‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 211 sur 399 · DU TIRET · texte numérisé non relu

DU TIRET

S18. Le tiret sert, dans un dialogue, à indiquer le changement d'interlocuteur, et à remplacer les mots dit-il, répondit-il, etc., qu'on ne veut pas répéter :

11 nous faut ten moulin; que veux-tu qu'on t'en donne?

— Rien du tout, car j'entends ne le vendre à personne. n nous faut est fort bon... mon moulin est à moi, Tout aussi bien, au moins, que la Prusse est au roi.

— Allons, ton dernier mot, bonhomme, et prends-y garde.

— Faut- il vous parler clair? — Oui. — C'est que je le garde.

Andrikux.

619. La prononciation est peut-être ce qu'il y a de plus arbitraire dans notre langue. Aussi, dans les développements qui vont suivre* nous contenterons-nous de donner des exemples.

620. ^,qQi conserve en général le son qui lui est propre, soit bref, soit long, est nul dans aoriste, août, aoûteron, Saône, toast, taon. Cependant aoûté et aoûter, qui appartiennent a la même famille que août, se prononcent a-oûté, a-oûter.

621. Al se prononce e dans faisons (nous), dams tout l'imparfait de l'indicatif, je faisais, tu fkisais, etc., et au participe présent faisant. Il a le son de è dans tous les autres cas : ma.Ure, bienfaisance.

622. C a le son de g dans second et reine-Claude (prunes de). Un nombre assez considérable de mots se terminent par c,

mais il est impossible d'établir une règle sur la valeur muette ou sonore du c dans ces mots, attendu que ceux où c a le son de k, comme frac, bloc, tillac, sont à peu près en aussi grand nombre que ceux où c est nul : estomac, accroc, caoutchouc, porc, clerc, blanc. Toutefois, ces trois derniers peuvent être soumis à une règle : C est nul quand ces mots sont employés à l'état simple, et dur dans les locutions porc-épic, de clerc à maître, du blanc au noir. Zinc se prononce zing, sans doute à cause du dérivé zingueur.

623. Ch a le son doux de che dans la plupart des cas, comme cloche, mouche, toucher , etc. Il faut en excepter les mots tirés du grec, où ch a tantôt le son doux, tantôt le son dur de A. Il a ce dernier son dans achromatique, anachorète, anachronisme, Antéchrist, antichrétien, arachnoïde, archaïsme, archange, archéologie, Archétype, archiépiscopal y archonte, aurochs, autochtone, bacchanales, bacchante, brachial, catachrèse, catéchumène, chalcographe, chaldéen, ehananéen, chaos, Charybde, Chersonèse^ ' chéiroptère, chiragre, chirographaire, chiromancie, chlamyde, chlorate, chlore, choeur, choléra, chorégraphie, choriambe, cho- ' riste, chorus, chrême, chrétien, chromate, chrome, chronique, , chroniqueur, chr^onogramme^ chronologie, chronomètre, chrysalide, chrysanthème, chrysocale, cochléaria, conchoïde, conchyliologie, dichotomie, drachme, ecchymose, écho épichérème, eucharistie, exarchat, fuchsia, ichneumon, ichtyologie, isochrone, lichen, lithochromie, loch, malachite, mnémotechnie , monochrome, \ orchestre, orchidées, philotechnie, polytechnique, psychologie, py- i rotechnie, saccharifère, strychnine, synchronisme, technique, irO' \ chanter, trochée, yacht, et les composés de ces différents mots. ;

Il a le son doux de ch ^d^ns Achéron (prononciation du Théâtre- | Français et de l'Académie), archevêque, archidiacre, archiman- j drite, archipel, archiprêtre, architectonique, manichéen, pachy-W derme, tachygraphe, trachéotomie, et leurs composés. .'i

On dit aussi avec le ch doux machiavélisme, machiavélique et .j Michel, bien que l'on prononce Makiavel et Mikel- Ange. f\

624. E se prononce a dans heuitir, h(?ijuisseaieat, indemnité îj

DE LA PRONONCIATION. l'.9

(cependant indemne se prononce indemne), rouennerie, solennel el ses composes, et dans tous les adverbes terminés par emment, comme prudem??2enf, éloqnetnment , etc.

623. En et em sont des syllabes sur la prononciation desquelles on se trompe assez souvent. Ici, il est à peu près impossible d'établii' une règle; d'ailleurs, cela serait inutile pour un grand nombre de mots, dont on a pu saisir dès l'enfance la véritable prononciation. Nous allons donc nous contenter de donner la liste de ceux sur lesquels on pourrait avoir des doutes.

En se prononce an dans envie, e/àvrer, e/iorgueillir, ennui, ennoblir, gentiane.

11 se prononce ène dans abdomen, amen, cérumen, éden, gramen, hymen, lichen, pollen et spécimen.

Il se prononce in dans appendice, chrétienté, compendium, examen, rhodode?:dron.

626. F est tantôt nul, tantôt sonore à la fin des mots; c'est l'usage qui règle cette prononciation. Toutefois les cas particuliers sont assez curieux : f se prononce dans serf, esclave ; il est nul dans cerf, quadrupède, quand ce suhstantif est suivi d'un autre mot; il se fait sentir dans bœuf, œuf et nerf au singulier ; il est nul au pluriel.

627. G est muet à la fin des mots étang, seing, faubourg. Dans le mot joug, il se fait sentir légèrement.

Il est nul dans bourgmestre, et a le son de k dans gangrène, dans bourg, quoiqu'il soit nul dans faubourg; il prend également le son de k dans la liaison des mots : sang illustre, rang honorable, long intervalle, suer sang et eau.

G est nul dans signet et dans les noms propres Regnard, Regnaut, qui se prononcent sinet. Renard, Renaut.

628. H est tantôt muet, tantôt aspiré; cette distinction est faite dans presque tous les dictionnaires, //de héros est aspiré, mais il est muet dans tous ses dérivés : héroïne, héroïque, héroïquement, héroïsme. C'est à tort que quelques personnes aspirent h du mot hyène; il faut dire \ hyène. Il faut dire aussi avant-hier, et non avan-hier.

H du mot Henri est généralement aspiré ; on dit aussi la Henriade ; cependant h de Henriette est muet. Toutefois, dans le langage familier, on fait souvent l'élision et ia liaison devant le mot Henri : Viv Henri l V!

629. / ne se prononce pas dans douairière, encoignure, oignon, ainsi que dans les noms propres Montaigne, Champaigne (Philippe de), Cavaignac. Suivant quelques grammairiens, moignon, poignet, poignant, poignard se prononcent moagnon, poagnet, poagnant, poagnard, en faisant de i l'équivalent de a. Une tel'.e prononciation ne saurait être admise.

630. CE se prononce tantôt e, eu, comme dans les mots bœuf, cœur, chœur, désœuvré, désœuvrement, manœuvre, manœuvrier (celui qui entend bien la manœu-vTe des armées de terre et de mer), nœud, œil, œillade, œillère, œillet, œilleton, œillette, ceuf, œuvé, œuvre, sœur, vœu, — Tantôt é comme dans homœopathe, œcumé> nique, œdème, Œdipe, œnologie, œsophage, et leurs composés.

631. 01. Autrefois le son ai s'écrivait oi. On orthograpTiiait oi, et l'on prononçait o?. Kos \^eux écrivains offrent à chaque ligne des exemples de cette anomalie entre l'orthographe et la prononciation. Ce désaccord se faisait surtout remarquer dans les vers, et l'on en trouve de nombreux exemples dans La Fontaine :

Et que m'importe donc, dit l'âne, à qui je &?«=■' Sauvez-vous, et me laissez paûtre.

Notre ennemi, c'est notre maître :

Je vous le dis en bon français.

Se croire vin personnage est fort commun en France: On y fait l'homme d'importance, Et l'on n'est souvent qu'un bourgeois.

C'est proprement le mal français.

Boileau lui-même ne s'est pas interdit cette façon de rimer :

Durant les premiers ans du Parnasse français, Le caprice tout seul faisait toutes les lois.

On ne rimait alors que pour la vue, et l'on sait que c'est Voltaire qui a le premier exigé que la rime satisfit les yeux et l'oreille.

Aujourd'hui, on écrit et on prononce ai.

Avant la dernière édition du dictionnaire de l'Académia, on écrivait roide, roideur, roidir^ par oi; aujourd'hui on doit écrire raide raideur^ raidir, par at.

632. Qua se prononce koua dans les mots quadragénaire, quadragésime, quadrangulaire, quadrature, quadrige, quadrilatère, quadrinome, quadrumane, quadrupède, quadruple, quaker, quanquam (discours à l'ouverture d'une thèse), quartidi, quarto (in-), quartz, quaternaire, quatuor, squale, squame, et leurs composés.

Dans tous les autres, comme quadrille^ quarteron, quasi, etc., qua se prononce ka.

QuisQ prononce ki dans quiétude et ses composés. Voir le n» 635.

633. En général, s entre deux voyelles dans le corps d'un mot se prononce comme z : maison, poison, etc. ; excepté dans les composés où entre comme radical un mot commençant par s : présupposer, vraisemblable, antisocial, monosyllabe (et les composés de syllabe), soubresaut, tournesol, préséance, resonner (sonner de nouveau), resaluer, cosécante, cosinus, parasol, pétrotilex, prosecteur, trisection.

Cependant, voici des mots où 5 a le son de z, bien qu'il vienne après une consonne : transit, transiger, balsamine, Alsace, transition et transaction. En voici d'autres où il se prononce se, bien qu'il soit précédé d'une voyelle : Israël, christianisme , ainsi que la plupart des mots en isme, et ceux où s est final, si toutefois il doit se faire sentir, comme Gil Blas, Arras, Cérès, Amadif, Adonis, Apis, Paris, Calvados, Pt/rrhus, Bacchus , etc., parmi les noms propres; as, atlas, héias, vasistas, aloès, bis, cassis, gratis, ibis, lis (un), lapis, maïs , métis , oasis, orchis, parisis, volubitù, vis, albinos, mérinos , rhinocéros , pathos , blocits, chorus, hiatus, omnibus, prospectus , rébus, typhus , virus , plus (dans plus-queparfait), plus (je disj, tus (en), sus (courir).

634. Le t précédé de * ou de x, et suivi de ion, a le son dur, comme dans bastion, combustion, congestion, digestion, immixtion, indigestion, mixtion, question, suggestion. On dit également amphictyons. Dans tous les autres cas, tion se prononce cion : attention, intention, mention, subvention, etc.

T est douj et se prononce c avant ie terminant un mot, comme dans argutie, aristocratie, calvitie, démocratie, facétie, impéritie, mertiey minutie, suprématie, théocratie; on ûîi ânssi pétiole. Test dur dans tous les autres cas, comme épizootie, eucharistie, sacristie, etc.

r est muet dans Retz (cardinal) ; Metz se prononce Mèss.

635. U est muet dans aiguière, Guyane, Guyenne, guise {\i\Te i sa), c'est-à-dire que gui ou guy se prononce comme gui dans guide, guitare.

Comme on le voit par le détour que nous sommes obligé de prendre pour indiquer la prononciation de gui, la traduction graphique des sons de notre langue laisse singulièremeut à désirer, puisqu'il nous est imiiossible à nous-même de rendre par des lettres la foiTQe sous laquelle doit être représenté ie son gui que l'on fait entendre dans guitare.

U se prononce et forme diphtongue dans a quia, questure, équestre, équiangle, équitation, équilatéral, quinquagénaire, quinquagésime, quintuple, quintette , quiétisme , Quintilien, Quinte- Curce, etc.

Gua se prononce goua dans Guadeloupe , Guadiana , Guarini, alguazil, Guatemala, Guadalquivir, lingual.

Gui se prononce en faisant sentir \u dans aiguille, aiguiser, et les noms propres Aiguillon, Guise, Guide (le), Guizot.

Un et um se prononcent on dans unguiculé, infundibuliforme, rumb.

636. W. Cette lettre ne se trouve que dans les mots allemands %X anglais. Dans les mots allemands ou d'ori-gine allemande, elle

a le son du simple v : Wagram, Weimar , Weser^ Westphaiie, Wit tenter g, Wurtemberg, Wallemtein, Weber, VViéland, Brunswick, Worms ; prononcez Vagram, Veimar, etc. Il a le son ou dans les mots anglais : Whist, wiskey ou wisky , Windsor^ Westminster, Wakefie/d, whig , Washington, Wellington, Walter, Scott; prononcez ouist, ouiski, ouindsor, ouestminster , etc.

En France, nous donnons au w anglais terminant une syllabe le son de u, comme dans Newton, Newcustle, New- York; prononcez Neuton, Neu-castle, Neu-York.

Law, que beaucoup prononcent Lâss et Lave, se prononce lÂo, prononciation anglaise qu'un Français ne fait entendre que très imparfaitement. Quelques-uns veulent qu'en Angleterre on prononce Là, en appuyant fortement sur la voyelle.

West nul dans Greenwich, Norwich, et dans la dernière syllabe de Warwick : Grinitch, Noritch, Ouarick.

637. Xa le son doux de c dans Au-xerre, Auxonne , Bruxelles , Xerxès; mais, dans les dérivés de ces mots (ceux qui en ont), x reprend sa prononciation de ks : Auxerrois , Auxonnois, Bruxellois; prononcez Aukserrois, etc.

On n'est pas d'accord sur la prononciation de x dans Aix. Dans le Midi, on prononce Aisse ; à Paris, on dit plutôt Aiks. Il en est ainsi de Aix-la-Chapelle, Tixeranderie (me de la), où x a, selon les nns, la valeur de ss, selon les autres, celle de ks,

638. Y, en général, a la valeur de i : hymne, pyramide, pythie, type; mais quand il est placé entre deux voyelles, ou seulement après une voyelle, il vaut deux i : moyen, pays, joyeux. Il faut en excepter Bayard, Bayonne, Blaye, Biscaye, Mayence, Andaye, hayadère, La Fayette, cipaye, où y a le son de i simple.

Dans les mots terminés par ayer, y doit toujours se prononcer comme deux i, malgré le sentiment indécis de l'Académie. Ainsi il faut prononcer je paye, je payerai, il bégaye, tégayement, comme s'il y avait pai-ie, ie pai-ierai, il bégai-ie, bégai-iement.

Voici, par exemple, des vers où il serait impossible de prononcer autrement :

L'innocent k ses yeux paye-t-il pour l'impie ?

Tous ses trésors

Payeront-ils le sang que vous allez verser?

Toute autre prononciation est illogique et pourrait aboutir à des contresens, comme dans les phrases suivantes : Je vais faire la paye. — Vos fils et les miens frayent une mauvaise compagnie.

On pourrait comprendre : Je vais faire la rkix. — Vos fils et les miens feraikkt une mauvaise compagnie.

USTl DBS MOTS QUI JŒ SOXT, X PROPREMENT DIRB,

ASSUJETTIS À ADCUN-E RÈGLE,

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