici seulement les cas, peu nombreux, où Va primitif ne se présente en latin, dès l'époque archaïque, que sous la forme affaiblie, réservant à examiner plus loin, dans un paragraphe spécial, les transformations des voyelles dans le développement même de la langue latine.

A s'est transformé en u dans les flexions de déclinaison en us, um, sscr. as, am, grec oç, ov; dans les superlatifs archaïques en tumus, sumus, sscr. lama; dans les flexions de conjugaisons en unt, sscr. anti, grec (dorien) ovti. Il est vrai que dans tous ces cas on suppose, avec l'appui des inscriptions, des formes archaïques en os, om, ta m os, ont, qui font rentrer cet affaiblissement dans la seconde catégorie, dont nous ne nous occupons pas encore.

L'affaiblissement de Va primitif en /est plus direct dans inter = sscr. antar ; manque == pankan ; ignis = agni; mihi=véx\. mahja, etc.

\Sa ou son équivalent e tombe tout à fait en initiale dans sum, sumus, sunt, sim, etc., pour * esum, etc. ; comme il est tombé en sanscrit dans une partie de la conjugaison à'asmi : smas, santi, sjàm, etc. Le grec, au contraire, a conservé la voyelle initiale dans toute la conjugaison d'etju.

Ua primitif, représenté par son équivalent e, s'est également perdu dans les cas obliques patris y matris, pour * pateris, elc; dans les suffixes en brum pour

beruni (du sscr. bhar porter), et dans les cas obliques du masculin, ber-bri, etc.

§ 25. — L'affaiblissement de Va joue un grand rôle dans les langues germaniques. Bopp 1 le considère comme le principe qui donne la clef de l'apophonie (ablaut) des verbes forts; il en sera question dans la conjugaison. A ses yeux, ich binde (je lie), gebunden (lié), s'expliquent par des affaiblissements de Va primitif, qui subsiste dans le prétérit ich band (je liai).

Quant aux cas où Va indo-européen ne se rencontre dans les langues germaniques qu'affaibli déjà, ils sont souvent dénaturés par des modifications secondaires qu'il serait trop long d'exposer ici. Citons l'affaiblissement dfl en u dans le gothique vulfs (lupus), sscr. vrka, pour * varka; et celui d'à en i dans le gothique sita (sedeo), sscr. yj sad.

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