‹ Grammaire comparée des langues classiques phonétiqueChapitre 33 sur 82 · I, p. 543, Putsch · texte numérisé non relu

I, p. 543, Putsch

§ 63. — Les explosives de chaque organe ont des continues correspondantes :

Explosives. Continues.

labiales p, b> f> v.

dentales t, d, s, z x .

gutturales k> g, ch, j (français).

§ 64. — Les palatales sanscrites constituent une famille intermédiaire entre les explosives et les continues gutturales. Leur son, tch y dj\ se compose de la continue gutturale précédée d'une faible explosive dentale qui les a fait maintenir parmi les explosives. Elles ne se présentent que comme une dégénérescence des gutturales et n'existent ni en grec ni en latin . Du moins elles n'existent pas dans l'état archaïque de cette dernière langue ; car dans la latinité de l'époque impériale et dans l'italien qui en est sorti, les palatales reparaissent dans le c et le g suivis des voyelles /. En français c et g suivis de e et j passent de l'état explosif à l'état franchement continu sans s'arrêter à la transition palatale. Cette gradation témoigne, dans les langues indo-européennes, d'une tendance incontestable de la prononciation à passer des consonnes explosives aux continues correspondantes.

§ 65. — Les semi-voyelles, les liquides, les nasales et l'aspirée simple sont aussi des continues. Les nasales se rattachent naturellement chacune à une des familles des consonnes : h (gn) aux gutturales; n

i. Et aussi th auglais sourd (t/iicA), et sonore (t/ius).

aux dentales; m aux labiales 1 . Les liquides sont rattachées par leurs affinités de permutation aux dentales*. Des semi- voyelles, s> se confond avec le v continu labial, et j (/) a été rattaché par quelques affinités aux palatales sanscrites, c'est-à-dire aux gutturales. Quant à l'aspirée simple, h> on Ta classée à tort parmi les gutturales, car les permutations prouvent qu'elle est une dégénérescence de toutes les explosives aspirées sonores du sanscrit. Nous verrons qu'il en est jusqu'à un certain point de même du /"latin.

§ 66. — Parmi les explosives, nous appelons pures les consonnes non aspirées, pour lesquelles les grammaires comparatives n'ont pas eu jusqu'ici de dénomination particulière.

§ 67. — La classification des muettes grecques et latines en douces et fortes, ou moyennes 5 et ténues,

1. La prononciation des nasales sanscrites n palatal et n cérébral, nous échappe dans les nuances par lesquelles elles différaient de ri guttural et de n dental.

2. Ce lien est faible, et les liquides pourraient bien correspondre aussi, quoique d'une façon moins marquée, avec les deux antres familles d'explosives.

3 . Le nom des moyennes, medim i fxéaa (p, y, S), trouve son explication dans la prononciation grecque, qui, lorsqu'il fut inventé, était déjà semblable à celle du grec moderne et participait plus, pour ces trois lettres, du son des aspirées que des pures: (J étant prononcé comme v, f comme \eg haut-allemand, 8 comme le th sonore anglais. Il était dès lors tout naturel qu'on les appelât consonnes intermédiaires. Mais cette prononciation qui n'appartient qu'à la dernière époque de la langue grecque ne peut avoir une valeur générale.

n'offre rien de clair à l'esprit. On y a substitué, avec raison ce nous semble, celle de sonores et sourdes, qui indique une distinction de degré aisément vérifiable. Les sourdes sont les consonnes telles qu'on les fait entendre en parlant bas et avec la glotte ouverte. Les sonores ne peuvent être prononcées qu'à haute voix et à glotte fermée ; quand on les prononce bas, elles deviennent des sourdes : ga à voix basse devient Aa, d devient t, b devient p, v devient /. La différence est faite par les cordes vocales, qui vibrent dans les sonores, et dans les sourdes sont au repos.

Le sanscrit seul a des explosives aspirées des d ex degrés, sourdes et sonores. Le grec n'en possède que de sourdes. Nous verrons que les aspirées sourdes du grec correspondent aux aspirées sonores du sanscrit, et que les aspirées sourdes de cette dernière langue n'y peuvent être considérées que comme une formation tardive et de peu d'intérêt comparatif. Par conséquent, lorsque nous parlerons simplement d'aspirées, nous entendrons les aspirées sonores du sanscrit et uniques des autres langues; et, sans tenir compte de la classification sanscrite qui fait des aspirées un véritable ordre distinct des pures, nous classerons les sourdes pures, les sonores pures, et les aspirées comme trois degrés seulement que nous nommerons sourdes, sonores et aspirées.

§ 68. — Les liquides r, l sont ainsi nommées à cause de la facilité a\ec laquelle la prononciation les associe immédiatement avec et surtout après les autres consonnes. La même raison avait fait donner aussi ce nom aux nasales, qui peuvent précéder presque

[§71] DES CONSONlfES EN GÉNÉRAL, 79

toutes les autres consonnes ; mais comme elles n'en suivent euphoniquement qu'un petit nombre, il vaut mieux leur conserver le nom de nasales, caractéristique de leur son qui est impossible à émettre avec le nez boucbé.

§ 69. — Les semi- voyelles y, *>, ont une double nature. D'un coté elles participent des voyelles i et u. De l'autre v se trouve être la continue de l'explosive b* f et y tient au palatal par des liens analogues, bien que moins manifestes.

§ 70. — Les continues sanscrites h, ç, s, s 9 i> } y, grecque ç, latines s, v, y, /*, h (françaises z y y, ch, A v 9 sont réunies en un seul ordre que l'on nomme spirantes, à cause de leur caractère commun de souffle prolongé. En d'autres termes, les spirantes comprennent l'aspirée simple, les semi -voyelles, les sifflantes (et les chuintantes françaises y, ch) .

§ 71 . — Résumons par un tableau le classement des consonnes tel qu'il résulte de ce qui précède :

1. On pourrait distinguer et chercher la continue labiale dans le v simple, et la semi-voyelle dans le tv prononcé à l'anglaise (ou). Mais la permutation de son entre le w anglais et le w haut-allemand, qui se prononce comme la continue labiale, prouve que les deux sons se touchent; nous verrons plus loin que le v sanscrit et le 9 latin ont participé des deux origines.

§ 72. — Les explosives et les continues forment en réalité deux grandes classes. Mais comme la classe des explosives se composerait d'un ordre unique, pour nous exprimer plus commodément, nous nommerons les explosives un ordre, qui sera en opposition avec les nasales et les liquides et les spirantes, qui sont les ordres des continues. Quant aux explosives elles-mêmes, elles se subdiviseront en trois degrés, les sourdes, les sonores et les aspirées (on n'oubliera pas qu'en grec peut-être, et certainement en latin et dans les langues germaniques, les aspirées sont devenues des spirantes).

Une autre division croisant celle-là classera les consonnes, suivant les organes qui les émettent, par familles des gutturales (et des palatales qui en dérivent), dos dentales (et des cérébrales qui en dérivent), et des labiales.

Ainsi le classement des consonnes, suivant le tableau ci-dessus, a lieu moyennant une table à deux entrées, verticale pour les ordres et les degrés, et borizontale pour les familles.

§ 73. — Parmi les continues, les spirantes seules sont susceptibles d'une réelle distinction de degré. Encore, cette différence qui existe dans les sons du français, entre ch et y, entre s et z, entre f et ne se retrou ve-t-elle pas dans les langues anciennes. Le sanscrit n'a pas de f continu en face de son v; il n'a pas de sifflantes sonores. Le grec, si pauvre en continues, ne possède ni le v en face du <p (le <p n'était même probablement pas unecontinue originairement), ni le z en face du s. Le latin n'a de z qu'une repré-

sentation du £ grec, lettre double qui n'est pas une spirante; et pour correspondre au t>, son f n'est pas une vraie labiale, mais une sorte d'aspiration générale dont nous expliquerons plus loin la nature (§ 118).

Quant aux liquides (/, r), aux semi-voyelles (y, v), aux nasales (n, m) y et à l'aspirée simple (k), elles ne sont en réalité ni sonores ni sourdes; aussi la classification des moyennes et des ténues, des douces et des fortes, ne s'est-elle jamais étendue jusqu'à elles, non plus qu'aux autres continues des alphabets anciens. Mais pour les règles de leur euphonie, les grammairiens indiens ont classé les liquides, les semi-voyelles, les nasales et l'aspirée simple parmi les sonores, tandis que les sifflantes étaient rangées parmi les sourdes.

Page 1