‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 252 sur 399 · V NOMS COMPOSÉS · texte numérisé non relu

V NOMS COMPOSÉS

708. On appelle noms composés des expressions formées de plusieurs mots, mais répondant à un objet unique dans la pensée ; souvent ces mots sont joints par le trait d'union , comme hôtel- Dieu, chou- fleur, beau- frère, prête-nom, nouveau-né, etc. I

Quand il s'agit d'appliquer à ces noms, qui sont encore très nombreux dans notre langue, le signe du pluriel, on est souvent embarrassé; car l'Académie, qui aurait dû résoudre cette difficulté en s'aipuyant sur des principes rationnels, l'a souvent laissée indécise, et, dans le cas contraire, n'a guère donné que des solutions qui se contredisent. Nous allons essayer de traiter cette question d'après les règles d'une logique rigoureuse.

709. Les noms composés d'un nom et d'un adjectif, h ou de leux noms qui se qualifient l'un l'autre, prennent le signe du pluriel à chacun de ces mots : Un chef-lieu, des chefs-lieux; une basse-cour, des basses-cours; un : loup^garou, des loups-garous ; un blanc-bec, des blancsbecs, etc.

(1) Daos ce cas, il y a métonymie; la cause est employée peur l'effet, et le nom propre pour le nom commun.

710. Les noms composés de deux noms unis par une préposition ne prennent généralement la marque du pluriel qu'au premier de ces deux noms : Un chef-d'œuvre, des chefs-d'œuvre; un aix-en-ciel; à&s arcs-en-ciel; un pot-de-vin, des pots-de-vin, etc. Cependant on écrit des coq-à-tâne, des discours où l'on passe brusquement du coq à râne.

711. Les mots invariables de leur nature qui entrent dans un nom composé n'y prennent jamais le signe du pluriel ; les verbes y sont également invariables et restent toujours à la troisième personne du singulier, à moins que le sens n'exige l'impératif, ce qui est assez rare ; enfin, si, outre les mots essentiellement invariables, le nom composé contient un mot variable, adjectif ou nom, celui-ci prend ou ne prend pas le signe de la pluralité, selon que le sens l'exige : Une arrière-saison, des arrière- saisons ; un bouche- trou, des bouche- trous; une contre-partie, des contre -parties. Dans ces exemples, saison, trou et partie varient, parce que des arrière-saisons sont des saisons qui viennent en arrière, des bouchetrous sont des choses servant à boucher des trous, des contre-parties sont des parties qui sont contre d'autres ou en opposition avec d'autres. Mais on dit àes abatjour, des brise-vent, parce que cela signifie des choses servant à abattre le jour, à briser le vent. Enfin on écrit, sans mettre aucun signe de pluralité, des pince-sansnre, des on-dit, des quen-dira-t-on, parce que tous les mots qui entrent dans ces noms composés sont invariables de leur nature.

712. Quand les deux mots variables de leur nature qui forment un nom composé ne se qualifient pas l'un l'autre, on ne met la marque du pluriel qu'à celui qui correspond réellement à un pluriel dans l'idée : Un hôtel- Dieu, des hôtels-Dieu, c'est-à-dire des hôtels fondés au nom de Dieu; un terre-plein, des terre-pleins, c'està-dire des lieux pleins de terre; des chevau- légers, des soldats légers (armés légèrement) à cheval.

713. Il arrive aussi quelquefois que certains mots qui entrent dans les noms composés doivent être au pluriel, même lorsque ces noms sont au singulier; cela ne peut être reconnu que par une analyse exacte rendant compte de la valeur particulière de chaque partie composante. Ainsi, on doit écrire un porte-clefs, un mille-pieds, un serre-papiers j parce que ces mots signifient : un homme qui porte les clefs, un insecte qui a mille pieds, un meuble où l'on serre des papiers, ou un objet de marbre ou de métal que l'on place sur les papiers.

Il est évident que le mot auquel on donne ainsi la forme plurielle, même quand le nom composé est au singulier, conserve cette forme quand le nom composé est lui-même au pluriel.

714. Les règles cfue nous venons de poser peuvent résoudre toutes les difficultés relatives aux noms formés de diverses parties réunies par des traits d'union; mais elles supposent que le sens des mots auxquels elles s'appliquent est parfaitement défini^ ce qui n'arrive pas toujours; et si l'on peut donner plusieurs sens à ces mots, il est évident qu'il y aura souvent désaccord sur la manière de les écrire. Ainsi l'Académie donne gobemouches et attrape-mouche, sans qu'il soit possible de comprendre cette .différence d'orthographe. De même encore, l'Académie écrit un cure-dent, des cure-dents, et ce n'est pas évidemment la décomposition logique de ce mot qui a pu l'amener à supprimer s au singulier et à le maintenir au pluiiel. Toutes ces difficultés n'ont au fond qu'une importance bien secondaire, et elles s'évanouiraient toutes à la fois, si l'on convenait de réunir en un seul mot les parties qu'on ne sépare que pour obéir à un usage tyrannique et souvent aveugle. Il est juste d'ailleurs de remarquer que la tendance à opérer cette réunion existe, et qu'aujourd'hui l'Académie elle-même écrit d'un seul jet : becfigue, chèvrefeuillty contredanse, contrefaçon, contrevent , gendarme , justaucorps , portehalle, portecrayon, portechape, portefeuille, portemanteau, pour- Loire, pourparler, tirelire, tourjieb/oche, etc. Dîins la dernière édition de sou dictionnaire, l'Académie vient encore de simplifier cette règle, et elle écrit contrefort, contrepoison, passeport, etc., sans trait d'union. On conçoit que la réunion simplifierait singulièrement cette difficulté orthographique, puisque, dès qu'une expressioa est passée à l'état de mot simple, elle rentre néces-' sairemtnt dans la règle générale et marque son pluriel par Tad-

dition d'un * ou d'un x final : des becp.gues, des chèvrefeuilles, etc.

Et cette simplification parait être dans le génie de notre langue; seulement elle s'y prend à plusieurs fois pour arriver au but. Par exemple, beauioup de personnes écrivent aujourd'hui un curedent, des cure-dents; un gobe-mouche, des gobe-mouches, et autres substantifs com,, osés de ce genre, sans avoir égard à l'analyse de la pensée, et c'est un premier acheminement à \9 réunion de ces divers éléments en un seul mot. Le système d'agglutination prévaudra certainement un jour, et l'on écrira tous ces substantifs comme on écrit de, uis longtemps dorénavant, désonnais, maintemint, aujourd'hui, gendarme, etc.

715. Enfin, une dernière difficulté, et ce n'est pas la moindre, consiste à distinguer les expressions dont les diverses parties doivent être réunies par des traits d'union de celles où ces parties doivent rester complètement séparées. Lnsage, ici encore, est le maître souverain, et il faut reconnaître que souvent il est loin de se trouver d'accord avec l'Académie. Nous ne cherchons pointa décider qui a tort ou raison de l'usag:- ou de l'Académie; nous allons seulement donner la liste des expressions où celle-ci n'admet point le trait d'union, quoique certaines personnes, guidées par une sorte d'instinct, puissent croire nécessaire de l'admettre :

Agent voyer, aide de camp, arc de triomphe, ayant cause, ayant droit, bachelier es lettres ou es scivîces, bas bleu, bas breton, basses œuvres, bel esprit, bien dire, bien faire, blanc signé, bœuf gras, champclos, Champs-Elysées, chapeau tromblon, chnrà bayics, champ de mars, château d'eau, château fort, cire vierge, clin d'œil, colle forte, collet monté, comédie française, commis greffier, commis marchaixd, commis voyageur, compte courant, compte rendu coq en pâte, cordon bleu, corps de garde, corps franc, coup dœil, côte d'Or (contrée d'Afrique), courtier marron, couHn germain, diable à quatre, directeur gérant, dix cors (cerl), eau mère, enfant trouvé, esprit fort, expert juré, fausse clef, fer à cheval, ferme modèle, flic pic, folle enchère, franc parler, garde des sceaux, garde des monnaies, garde du corps, garde champêtre, garde général (beaucoup d'autres mots commençant par garde prennent le trait d'union), grand aumônier, grand maître, Grand Alogol grand Seigneur, Grand Turc, grand vizir, haute lisse, haute paye, hautes œuvres, hors d'oeuvre, huis clos, huissier uudiencier, juge auditeur, juge rapporteur, juge suppléaiit, laisser <dler, langue mère, loup marin, main basse, main chaude, maître d'hôtel, niaitre es sciences, maître maçon, maîtresse branche, maîtresse femme, major général, mardi gras, maréchal des logis, maréchal ferrant, miton mitaine (onguent), mont Blanc, mont Parnasse, etc., mort aux rats, nouveau marié, nouveau venu, nu propriétaire, nue provriété, officier rapporteur, on dit Ides), petite vérole, pis aller.

plein cintre, Porte Ottomane, pot de chambre, pot à beurre, pot de fleurs, pot pourri, prince régent, prix courant, prix fixe, procureur général, professeur adjoint, quart de cercle, quart d'heure, quart de vent, rat de cave, rédacteur gérant, reine mère, ronde bosse, rose pompon, rose pivoine, rose trémière, rubis balais, *aint chrême, saint des saints, saint sacrement, saint sépulcre, sans façon, sans gène, saut de loup, sauve qui peut, secrétaire adjoitut, sens dessus dessous, serpent à sonnettes, serre chaude. Sublime Porte, subrogé tuteur, terre à terre, tic tac, tierce majeure, tiers état, titre courant, tout à fait, veine cave, veine porte, vendredi saint, ver luisant, vigne vierge,

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