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EMPLOI DE L'AUXILIAIRE DANS LES TEMPS COMPOSÉS

871. L'auxiliaire avoir marque Taction : J'ai reconnu, et l'auxiliaire être marque l'état : J'ai été reconnu.

Tous les verbes transitifs prennent avoir dans leurs temps composés : ^^ai aimé, j'ai fini, j'ai reçu. J'ai rendu.

Parmi les verbes intransitifs, qui sont au nombre de six cents environ , il y en a à peu près cent cinquante qui, exprimant l'action , prennent l'auxiliaire avoir : tels sont courir j contrevenir , dormir , languir, marcher y paraître y périr, régner, subvenir, succéder, succomber, triompher, vivre, survivre, etc.

Cependant les verbes aller, arriver, choir, décéder, éclore, entrer, mourir, naître , venir et ses composés devenir, intervenir, parvenir et revenir, prennent l'auxiliaire être parce que l'esprit envisage, non l'action, mais le résultat de l'action et par conséquent l'état : Vos cousines SONT venues nous voir. Que de Césars sont devenus LaridonsI Que d'hommes sont morts sans avoir vécu!

Parmi les verbes intransitifs, il en est qui prennent tantôt l'auxiliaire être, tantôt l'auxiliaire avoir, selon qu'on veut exprimer ïétat ou V action. En voici la liste à peu près complète :

ACTION — Auxiliaire AVOIR. 1 État — Auxiliaire Être. AccoiRiR : Nous avons accouru II y a une demi-heure que je

aussitôt qu'on a sonné.

Cesser : La fièvre a cessé.

Les orages

Ont cessé de gronder sur ces heureux [rivages. Patru I

SUIS accouru à son secours.

La fièvre est cessée depuis hier.

Et du dieu d'Israël les fêtes sont [cessées. Racinb-

Action — Auxiliaire AVOIR.

CoNVEMB ; Cette maison mk

COXVE.Vj .

CroItre, décroître : En deux jours, la rivière A cru, a décru d'un mètre.

DÉGÉ!iÉRER : Cette race^ autrefois

ti puissante, a tout à fait dégè-

irÀRÉ depuis vingt ans.

Demeurer : // a demeuré six mois à Madrid. Il a demeuré quelque temps en Italie, pour apprendre la langue de ce pays. (Restaut.)

État — Auxiliaire Être.

Il EST COXVEXU lui-même de sa

méprise.

Depuis deux jours la rivière BST crue, est décrue d'ufi mètre.

Aujourd'hui cette race est co/?zplétement dégénérée.

Mon frère est demeuré à Paris pour ses études. Après un long combat la victoire nous est demeurée. Nous sommes demeurés d'accord sur cela.

Nota. — Demeurer a diverses acceptions : signifiant habiter, tarder, passer un temps quelconque à faire une chose ; marquant une chose qui a eu lieu et qui n'est plus, il prend avoir. Quand le sujet n'est pas représenté comme ayant changé de lieu ou de situation, quand on veut signifier être tué, être resté, avoir été, on fait usage du verhe être.

Le verbe rester s'emploie à peu près dans les mêmes acceptions que demeurer, et se conjugue comme lui avec être ou avoir. Disparaître : Une république fa- Mèdes, Assj-riens, vous êtes dispameuse a disparu de nos jours, [rus ;

sous nos yeux, en un moment. Parthes , Carthaginois , Romains, ^DxRn ^ [vous n'êtes plus. Racine.

Embellir, grandir, changer, déchoir, rajeunir, vceillir. Ces verbes prennent avoir lorsqu'on veut marquer quelque chose de progressif, et être quand on a en vue d'exprimer une chose qui a lieu au moment ou dans la circonstance particulière dont on parle :

// A bien embelli pendant son

voyage.

Cet enfant a bien grandi en peu

de temps. (Acad.) Cet homme a changé de visage.

(Acad.) Depuis ce moment, il a déchu

de jour en jour. (Acad.) Depuis un mois cet homme a rajeuni. (Marmontel.) // A vieilli en peu de temps.

(Marmomtel.) Échapper, signifiant se soustraire

à , ou employé en parlant d'une

Comme elle est embellie ! (Mar-

montel.) Vous ÊTES bien grandi. (Mar-

montel.) Cet homme est changé, à ne

plus le reconnaître. (Acad.) // EST bien DÉCHU de son autorité. (Acad.) On dirait qu'elle ksi RAJEums.

(Acad.) Je sens que je suis bien vieilli.

(Marmontel.) Signifiant sortir de, s'évader;

être fait par mégarde, par

chose qu'on a oublié de faire

ou de dire, prend l'auxiliaire

avoir :

L'un des coupables a échappé à

la gendarmerie. (Acad.) J'ai retenu le chant, les vers m'ont [échappé. J.-B. Rousseau.

négligence, par imprudence, et employé comme impersonnel, il prend être :

Ce voleur est échappé de prison. Ce secret lui est échappé.

Ce mot m'est échappé, pardonnes [ma franchise. Voltaire.

Partir prend être dans ses diverses acceptions, excepté en parlant d'une arme à feu : Le fusil a parti tout d'un coup.

Monter, descendre, entrer, sortir et passer. Ces verbes s'emploient comme transitifs ou comme intransitifs. Gomme verbes transitifs, c'est-à-dire ayant un complément direct, il est inutile de faire remarquer qu'ils prennent seulement avoir. Gomme verbes intransitifs, il prennent l'un ou l'autre auxiliaire, d'après le sens actif ou passif qu'on veut donner au participe :

La rivière a monté cette année à telle hauteur. (Acad.) Le blé a beaucoup monté en six semaines de temps. (Laveadx.)

Notre-Seigneur est monté au ciel. (Acad.) Je ne dois qu'à moi seul, non à un sang illustre, les grandeurs où je suis monté. (Voltaire.)

Le thermomètre a descendu de quatre degrés pendant la journée.

Il y a une demi-heure que je suis descendu. // est descendu bien bas.

Lucain zvT entré lui-même dans ce sentiment s'il l'eût pu. (Bossuet.) Pour ce sens figuré, la distinction entre les deux auxiliaires est quelque peu suttile. Pris dans son sens propre, le verbe entrer est plus souvent employé avec être : Ils étaient à peine entrés qu'on les a appelés.

Monsieur a sorti ce matin et il est de retour. (Ménage.) La Seine a sorti plusieurs fois de son lit.

Monsieur est sorti depuis ce matin, et il n'est pas encore rentré.

La rivière est sortie de son lit. (Acad.) Tout le monde est sorti.

Les exemples suivants font clairement ressortir l'emploi de l'auxiliaire avec passer ; // a passé en Amérique en tel temps. (Acad.) L'armée a passé par ce pays. (Beaczée.) La procession a passé sous mes fenêtres. (Gondu.lac.) Cette loi bien défendue a passé. (Lemare.)

Les beaux jours sont passés. (Acad.) // est passé en Amérique depuis tel temps. (Acad.) La procession est passée. (Goxdillac.)

Tomber et expirer prennent aussi avoir ou être. Cependant, avec le premier, on emploie plutôt l'auxiliaire être : Cet homme n'a pas été longtemps en crédit, il est bientôt tombé. (Acad.)

Les exemples où le participe tombé est accompagné du verbe avoir se rencontrent assez rarement. L'Académie donne les suj-

rants : Les poètes disent que Vulcain a tombé du ciel pendant un jour entier. Ce grand courage à tombé tout à coup. Le vautour A TOMBÉ tout à coup sur la perdrix. Ici l'on envisage l'action de tomber an moment où eUe se fait.

En parlant de personnes, expirer prend toujours avoir ; appliqué à des choses, fl prend avoir quand on considère le moment où une chose a fini, et être, pour signifier depuis quel temps elle est finie : Son frère a expiré dans mes bras. Elle a expiré ce matin. Mon bail a expiré hier, ou est expiré depuis hier.

Les phrases suivantes ne sont pas à imiter ; // est expiré, il est trépassé depuis une heure. (La\t:aux.) Micipsa ne fut pas plus tôt EXPIRÉ que Jugurtha... (Vertot.)

A ces mots, ce héros expiré

N'a laissé dans mes bras qu'un corps défiguré.

Racinb.

Et d'un père earptV^ j'apportais en ces lieux La volonté dernière et les derniers adieux.

Voltaire.

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