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S 118-125. ASPIRÉES ORIGINELLES ET LEURS TRANS

FORMATIONS EN LATIN', f ET h LATINS.

§ 1 18. — Le f latin ne représente pas seulement, comme le <p grec, le bh sanscrit; mais comme le h sanscrit, il remplace toutes les aspirées, à quelque famille qu'elles appartiennent.

En effet, le / latin ne doit pas être confondu avec le <p grec. Comme forme il n'y correspond pas, car il est emprunté au digamma éolique y. Comme son, il différait du <p d'une manière très-sensible pour les oreilles des Romains: ils lui attribuaient une aspiration plus rude, dans laquelle la lèvre inférieure ne touchait pas les dents d'en haut *.

Cette aspiration ainsi décrite par les grammairiens latins nous montre le /"latin comme un degré plus intense du h. C'est ce que prouvent les échanges de f h h et réciproquement entre le latin classique et le latin archaïque : hœdus et fœdus (bouc); holus et foins (légume); hostis etfosl/s; hostia etfostia; hordicidia

i. Voy. dans Corssen, Aus$prache y I, 64, les autorités citées.

et fordicidia (sacrifice d'une vache pleine) ; /tanuia et fanula (petites chapelles, de fanum) ; hariolus et fariolus (devin, de farï); haba et faba ; hebris et febris; horreum et far réuni (grenier, de far, farina)] hordeum et fordeum (orge), etc.

§ 1 19. Le /"latin remplace les trois aspirées sanscrites g/i, dh y bh, mais, sauf quelques cas exceptionnels que nous discuterons plus bas, en initiale seulement. Exemples : pour bh et pour <p grec : s] bhû = (pûoa = fui, fia; s] bhar = <p£p<o = fera; %/ b/iâs = <pyjjAt = fari; s] b/iag (embrasser) = fovere; \J bhang (pour *b/irang?) = franger e; %J b/iaks (manger) = *<pcqc«>, famés; %/ bhid = findere; \j b/iug (se courber) = <peuy(o = f u gt° >' >/ bhràg = (pTiyfa) = flagro, flamma, fulgeo, etc.; bhràtar — «ppaT/fo = j rater ; bhrû (sourcil) = o-yfa= frons .

Pour dh et pour 6 grec 1 : \J dhû (agiter, souffler), = ôuw, suffire, dhûma (fumée) = ôup'ç = fumus * ; %/ dhar (porter, contenir), ôpovoç, firmus, fretus; xjdhars (oser), Opasuç, fortis ; %/ dhrag (souffler, respirer), fragrare; %/han (frapper, tuer, pour *d/ian) f =ôeivo)= of-fendo, in fensus, etc.; dhainu (vache), 0v)<ï6ai (téter), Gvftu; (féminin), fellare (téter), femina, fi/ius; 6upa (porte) = fores, comparez dvâra pour *d/u>âra (porte), de y/ d/war (détruire, abattre), d'où forare; Ôïi'p, éolique <ptfp = fera, férus (peut-être de la y/ précédente).

4 . Le rosse moderne traite de même le ô grec, ex. : Fedor pour ©£o&opoç (Théodore), J fanas = Athanase, etc.

2. De ià aussi, selon M. Meunier {Revue critique, IV, 84),/i/ror et furere.

Pour gh et pour y grec, les exemples certains sont plus rares. Nous citerons : ^ g fuir (briller), qui a fait gharma (chaleur); déjà eu grec le gh s'est changé en 6 : Gepw, ÔepfioV, le latin y répond par le vieux mot formas (chaud) et par fe/veo; y/ ghars (broyer) = xpi<i> (oindre) = frio, frico, far, farina, furfiir, frenum> etc. On rapproche encore du grec yoAoç (bile) le latin fel; du grec yitù, goth. giutan (répandre, allem. mod. giessen), le latin fud, fonder e, fa tire, forts, etc.

§ 120. — Le f se présente très-fréquemment en médiale dans les langues italiotes, telles que l'osque et l'ombrien. On a l'ombrien tefe (tibi) pour le védique tubhja; prufe (probe), sscr. prabhava (excellent); l'osque méfiai (mediae), sscr. madhja, etc. Au contraire, le latin, en dehors des mots composés comme efficio, aufugio, etc., n'offre qu'un très-petit nombre de mots qui contiennent le f médial. Tels sont : rufus (roux), scrofa (truie), offa (bouchée), sifilus (arch., sifflement), bufo (crapaud), tofus (tuf), nefrundines (reins), mefitis (odeur sulfureuse), infra, inferusei ses dérivés, inferior, infimus\

Mettons de coté offa et vafer, dont l'origine et les relations nous échappent; lof us et mefitis qui sont des mots étrangers: tofus est le grec To<poç; mefitis était, dans le Samnium et chez les Hirpins, au centre des langues italiotes, le nom d'une divinité qui présidait aux sources sulfureuses. La plupart des autres mots

4 . Nous ne citons pas Afer f A f rien, qui sont manifestement des mots d'origine étrangère.

[§ 120] CONSOMNES EXPLOSIVES. 127

cités ont, en latin même, des formes voisines où l'aspirée f est remplacée par la pure b. A côté de scrofa (la truie en tant qu'animal qui fouille), on trouve scrobis (fosse) ; à côté rufus, ruber, rubus (la ronce, à cause du suc rouge de ses fruits) ; à côté de bufo (crapaud), bubo (hibou, animal fort différent, mais peut être nommé de même pour quelque analogie de cri ou d'autre chose); à côté de si fi/us , sibi/us ; à côté de nefrundines, nebrundines. Ne pourrait-on pas supposer, devant ces rapprochements, que les formes en f aient appartenu originellement à quelque dialecte plus voisin des langues italiotes, d'où elles seraient entrées dans le latin concurremment avec les formes normales en b ?

Pour infra, inferior, infimus, il paraît bien hasardé de les comparer à intra> interior, intimus, à cause de la différence du sens. Pourtant on ne peut s'empêcher d'en rapprocher l'allemand unter (angl. under), qui signifie à la fois « dessous » comme infra, et « parmi » comme intra, et qui comme infra (et intra?) se rapporte au sanscrit ad /tara 1 (inférieur).

On pourrait même ajouter que peut-être les mots composés n'ont souffert la présence d'un f devenu médial qu'à une époque assez avancée de la langue ; car les composés où f se trouve sont d'une clarté qui témoigne de leur récente formation. Au contraire, dans les composes assez anciens pour que le primitif se soit perdu, comme condere, abdere, que je n'hésite pas à rapporter à y 7 dhà (poser, faire),

1. Pour le t qui proviendrait ainsi d'un dh [primitif, \oy. plus bas, la seconde note du § 123.

plutôt qu'à y] dà (donner), le dh ne s'est pas converti en f, comme il a probablement fait dans facere, mais il s'est adouci en d simple. 11 en serait de même pour arch. candclaber, cp. lucifer: bar et fer viendraient de ferre [s] bhar), à des âges différents.

Quoi qu'il en soit de cette conjecture *,on peut toujours conclure que si le f médial n'est pas absolument étranger au latin, au moins ne se présentait-il que rarement dans l'état primitif de la langue, tandis qu'il était normal dans les dialectes italiotes.

§ 1 21 . — Le h y dont nous avons indiqué (§ 118) les échanges avec f entre le latin archaïque et le latin classique, est resté, dans ce dernier, comme représentant fréquent de l'aspirée gutturale gA 9 soit au commencement, soit à l'intérieur des mots. Ainsi on comparera xapoç avec hamus ; yuov avec hiems (le sanscrit hima a, comme le latin, changé gh en h) \ ytio avec l'archaïque hir (main) ; yoproç (cour) avec hortus, etc. A l'intérieur des mots, le h de veho est pour une gutturale qui se retrouve dans le parfait vexi [yec-sî).

Un seul cas où h remplace l'aspirée labiale bh y <p, est dans mihi y védique mahja, pour *mabhja y cp. tubhja (tibi).

Quant à l'aspirée dentale dh, 6, elle n'est jamais remplacée par h en latin.

1. Je ne dois pas dissimuler que cette opinion, qui a été émise pour la première fois par M. Grain (BemerÀungen zur lateinischen lautlehrè) % est combattue par M. Corssen (Nachtràge t p. 193 sqq). Sans prétendre décider, j'ai poussé l'examen des faits aussi loin que j'ai pu.

§ 122. — Le //, étant une faible aspiration que l'italien ne connaît même plus, est souvent tombé : en initiale dans er pour l'ancien her (hérisson); dans anser 9 sanscrit /uïsa, gr. yvfv, allem. gans; fansolus pour l'ancien holus (légume). En médiale la chute de h et de la voyelle qui suit est une contraction trèsfréquente : mi = mihi ; nemo—ne-homo ; nii=nihil; via—*vehia; prendere = prehendere ; prœbere = prœhibere; debere = *dehibere. En revanche on trouve quelquefois un h probablement inorganique, par exemple dans humérus (épaule), comparé au sanscrit osa et au grec w(xo;.

§ 123. — Pour les aspirées médiales, le cas le plus fréquent est celui où elles passent en latin aux sonores pures correspondantes.

Gh ou h sanscrit, grec y, devient en latin g, Ex. : ahi=t^ (sQrpent)=anguis u , nakha (pour *naghri) = 6-vuy-o; = unguis; %/ lih y Xeiyw = lingere; \J mih, 6jjLtyea)= mingere ; â/ias (serrement) = angor y angere, angustus.

Dh ou h sanscrit, grec 6, devient en latin d. Ex. : madhja = médius; vidhavâ = vidua; urd/wa = 6p- 6oç (droit) = arduus*.

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