‹ Grammaire complète syntaxique et littéraireChapitre 384 sur 399 · LB MAÎTRE DE PHILOSOPHIB · texte numérisé non relu

LB MAÎTRE DE PHILOSOPHIB

Oui, monsieur.

M. JOURDAIN

Par ma foi , il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans qm j'en susse rien , et je vous suis le plus obligé du monde de m'avoir appris cela.

Ces mots : Faire de la prose sans le savoir ^ constituent une des locutions les plus pittoresques de notre langue , et celle , peut-être , à laquelle on fait le plus fréquemipent allusion.

Fai<«a de» perraq«e«, conseil ironique de Voltaire à un perruquier nommé André, qui s'était avisé de composer une tragédie ridicule en cinq actes et en vers, intitulée le Tremblement de terre de Lisbonne^ et qu'il lui avait dédiée en l'appelant mon cher confrère.

Cette phrase, qui s'adresse à tous ceux qui veulent prétentieusement sortir de leur sphère, est devenue une des locutions les plus piquantes de notre langue ; c'est le cordonnier^ pas plus haut que la chaussure^ des Latins.

Geai p«ré des pionea da ysoB (le), allusiou à Une fable de La Fonta!::i3, dans laquelle le geai s'étant paré des plumes du paon ;

. . . . Se vit bafoué, Berné, sifflé, moqué, joué.

Dans l'application, ces mots se disent surtout des plagiaires, et, en eénéral, de tous ceux qui se parent des dépouilles d' autrui.

Gllaaes, ■■ertels, ■'«pipayes pa«.

Vers d'un charmant quatrain écrit par le poète Roy au baa d'une gravure de Larmesùn, représentant des patineurs :

8ar un mince cristal l'hiver conduit leurs pas,

Le précipice est sous la glace ; Telle est ae vos plaisirs la légère surface :

Glissez, mortels, n'appuyez pas.

Ces vers, qui unissent la grâce à une pensée philosophique, rentrent tout à fait dans la manière de Voltaire; aussi lui sont-il» souvent attribués. Dans l'application, ce dernier vers :

Glissez, mortels, n'appuyez pas.

n'est jamais employé que dans le sens figuré; c'est un conseil à l'adresse des imprudents qui abusent du plaisir , de leur jeunesse , de leurs qualités, etc.

<araia de ««bie de Pascal , allusion à Un passage des Pensées : ■ Cromwell allait ravager toute la chrétienté ; la famille royale était perdue , et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son urètre. Rome même allait trembler sous lui; mais ce petit gravier, qui n'était rien ailleurs , mis en cet endroit , le voilà mort , sa famille abaissée, et le roi rétabli. • On sait, en effet, que Cromwell mourut de la graveile. En remontant au temps de la jeunesse de cet homme extraordinaire , on trouve une petite anecdote qui a quelque rapport avec le grain de table. Cromwell, désespérant de faire fortune en Angleterre, avait formé le projet de se rendre au nouveau monde; déjà il mettait le pied sur If navire, quand un ordre de Charles 1er, défendant toute émigration, 1«? força de rester en Angleterre. Le futur protecteur était alors à peu près inconnu , et cette circonstance peut servir aussi à montrer le doigt de Di«u dans toutes les grandes catastrophes humaines.

Le grain de sable de Pascal est devenu une locution originale et pittoresque pour exprimer cette vérité commune, que les petites causes peuvent engendrer de grands effets.

GreBeeiiiea qai demaBdent na roi (lbs), titre d'uue fable de La Fontaine :

Les grenouilles, se lassant De l'état démocratique, Par leurs clameurs firent tant Que Jupin les soumit au pouvoir mo:iorchique . Il leur tomba du ciel un roi tout pacifique.

Or, ce roi était un soliveau. Les grenouilles se lassèrent bientôt d'un prince si débonnaire •

Donnez-nous, dit ce peuple, un roi qui se remue I Le monarque des dieux leur envoie une grue. Qui les croque, qui les tue, Qui les gobe à son plaisir.

Dans l'application, on rappelle les grenouilles de la fable à propos d'un homme , d'une administration , d'un peuple , etc., qui , méconnaissant le bienfait d'une autorité douce et paternelle, aspire à un changement certainement funeste. On fait également allusion au roi Soliveau.

Gaesllle ai I'ob ▼•■!, mmi (oeBille mesi ehère.

Vers des plus justes et des plus plaisants, dans les Femmes savantes^ acte IL scène vu. Le bonhomme Chrysale, homme simple, mais à jugement droit, deux qualités qui ne s'excluent pas, a pour femme Philaœiiiie, savante, pré<âeuse, philosophe, en un mot tout le contraire de

«oa mari. Or, celui-ci vient d'être forcé de renvoyer sa cuisinière Martine, qui lui faisait de bons potages, mais dont les fautes de syntaxe écorchaient les oreilles puristes de Philaminte et de sa sœur Bélise. Encore sous le coup de cette contrariété, Chrysale s'emporte contre Vaugelas, et fait l'apologie du pot-au-feu :

Je vis de bonne soupe, et non de beau langage. Philaminte indignée lui répond :

Que ce discours grossier terriblement assomme ! Et quelle indignité, pour ce qui s'appelle homme, D'être baissé sans cesse aux besoins maténels, Au lieu de se hausser vers les spirituels 1 Le corps, cette guenille, est-il d'une importance. D'un prix à mériter seulement qu'on y çense, Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin ?

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