‹ Grammaire comparée des langues classiques phonétiqueChapitre 65 sur 82 · Compendium, p. 180, 2«éd · texte numérisé non relu

Compendium, p. 180, 2«éd

tiale y est surmonté d'un esprit rude indiquant l'antécédence soit d'un s, comme dans peu (couler) pour *<jp£/-(ù (y/sru) ; et danspty (claie de roseaux) qui est pour *<jpiiu-, cp. latin scirpus; soit d'un v ou digamma, qui se laisse constater dans Homère (§ 159), ex. : fifyw|u, homérique /-pYiyvujxi (briser), cp. lat. frango; piirru, homér. fpwrTto (jeter), allem. werfen ; ou qu'on retrouve au moins dans les langues congénères, ex. : pîyoç (froid), cp. lat. frigus; percu (pencher), cp. le lithuanien virpu (vaciller). Quelquefois, dans les dialectes, ce digamma est remplacé par p. Ex.: fYÎrwp, ëol. ppTiTwp (parleur) ; foîov, éol. (3poâov (rose); p£a, lesbien fyia&a (racine), cp. allem. wurzel*.

On peut en conclure qne le £ initial grec ne correspond pas à une véritable initiale primitive en r. En effet il est douteux qu'un seul r initial sanscrit y réponde. Les cas qu'on cite sont très- peu nombreux, et pas un seul n'est admis authentiquement. On a allégué pwvvu(it (fortifier) et foip, (force), qu'on rattacherait au sanscrit ràdhas (richesse, force) et où l'esprit rude se trouverait dès lors inorganique; mais il paraît au moins aussi probable de rattacher ces mots à la ^ vardh (croître) . On pourrait encore citer pé£o> , pinacw (teindre), et foîêào; (cri perçant), qu'on peut rattacher aux y] rang (teindre) et raibh (faire du bruit). Mais ces

1. On trouve un cas où ce qui est tombé devant le p n'était ni un <t ni un F, mais un x; c'est le mot fo^i; (dos), où les correspondants germaniques, ancien norrois hryggr, ahall. hrucAï, font conjecturer un primitif *xpa/iç. Dans Çvl il y a aussi une chute de gutturale, le latin scirpus faisant conjecturer un primitif *<xxpnr.

gr. comp, 1 i

cas sont trop isolés et trop incertains pour infirmer les lois qui paraissent se dégager ici de l'observation des faits, savoir :

1 • Le grec n'a pas de p initial pur et simple ; l'esprit rude qui le surmonte joue le rôle d'une véritable consonne initiale.

2° Le r initial sanscrit ne correspond pas au p initial grec. Il subit, en passant en grec, soit la prosthèse d'une voyelle, comme dans è-puôpo; pour le sanscrit rudhira (rouge) (voy. plus loin, ch. V); soit la transformation en /; ex. : Xeuxo; (blanc), à(/.<pi-),uK7) (crépuscule), y/ruH (briller) ; "keiiziù (laisser), y/ rik (linquere); >jcv6avo) (être caché), x/radh, ra/i (abandonner, disparaître), à laquelle se rattache peut-être aussi £pi)jwç (désert), qui aurait conservé le p par suite de l'e prosthétique 1 .

§ 1 52. — Le r médial et final se retrouve inaltéré en grec comme en sanscrit, dans une foule de mots tels que êpeT[/.o; (rame), sscr. arltra ; opvuju (élever), y 7 ar, latin orior, affaibli par le sanscrit en r dans le verbe rnaumi ; dans les suffixes Twp, r/]p, en sanscrit tàr y tr, etc.

Le r médial primitif s'est changé en / dans tzo\\> (beaucoup), sscr. paru; dans âoXiyoç (long), sscr. dïrgha pour *dàrgha, cp. comparatif drâg/iijas; oXoç (entier) pour *<ioXp)ç, sscr. sarm ; cpiXéw , sscr. y/ prï (aimer), etc.

Le grec n'a pas de >, final.

1. Bopp (Gr. comp.y § 382, in fine), constate la même antipathie de l'arménien pour r initial , cette langue l'évite par

prosthèse ou par métathèse.

Dans un certain nombre de mots le \ grec a son équivalent / en sanscrit, de manière à faire remonter la transformation de r en /plus haut que la séparation de ces langues. Ex. : Xap.êovw (obtenir), sjlabh; Xefyw (lécher), yjlih; eXa^uç (petit), sscr. laghu (léger) ; [L&koLç (noir), sscr. ma/a (tache) ; Xaw (désirer), y/ /as.

Le grec offre en lui-même le passage de p à X dans un certain nombre de mots, tels que xXuco et à-xpoaou,ai (entendre), y/ çru; xaXurcTw et xpurcTco (cacher) ; xoXocpwv et xopu(x.6oç (sommet) ; Xaxiç et pàxo; (lambeau) *.

Par contre le X repasse en p dans XyiÔapywe pour *X7i9-aXy(a (assoupissement, maladie qui fait oublier), et dans le byzantin xe<pxXapyia pour xs<paXaXy(a (mal de tête).

§ 1 53. — Le r initial primitif s'est conservé en latin dans un grand nombre de mots. Ex. : rex f sscr. râgan (roi) ; ruùer, sscr. rudhira (rouge). Dans rumpere il s'est maintenu intact, tandis que le sanscrit l'affaiblissait en / dans sa yj correspondante lup, lu/npâmi (rompre).

Il s'est également conservé en médiale et en finale. Ex. : fero—bharâmi ; les finales en tor y ter, sscr, târ 9 etc.

Le r primitif conservé eu sanscrit s'est souvent changé en / latin. Ex.: yj ruh (briller), lacère; yj rik (abandonner), linquere; yj sur (aller), satire ; gravas ja= g/or ia ; çrauru=c/unis ; sara = sal; puru,

i . La forme éolique ppaxoç pour j>ouo; prouve qu'un di-

gamma est encore tombé ici.

cp. populus; y/ var (choisir) =volo y yj prl (aimer), cp. lœtus, archaïque *plœlus (cp. Lœtorius et P lœtorius, nom propre) ; sarva (tout entier) = salvus, sollus *, forme archaïque de solus.

Le / latin correspond aussi à un / déjà adopté par le sanscrit. Ex. : lingere = yj lih (lécher); lubet= %J lubh (désirer) ; labor, y] labh (obtenir, agir) ; laschas, y] las (désirer) ; levis = laghu; malas= mala (tache, ordure).

Il correspond en plusieurs mots au pgrec. Ex. : (âa'p- €apoç, balbas; etpo; (laine, pour *feîpoç), vellus ; >etptov == liliuni.

D'ailleurs r est loin d'être toujours primitif en latin. Nous l'avons vu, ainsi que /, provenir de d (§ 112) ; nous le verrons plus loin provenir de s (§ 190). Rappelons aussi l'indication de n changé en / dans alias , attoç, etc. (§ 148).

Ler médial tombe quelquefois en latin, devant b: m aliebris pour *mulier-bris; devant j : pejerare pour *per-jerare; devant d : pedere pour * perdere, cp. ir£pàw, sscr. yj pard (pedere) ; devante: tostum pour *torstum, de torreo, cp. gr. Tepcoixai et sscr. yj tars (avoir soif) ; de même posco est pour *porsco, sscr.

i . Par assimilation pour *solvus. Cette assimilation de c en /, et celle de c en l dans villa pour * vicula, de (ficus , paraissent échapper au principe de transition (v. § 74), car v et c ne semblent voisins de / à aucun titre. Peut-être cela tient-il à la nature accommodante de /, liquide molle par excellence, et quoique foncièrement dentale, s'apparentant aussi aux labiales et aux gutturales.

Sur la production des liquides par assimilation, voy. §§ 86,

<J pra/c/i, qui est pour *parsk, par suite de l'affaiblissement fréquent de sk en Rh (§ 94).

SS 154-157. LES SPIEANTBS /, f, S

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