RENCONTRE DES VOYELLES
§ 49. — La rencontre des voyelles donne lieu à trois espèces de phénomènes :
1° Hiatus, quand les deux voyelles qui se rencontrent, soit dans le même mot, soit d'un mot à l'autre, subsistent en formant deux syllabes différentes.
2° Contraction ou coalescence, quand elles se réunissent en diphthongueou en simple longue et ne forment qu'une seule syllabe.
3° Élision, quand une des deux voyelles tombe en présence de l'autre.
§ 50. — Sanscrit: Hiatus. — Le sanscrit védique en a des traces dans sa prosodie. Elle compte quelquefois comme dissyllabes a-i, a-u, i-a, u-a (v. §§ 3, 155 et 156). Mais le sanscrit classique a banni complètement l'hiatus de l'intérieur des mots; et d'un
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mot à l'autre il ne l'admet qu'en des cas exceptionnels et par suite d'élisions incomplètes (v. § 52).
§ 51. — Coalescence. — D'un mot à l'autre surtout, le sanscrit classique remplace l'hiatus par la coalescence, qui est soumise aux règles suivantes :
1 0 Quand deux voyelles semblables se rencontrent, elles s'ajoutent entre elles de manière à former la longue correspondante : a + a = à , * + * sss I ; MH-w = â. Les longues s' ajoutant aux longues ou aux brèves n'ont de même que la longue pour total : â+â = â, etc.
2° Quand deux voyelles dissemblables se rencontrent, si la première est a ou à, le résultat est une diphthongue :a + i= ai; à+i = âi; a + u = au; â + u*=âu.
3° Si la première est i ou u, elle se change en la semi-voyelle correspondante : i + a = ja; ï+ u = ju; u+a = va; u+i=vi, etc. 1 .
4° En général, les diphthongues se comportent comme leurs éléments : ai+a = a/a ; au+a = aw ; aî+ i = aji; qji + u= avu ; a + <M= ài; a + au = âu, etc.
Quand la coalescence a lieu d'un mot à l'autre, il se forme une crase, c'est-à-dire que les deux mots sont réunis par l'écriture : atràgas, pour alra + agas (hic arbor).
§ 52. — hlision. Elle a lieu dans certains cas, par exemple entre les finales ai, au, et «initial. Mais alors
i, La pseudo-voyelle r se change en r consonne par la coalescence : r + a — ra; a + r=ar.
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si a initial est bref, c'est lui qui est élidé : variai 'sti pour variais asti (in sylva est); gagau 'sti pour gagau+asli (elephas est). Si au contraire a initial est long, c'est la dernière voyelle de la diphthongue finale qui est élidée : vana àslt pour vanai+âsit (in sylva fuit) ; gaga àsït pour gagau+àsil (transformation euphonique de gagas). On remarquera que cette élision incomplète, qui se présente aussi dans la prosodie grecque, laisse subsister un hiatus.
A l'intérieur des mots, l'élision a lieu le plus souvent en sanscrit entre les éléments de formation ; mais, suivant le procédé latin, c'est la première voyelle qui est élidée. Ainsi dhanva (arc), combiné avec le suff. m 9 f ait dhanv-in (archer) et non* dhamain ni *dhanvan. Quelquefois, à l'intérieur des mots, pour éviter l'hiatus sans faire d'élision ni de coalescence, let u interposent leur semi-voyelle entre eux-mêmes et la voyelle qui les suit. C est un véritable dédoublement. Ex. : bhi + i œ bhiji ( in metu ) ; bhrû +# ssz bhruvi (in supercilio) ; çuçru + iis=çuçruvus (audierunt) ; àpnu + anti = àpnuvanti (obtinent). Mais les formations de ce genre sont sporadiques. Visiblement elles résultent de la notation très-fine de ce qui se passe dans l'hiatus, quand i et u en sont le premier élément. Le grec et le latin, qui n'ont pas évité cel hiatus, l'Ont prononcé de même, mais sans noter la nuance par l'écriture*.
§ 53. — Grec : Hiatus. — D'un mot à l'autre, Thia-
i . V. plus loin, § 1 80, ce que nous disons à propos du j latin, que Cicéron décomposait en deux i,
g*, comp. 5
tus était libre clans l'ancienne prosodie grecque. On le rencontre dans Homère, en une foule d'exemples où le digamma n'est pas admissible pour le pallier 1 . Quant à la prose, sauf certains cas où l'élision est obligée, comme entre la préposition liA et le mot qu'elle régit s'il commence par une voyelle, l'hiatus y est le plus souvent écrit, sans qu'on puisse s'assurer comment il il était prononcé.
A l'intérieur des mots, l'hiatus existe d'autant plus en grec, que les voyelles, comme nous le verrons, s'y trouvent mises en contact par la vocalisation ou la chute des semi-voyelles, et encore par la chute fréquente du ç. On peut citer ce vers d'Homère comme un exemple d'hiatus accumulés :
v lAiov exT^a6at, eùvavofjievov irroÀteOpov.
Iliade, IX, 402.
Le dialecte ionien se distingue, comme on sait, par sa propension pour l'hiatus et pour le concours des voyelles. Il rejette les contractions au moyen desquelles les autres dialectes en évitent une partie. ,
§ 54. — Contraction, — La contraction des voyelles qui se rencontrent à l'intérieur des mots a lieu, soit en fondant deux ou plusieurs voyelles en une seule, comme TijjLa pour Tijxaet (colit), soit en faisant passer l'hiatus dissyllabique à l'état de diphthongue monosyllabique, comme dans Tefyet pour Tefyeï, datif de Tetyoç (mur) qui est pour *Tet^ect ; dans aiâoî pour at£oï
i. V, Matthiae, Gramm. grecque, trad. fr., § 42.
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(pudori). Les principales règles de la contraction grecque sont : 1 0 que les longues n et w absorbent toutes les voyelles simples; 2° que a absorbe les voyelles qui le suivent, excepté o et w ; 3° que e se fond avec les suivantes, sauf o et o, pour former et ou » ; 4° que i et u absorbent la suivante et se contractent en diphthongue avec la précédente. Avec â, Uj (o, 1*1 se souscrit; 5° que o se fond en ou avec la voyelle voisine, excepté t avec lequel il se fond en oi ou en longue o, ta\
La contraction entre la voyelle finale d'un mot et l'initiale de l'autre, rare dans Homère et dans le grec archaïque, est fréquente surtout dans le dialecte attique. Les grammairiens la désignent sous le nom de crase. Ex% : xà-yw = xal èya>; t&Xkct = toc aMa, etc. 2 .
§ 55. — Élision. — La crase n'est qu'une exception. Le procédé ordinairement suivi dans les rencontres des voyelles entre mots différents, est l'hiatus ou l'élision. Pour cette dernière, la règle la plus usuelle 8 est que l'élision fait tomber la voyelle finale si elle est brève, mais que si cette voyelle est une longue, l'élision l'abrège seulement ; c'est-à-dire que la longue ou la diphthongue sont décomposées en deux voyelles jdont l'élision fait tomber la dernière, comme le sanscrit nous l'a fait voir tout à l'heure (§ 52). Les cas où l'élision n'a pas lieu s'expliquent en partie par la présence du digamma. Le vers suivant
4 . V. Matthiae, §§ 48 et suiv., et l'excellente Grammaire scolaire de G. Curtius, §§ 36-39.