‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 358 sur 399 · PARTICIPE PASSÉ PRÉCÉDÉ DU PRONOM EN · texte numérisé non relu

PARTICIPE PASSÉ PRÉCÉDÉ DU PRONOM EN

918. Commençons par dégager de la règle concernant ce participe un petit cas qui, bien que tout à fait étranger à la règle particulière du pronom en, ne laisse pas que d'embarrasser quelquefois les élèves. Soient les deux exemples suivants :

On peut dire de la Bible que c'est vraiment le livre universel; les traductions Qu'on en a données so7it innombrables.

Je nai pas trouvé Paris au-dessous de la description Qu'on m'en avait FAITE.

Ces exemples et tous ceux qui leur ressemblent rentrent dans la règle générale du participe s'accordant avec le complément direct qui le précède. Ici, ces compléments sont que mis ponr traductions, et que mis pour description. En n'exerce aucune influence sur le participe ; c'est un pronom complément déterminatif de traductions et de description.

919. Mais il arrive souvent que le pronom en peut être regardé lui-même comme le complément du participe, parce que la phrase ne contient aucun mot exprimé remplissant ce rôle; ce cas se rencontre quand le pronom en exprime une idée partitive, comme si, parlant de lettres, on disait : ^'en ai reçu. Alors en est mis pour des lettres, avec un sens qui est évidemment partitif, et on peut croire à première vue que ce pronom est le complément direct du participe reçu. Cependant le participe, dans ce cas, reste presque toujours invariable, comme le prouvent les exemples suivants :

// sait beaucoup de choses, mais il en a inventé. (Voltaire.)

Que f ai d'envie de recevoir de vos lettres I 11 y a déjà près d^une demi-heure que je w'en ai reçu. (M™" de Sé-

VIGNÉ.)

// n'est que trop vrai qu'il y a eu des anthropophages ; nous EH avons trouvé en Amérique. (Voltaire.)

Tout le monde m'a offert des services ^ mais personne ne w'en a RENDU. (M""^ DE Maintenon.)

Confucius, en parlant des hommes, a dit : « J'en ai VD oui étaient peu propres aux sciences, mais je w'en ai point vu qui fussent incapables de vertus. » (Voltaire.)

J*ai vu des savants aimables, mais /en ai trouvé d'un peu lourds. (Marmontel.)

Isabelle et Ferdinand formaient une puissance telle que C Espagne w'en avait point encore vu. (Voltaire.)

Hélas! j'étais aveugle en mes vœux aujourd'hui; y en ai fait contre toi quand j'en ai fait pour lui.

Corneille.

Remarque. Si, dans ces sortes de phrases, le pronom en était précédé de l'un des adverbes de quantité autant, combien, plus^ moins, etc., éveillant dans l'esprit une idée de pluralité collective;, on pourrait faire varier le participe, comme le prouvent les exemples suivants :

Autant d ennemis il a attaqués, autant il en a vaincus. (Dessiaux.)

Combien «'en a-t-on pas vus qui n'avaient aucun souvenir de ce qui s'était passé ! (Buf fon.)

Combien Dieu en a-t-il exaucés? (Massillon.)

Quant aux sottes gens, plus j'es ai connus, moins j'en ai estimés. (Dessiaux.)

Il a fait à lui seul plus d'exploits que les autres «'en ont lus.

(BOILEAU

En possédant les cœurs, il possède plus de trésors, que son père «'en avait amassés par son avarice cruelle. (Fénelon.)

Elle s'est accusée de plus de fautes qu'elle «'en avait faites. (Camlnade.)

Alexandre a bâti plus de villes que les autres vainqueurs de FAsie «'en ont détruites. (Voltaire.)

Cependant il est certain qu'aujourd'hui les grammairiens et les écrivains paraissent montjer une tendance à laisser le participe invai-iable après en, même lorsqu'il est précédé d'uc adverbe de quantité.

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