Cp. le participe dhità, pour * dhàta (posé
[§46] VOCALISME. 61
spéciale à l'affaiblissement qu'éprouvent les syllabes précédant immédiatement l'accent tonique.
La compensation en au ne se rencontre guère que dans les finales en as, que l'euphonie change en au devant les consonnes sonores et devant â initiaux. Ex.: nalau nàma (Nalus nomine), pour nalas nâma. Quand il est précédé de toute autre voyelle que a, le s final se change en r dans les mêmes rencontres, et l'on en a pu conclure qu'ici au était pour ar, comme on a en français au pour al (au= à le, chevaux — chevals). Mais une permutation pure et simple entre r (/en français) et u nous paraît inexplicable, et il nous semble plus rationnel, en pareil cas, d'avoir recours à la compensation, et de supposer que la chute de r (ou F) a amené le renforcement de Va précédent en au pour aa x .
§ 46. — Nous avons dit qu'en deux cas seulement la permutation entre voyelles et consonnes nous paraissait admissible. Ces cas sont :
1° La permutation entre les voyelles i, u et les semi voyelles j\ v. La nature mixte de ces dernières explique suffisamment ce changement; nous en traiterons à propos des semi-voyelles.
i . On peut, en faveur de ce système, tirer argument de ce qui s'est passé dans notre langue d'oil. Le changement de cheval à chevaux ne s'y est pas accompli d'un seul coup. On trouve d'abord chevals, puis, concurremment avec chevaux, l'intermédiaire chevax (on sait qu'ici le x n'est qu'un s). Cette fonne est encore usitée dans le patois normand, et s'y prononce chevds. La compensation de la chute de / par l'allongement de a y est flagrante, et dès lors il est permis de ne voir dans le au de chevaux qu'une variation de cet a long.
62 GRAMMÀIBE COMPAREE, [§ 48]
2° La permutation entre les nasales et w, i. Ij& cas ne se présente en sanscrit que rarement et obscurément. Ainsi an s'y transforme en u dans les troisièmes personnes plurielles du potentiel et du parfait actif, qui se terminent en us pour anl; a m devient u dans ubhàu pour* anibhàu, gr. ot{/.<pu, lat. ambo. — Elle est plus fréquente en grec, dans les accusatifs pluriels en ouçpour *ovç; dans les troisièmes pers. plur. actif en ouci pour ovti; dans les participes en et;, TiOetç pour *Tiôevrç. — Elle se présente en latin sous la forme ôs pour * ôns, dans les accusatifs pluriels en ôs, dans le suffixe ôsus pour onsus, formosus, archaïque formonsus. On la retrouve en français dans époux, àesponsus; couvent, de conventuSj etc. En réalité, cette permutation n'a pas lieu de consonne à voyelle, mais d'une voyelle nasalisée an, on (prononcée à la française), à une diphthongue, entre lesquelles il y a similitude de nature. Cependant, il est possible aussi d'y voir une compensation proprement dite, une diphthongue remplaçant la nasale tombée (v. § 144).
§ 47. — Le grec présente des cas de compensation bien caractérisés et tout à fait analogues au sanscrit.
1° Par allongement. Ex. : iwarvip pour * iraTEp;, cp. xaTÉpa; StifffievTffe pour * àucpieve;-; (gén. àud^evso;) cp. sscr . durmanàs; Igtô!ç (sisteus) pour * tcravr; ; ^ukwç, pour * ^e'XuxpiTç; (pépwv pour *<pepovTç, cp. cpépovTOç.
2° Par diphthongue. Ex. : eip.t pour * ècy.i, dor. ifjLjju, cp. sscr. aidhi pour * asdhi; xpeiTTwv pour *xpaTtwv, etc.
§ 48. — De même, en latin, la compensation a lieu :
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1° Par allongement. Ex. : a ries pour * arièts, cp« ariêtis; examen pour *erâgmen, iïâgere.
2° Par diphlhongue. Mais ici on doit se rappeler que les diphthongues latines se sont troublées et changées en simples voyelles longues. Ainsi, fëci et lêgi, parfaits de fâcio et de lego, proviennent de formes redoublées * fëfïciy * fëlïgi, par des intermédiaires perdus *feici*leigi, comme en sanscrit taina est pour* tatana (tendistis). De même bonds et formôsus ont pu provenir de*bonôns et de *formônsus par des intermédiaires *bonous* formousus, dont les traces auraient disparu. Cp. dûco, arch. douco.