COMPLÉMENT DD NOM
556. Tout mot qui complète la signification d'un nom, avec ou sans la préposition, est le complément de ce nom :
L'homme est un être raisonnable.
L'homme, image de Died, est le roi de la nature.
Un homme dd monde est un homme poli et bien élevé.
Dans le premier de ces exemples, il est question de l'homme en général.
Dans le second, le mot homme se présente également avec toute l'étendue de sa signification : seulement il se trouve quelque peu modifié par une idée accessoire , image de Dieu. Ce membre de phrase, qui n'est pas indispensable au sens, que l'on peut supprimer sans que le mot homme, auquel il se rapporte, en présente ni plus ni moins d'étendue, est un complément explicatif.
Enfin, dans le troisième exemple, la signification du mot homme est déterminée, restreinte. On ne parle plus de l'homme en général; il n'est question que de r homme du monde. Ces mots du monde, qui déteryyiinent , qui limitent l'étendue de la signification du substantif homme , sont complément déterminatif de kommQ.
j57. Ainsi, les noms ont deux sortes de compléments :lescom piéments déterminatifs et les compléments explicatifs.
558. On appelle complément déterminatif \o\A-mo\(\\i\tx^,q\x\ précise, qui restreint la signification du nom.
Le complément Kléierminatif est nécessaire à la phrase; on ne peut le retrancher sans en dénaturer le sens : La morsure de la vipère cause la mort. La force de Samsox résidait dans ses cheveux. Les jeunes chiens frissonnent en entendant les hurlements dd loup.
Vipère est complément déterminatif du suhstantif morsure. Samson est complément déterminatif du substantif force. Loup est complément déterminatif du substantif hurlements. Si l'on supprime ces déterminatifs, non seulement le sens esi modifié , mais on peut dire que les phrases ne présenieni plus aucun sens raisonnable.
559. On appelle complément explicatif tout mot ou tout assemblage de mots qui développe le sens du nom sans en restreindre fîans en changer la signification.
Od peut supprimer les compléments explicatifs sacs Lmirt i l'eAjiression de la pensée :
La rose, fille dd prlmemps, embellit nos jardins. Un ami, DON DD ciel, est un trésor précieux. Je suis Joseph, votre frère.
Les membres de phrase fille du printemps — don du ciel — votre frère, sobX compléments explicatifs des substantifs rose, ami, Joseph.
La suppression de ces mots laisse aux substantifs rose, ami Joseph, toute la plénitude de leur signification.
560. Observation. Les compléments ne sont pas toujours représentés par des noms. Dans les exemples suivants : Ce livre — uov chapeau — renseignement kutuel — la rose moussue — le cheval ARABE, les mots ce, mon, mutuel, moussue, arabe limitent l'étendue de la signification des noms auxquels ils se rapportent. Ils indiquent que l'on ne parle pas d'un livre indéterminé, mais de celui que l'on montre; d'un chapeau indéterminé, mais du chapeau qui esta moi; de Yenseignement en général, mais de l'enseignement mutuel ; de la rose en général, mais de cette espèce de rose que les botanistes ont appelée rose moussue; du chevai en général, mais du cheval de l'Arabie, si remarquable parla petitesse de sa taille et par la vigueur de ses membres.
561. Ce, cet, cette, ces^ mon, ton, son, tout, quelconque, etc., sont toujours des compléments déterminatifs ; tandis que les adjectifs qualificaùfs forment, comme les noms, tantôt des compléments déterminatifs, tantôt des compléments explicatifs.
66Î. Ils sont explicatifs s'ils ne servent pas à limiter l'étendue de la signification du mot complété; on peut alors les retrancher sans nuire au sens; J'aime à contempler le lever kâgmfique du soleil.
563. Ils sont déterminatifs s'ils précisent le sens du nom auquel ils sont joints. Dans ce cas, il est impossible de les supprimer: Dieu bénit les bons fils.
564. Le complément du nom, lorsqu'il n'est point adjectif, est ordinairement marqué par l'une des prépositions à ou de : Oiseau DE passage, montre À répétition.
Ces sortes de compléments sont toujours déterminatifs.
COMPLÉMENT BB l' ADJECTIF.
565. Tout mot qui complète la signification d'un adjectif au moyen d'une des prépositions à, de, simples ou contractées, est complément de cet adjectif :
La récréatio7i est nécessaire aux enfants. V avare est digne de pitié.
566. L'adjectif et son complément ne se suivent pas toujours: A QirELQUE CHOSE malheur est bon.
Le fils dont la famille est honorable doit toujours s'es montrer digne.
En faisant disparaître l'inversion on obtient :
Malheur est bon à quelque chose.
Le fils dont la famille est honorable doit toujours se montrer digne de sa famille.
Les mots quelque chose, en, sont les compléments des adjecifs bon, digne.
complément du participe.
567. Tout mot qui complète le sens d'un participe au moyen d'une préposition quelconque est complément de ce participe:
Tu foules une terre fumant du sang des malheui^eux mortels.
Amollie par les délices de Capoue, l'armée d" Annibalne fut plus capable de résister aux Romains.
La fermeté unie à la douceur est une barre de fer entourée de velours.
Les hommes de génie sont des victimes couronnées de fleurs et dévouées au salut du genre humain.
Nourri dans le sérail, j'en connais les détours.
Racink.
Sang est complément de fumant; délices, complément de amollie; douceur, complément de unie; velours, complément de entourée; fleurs, cemplément de couronnées; salut, complément da dévouées; sérail, complément de nourri.
AiNALYSE GKAilMATlGALE. 131
COMPLÉMENT DE l'àKVERBE.
o68. L'adverbe, exprimant par lui-même une idée complète, n'a pas en général de complément. Il faut en excepter toutefois :
!• Les adverbes de quantité assez^ autant, beaucoup, bien^combien, guère^ infiniment, moins, peu, plus, que, tant, teileytrop, qui admettent un complément marqué par la préposition de: Assez de paroles, beaucoup de gens, bien du chagre?, combien f/'noMMES, moins de brcit, peu «Tamis, etc.
Alors ces mots changent de naime et sont de véritables collectifs.
î» Quelques adverbes de manière, dérivés d'adjectifs, et qui en conservent le régime; tels sont : conformément, contrairement, indépendamment, préférablement, relativement, et quelques autres peu usités.
DE L'APPOSITION
569. On appelle appositif (ïna. nom tout mot qui, placé à côté de ce nom, n'exprime avec lui qu'une seule et même personne, qu'une seule et même chose :
Je suis Joseph, votre frère. Fuyez Vinjustice, source de tous les maux. Qui ne connaît pas Ésope le Purygien?
Frère est appositif de Joseph; source, appositif de l'ijusticej Phrygien, appositif de Ésope.
570. Quelquefois le nom est séparé de son appositif par la préposition de:
La ville de Rome. — Le fleuve de la Seeœ. Alors cette préposition peut se remplacer par qw s appelle. On obtient :
La ville qui s'appelle Rome. (Les Latins disaient : La ville Rome, urbs Roma). — Le fleuve qui s'appelle la Secte.
Cette substitution ne peut pas s'opérer quand le second nom est complément et non appositif du premier, comme dans ces exemples :
la gloire de Rome. — Les rives de la Seine.
571. Remarque. Dans ces locutions si spirituellement comiques de notre La Fontaine : Monsieur du corbeau, madame la belette, commère la cigogne, dom pourceau, sire Grégoire, Jean lapin, dame baleine, damoiselle belette, capitaine renard, Martin bâton, le médecin Tant-Pis, Grippeminaud le bon apôtre, etc., etc., le second substantif est toujours appositif du premier.