VM>ÈRE
Sans dot ?
HARPAGON
Oui.
VALÈRE
Ah! je ne dis plus rien. Voyez-vous? voilà une raison tout à fait convaincante ; il faut se rendre à cela.
HARPAGON
C'est pour moi une épargne considérable.
VALÈRE
Assurément ; cela ne reçoit point de contradiction. Il est vrai que votre fille vous peut représenter que le mariage est une plus grande affaire qu'on ne peut croire; qu'il y va d'être heureux ou malheureux toute se vie; et qu'un engagement qui doit durer jusqu'à la mort ne se doi; jamais faire qu'avec de grandes précautions.
HARPAGON
Sans dot !
VALÈRE
Vous avez raison : voilà qui décide tout ; cela s'entend. Il y a des gens qui pourraient vous dire qu'en de telles occasions l'inclination d'une fille est une chose, sans doute, où l'on doit avoir de l'égard; et que cette grande inégalité d'âge, d'humeur et de sentiments.*.
HARPAGON
Sans dotl
VALÈRE
Ah ! il n'y a pas de réplique à cela ; on le sait bien. Qui diantre peut aller là contre? Ce n'est pas qu'il n'y ait quantité de pères qui aimeraient mieux ménager la satisfaction de leurs filles que l'argent qu'ils pourraient donner ; qui ne les voudraient point sacrifier à l'intérêt, et chercheraient, plus que toute autre chose , à mettre dans un mariage cette douce coaformité qui sans cesse y maintient la tranquillité et la joie ; et que...
HARPAGON
Sans dotl
VALÈRE
Il est vrai; cela ferme la bouche à tout. Sans dotl Le moyen de résistei à une raison comme celle-là?
Ce fameux sans dot , une des perles les plus précieuses du riche écris de Molière, est l'objet de fréquentes allusions.
... Selon l'uaage antique et aolennel.
Second vers delà ire scène du 1er acte de VAthalie de Racine
Oui, je v^ens dans son temple adorer l'Éternel; Je viens, selon l'usage antique et solennel. Célébrer avec vous la fameuse journée Où, sur le mont Sina, la loi nous fut donnée.
Dans l'application, ce vers se prend dans un sens analogue, mais toujours sur le ton de la plaisanterie.
Se retirer dana an fromage de Hollande, allusion à une particularité
de la fable de La Fontaine, le Hat qui s'est retiré du monde. Les Levantins, en leur légende, Disent qu'un certain rat, las des soins d'ici-bas, Dans un fromage de Hollande Se retira loin du tracas.
Dans l'application, ces mots se disent de ceux qui se confinent dans un lieu écarté, où ils s'entourent de toutes les jouissances de la vie.
Serpeni «t la iiBie (le), titre d'une fable de La Fontaine. Un serpent pénètre dans la boutique d'un horloger, où il essaye de ronger une lime. Celle-ci , sans se mettre en colère , lui fait remarquer l'impuissance do ses morsures. Le fabuliste ajoute :
Ceci s'adresse à vous, esprits du dernier ordre, Qui, n'étant bons à rien, cherchez surtout à mordre.
Vous vous tourmentez vainement.
Croyez-vous que vos dents impriment leurs outrages
Sur tant de beaux ouvrages? Ils sont pour vous d'airain, d'acier, de diamant.
Ce dernier vers rappelle V^re perennius d'Horace.
Les écrivains font de fréquentes allusions à la vaine tentative du serpent, et ces allusions sont presque toujours à l'adresse des envieux, et particulièrement des zoïles qui s'attaquent aux œuvres du génie.
8éa«B>e, ouTre-(«i, formule magique tirée d'un des contes les plus populaires des Mille et une Nuits, et qui est passée en proverbe.
Ali-Baba , pauvre artisan d'une vilte de Perse , était un jour occupé à ramasser du bois dans une forêt, lorsque quarante voleurs s'arrêtèrent à quelques pas de l'arbre qui le dérobait à leurs regards. Le chef, s'étant avancé vers la porte d'une caverne située en cet endroit même, prononça ces paroles : Sésame , ouvre-toi , et aussitôt la porte s'ouvrit, livrant passage aux quarante voleurs. Dès qu'ils furent sortis , Ali-Baba, qui avait entendu la formule cabalistique, s'avança à son tour et répéta : Sésame, ouvre-toi. La porte s'ouvrit de nouveau, et Ali-Baba, pénétrant dan» l'intérieur, se trouva en présence d'un immense amas de richesses, accumulées depuis de longues années en ce lieu par les voleurs. Il en prit ce qu'il put emporter et se retira, se promettant de faire de fréquentes visites à la caverne.
Ali-Baba et la caverne des quarante voleurs sont demeurés célèbres, et l'on y fait souvent allusion ; mais ce sont principalement les mots cabalistiques : Sésame, ouvre-toi, qui sont devenus l'objet de fréquentes applications en littérature; on désigne par là le moyen prompt, rapide, devant lequel cèdent, comme par magie, toutes les difficultés, la clef qui ouvre toutes les situations et fait pénétrer tous les mystères.
Sen rides «or son front ont sraT< «es exploita.
Vers de Corneille, dans le Cid, acte I", scène V*. Elvire vante à Chimène la noblesse de la naissance de Rodrigue :
Don Rodrigue, surtout, n'a trait en son visage Qui d'un homme de cœur ne soit la huute image, Et sort d'une maison si féconde en guerriers. Qu'ils y prennent naissance au milieu des lauriers. La valeur de son père, en son temps sans pareille, Tant qu'a duré sa force a passé pour merveille , Ses rides sur son front ont gravé ses exploits Et nous disent encor ce qu'il fut autrefois.
Racine, dans ses Plaideurs, a fait une parodie très spirituelle de oe vers. L'Intimé parle ainsi de sou père, qui était huissier:
., . . Ahl monsieur, si feu mon pauvre père Etait enoor vivant, c'était bien votre atfuire l Il gagijHit en un jour plus qu'un autre ea six mois; Ses ridts sur son front gravaient lout ses exploits.
Les allusions aa vers de Corneille sont presque toujours familières et plaisantes.
Si ce n'est toi, e'eat donc tom trin.
Vers de La Fontaine, dans la fable le Loup et l'Agneau. Le loup, qui veut joindre à la force l'apparence du droit, fait à l'agneau des reproches dénués de raison.
— ...Je sais (rue de moi tu médis l'an passé.
— Comment î'aurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'agneau : je texte encor ma mère.
— Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. — Je n'en ai point. — C'est donc quelqu'un des tiens.
Ce vers sert à faire comprendre à quelqu'un que , s'il n'est pas le seul auteur d'une chose, il doit du moins en être le complice ; quelquefois aussi il marque un mauvais argument dans la bouche d'un accusateur prévenu.
Si ne* eonfrèree «aTaient peindre.
Vers de la fable de La Fontaine, le Lion abattu par l'homme.
Un lion, voyant dans un tableau un des siens terrassé par un homme, s'écrie :
Avec plus de raison nous aurions le dessus Si mes confrères savaient peindre.
Dans l'application , ce vers exprime le regret que l'on éprouve de ne savoir pas manier une arme dont un adversaire fait un usage avantageux.
Soliveau de la fable (le) , allusiou à la fable de La Fontaine , les Grenouilles qui demandent un roi.
Les grenouilles, lasses de vivre sous le joug paternel du soliveau, que leur avait envoyé Jupiter, demandent à celui-ci
Un roi qui se remue.
Le monarque des dieux leur envoie une grue, Qui les croque, qui les tue, Qui les gobe à son plaisir.
Le roi soliveau est resté le type de l'autorité faible et débonnaire, don; les sujets se rebutent, mais qu'ils ne tardent pas à regretter.
Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie.
Vers célèbre de Corneille, dans Cinna, acte V, scène ni. Auguste, après la scène où il a montré à Cinna qu'il connaît tous les détails de sa conspiration, apprend qu'il est également trahi par ceux qu'il chérit le plus tendrement. C'est alors qu'il s'écrie dans un transport sublime :
En est-ce assez, ô ciel, et le sort, pour me nuire, A-t-il quelqu'un des miens qu'il veuille encor séduire, Qull joigne à ses efforts le secours des enfers? Je suis miiître de moi comme de l'univers : Je le suis, je veux l'être I ô siècles, ô mémoirel Conservez à jamais ma dernière victoire;
3«^ GUAMMAIHE LITTÉRAIRE.
Je triomphe aujourd'hui du plus juste courrouz De qui le souvenir puisse aller jusqu'à vous. Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie : Comme à mon ennemi je t'ai donné la vie, Et, malgré la fureur de ton lâche dessein, Je te la donne encor comme à mon assassin.
Dans l'application que l'on fait de ce vers, on ne cite généralement que le premier hémistiche : Soyons amis, Cinna, et presque toujours dans un sens plaisant et familier.
Tirer les marrons da fea , allusion à Une fable de La Fontaine, pour feiire entendre que quelqu'un a tout le mal, toute la peine, court tous les dangers dans une entreprise dont un antre recueille les profits. Voyez Bertrand et Raton.
Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux, phrase de Yoltalre,
çne l'on prend souvent pour un alexandrin , et qui est une simple ligne de prose dans la préface de l'Enfant prodigue.
Dans l'Univers illustré, M. Albéric Second a fait de ce passage une Tariante qui ne manque pas de sel : • Le mariage de M. X..., le moins spirituel et le plus ennuyeux des hommes, avec M'ie n... est rompu. Les «hoses étaient pourtant fort avancées : bans publiés, corbeille achetée, etc. On en parle, Dieu sait comme! J'ai demandé à la mère de M^e n... le motif de la rupture , et elle m'a répondu; sentencieusement : < Tous les ■ gendres sont bons, hors le gendre ennuyeux. »
Cette variante prouve que , dans l'application, le mot genre n'est pas toujours respecté, quoique ici il le soit, au jeu de mots près. Mais on pourrait dire, par exemple : Tous les drames, tous les amis^ tous les banfoets, etc., sont bons, hors les... ennuyeux.
...Tout dort, et l'«rniée, et les Tents, et Neptaaa.
Tcrs de Racine dans Iphigénie , acte 1er, scène l'e. Agamemnon éveille son confident Arcas, qui s'étonne de le voir apparaître longtemps avant
}» jour :
Quel important besoin Vous a fait devancer l'aurore de si loin? A peine un faible jour vous éclaire et me guide: Vos yeux seuls et les miens sont ouverts dans 1 Aulide. Avez-vous dans les airs entendu quelque bruit? Les vents nous auraient-ils exaucés cette nuit? Mais tout dort, et l'armée , et les vents, et Neptune.
Dans l'application, ce vers se cite tantôt dans un sens analogue, pour aignifier un repos, un sommeil général ; tantôt pour désigner une accalmée politique ; mais le plus souvent il se produit d'une manière plaisante pour caractériser un silence absolu et inusité.
Tout finit par des chansons.
Vers célèbre d'un couplet du Mariage de Figaro, comédie de Beaumarehais, et chanté par Brid'oison, en bégayant, comme toujours :
Ehl messieurs, la comédie Que l'on juge en ce et instant, Sauf erreu -, noui pein-eiut îa vie Du bon peuple qui l'entend.
Qu'on l'opprime, il peste, il crie.
Il s'agite en cent fa-açons ; Tout fini-it par des chansons.
Ce vers caractérise, d'une manière tout à la fois juste et comique, la frivolité particulière au caractère français, qui finit par ne plus trouver que matière à chansons dans les événements les plus sérieux, et même les plus tristes, comme le prouve la complainte de Malbrough.
Tout Paris pour Chimène a lea yeux de Rodrigve.
Vers de Boileau dans sa IX' satire (A mon esprit).
Dans sa fameuse sortie contre Chapelain, Boileau dit que ce n'est pas la critique qui fait tomber un auteur quand il produit de bonnes pièces; le public sait alors le dédommager de ces injustes attaques;
Quand un livre au Palais se vend et se débite. Que chacun par ses yeux juge de son mérite. Que Bilaine l'étalé au deuxième pilier, Le dégoût d'un censeur peut-il le décrier? En vam contre le Cid un ministre se ligue : Tout Paris pour Chimène a les yeux de Rodrigue. L'Académie en corps a beau le censurer, Le public révolté s obstine à l'admirer.
Dans l'application, ce vers exprime la passion aveugle, l'engouement d'un parti, d'un pays, pour une chose quelconque.
Ta l'as iroulu, Georges Daadiia! exclamation plaisante de repentir que pousse Georges Dandin, dans la pièce de ce nom, de Molière, au moment où lui apparaît dans toute son évidence la sottise qu'il a commise en s'alliant à une femme de condition supérieure à la sienne.
Dans l'application, ces mots expriment un plaisant meâculpâ, ou bien encore un blâme adressé h, une faute trop maladroite pour exciter la sympathie ou la pitié.
Cn endroit écarlé
Où d'être homme d'honneur on ait la liberté.
Vers du Misanthrope, acte V, scène vm, qui achèvent de peindre le caractère d'Alceste. Le misanthrope, furieux contre Célimène, qui, à vingt ans, refuse d'aller s'ensevelir avec lui dans un désert, lance sa dernière boutade :
Trahi de toutes parts, accablé d'injustices,
Je vais sortir d'un gouffre où triomphent les vices
Et chercher sur la terre un endroit écarlé
Où d'être homme d'honneur on ait la liberté. Dans l'application, les mots homme d'honneur varient presque toujours.
Un frère est an ami donné par la nature.
Vers de la. Mort d'Abel, tragéàiQ de Legouvé père. C'est Cain qui parle :
Oui, le titre de frère est un nœud si sacré, Qu'en voulant le briser au ciel on fait injure : Dn frère est un ami donné par la nature.
Si l'on en croit Ch. Nodier, Legouvé aurait emprunté de toutes pièces ce beau vers à un certain Baudoin, poète tout à fait inconnu, qui faisait le commerce d'épicerie à Saint-Germain-en-Laye. Baudoin, dans una tragédie intitulée Démétrius, faisait dire à un de ses personnages :
Ah I le doux, nom de frère est ua titre si saint Qu'en osant l'offenser au ciel on fait injure : Un frère est un ami donné par la nature.
Ce vers a été l'objet de variantes plus ou moins comiques:
Un père est un banquier donné par la nature,
Un oncle est un caissier, etc.
C'est, pour l'ordinaire, dans ce sens plaisant que se font les allusions.
L'n je me sais quoi qai ua plua de nom dans aucune langue, célèbre
expression de Bossuet , dans son oraison funèbre de Henriette d'Angleterre : « La voilà, malgré son grand cœur, cette princesse si admirée ei si chérie ; la voilà telle que la mort nous l'a faite I Encore ce reste, tel quel, va disparaître ; cette ombre de gloire va s'évanouir, et nous Talions voir dépouillée même de cette triste décoration. EUe va descendre à ces sombres lieux, à ces demeures souterraines, pour y dormir dans la poussière avec les grands de la terre , comme parle Job , av^c ces rois et ces princes anéantis, parmi lesquels à peine peut-on la placer, tant les rangs y sont pressés , tant la mort est prompte à remplir ces places 1 Mais ici notre imagination nous abuse encore : la mort ne nous laisse pas asse* de corps pour occuper quelque place , et on ne voit là que les tombeaux qui fassent figure. Notre chair change bientôt de nature, notre corps prend un autre nom : même celui de cadavre , dit Tertullien, parce qu'il nous montre encore quelque forme humaine , ne lui demeure pas longtemps : Il devient un je ne sais (/uoi qui n'a plus de nom dans aucune langue; tant il est vrai que tout meurt en lui, jusqu'à ces tennes funèbres par lesquels on exprimait ces malheureux restes. •
Dans l'application , ces mots du grand orateur se disent d'une chose si confuse, si défigurée, qu'il est impossible de la désigner, de la caractériser d'une manière quelconque.
Ub «alBt h*aMBe de eh««.
Hémistiche de la fable de La Fontaine le Chat, la Belette et le petit Lapin. La belette et le lapin, en contestation, s'en rapportent au jugement de Grippeminaud :
C'était un chat vivant comme un dévot ermite.
Un chat faisant la chattemite ; Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras.
Celui-ci leur dit d'approcher, qu'il est sourd, que les ans en sont la cause :
L'un et l'autre approcha, ne craiirnant nulle chose. Aussitôt qu'à portée il vit les contestants,
Grippeminaud, le bon apôtre.
Jetant des deux côtés la gnlfe en même temps,^ Mit les plaideurs d'accord en croquant l'un et l'autre.
Dans l'application, ces mots : un saint homme de chat, caractérisent l'hypocrisie et la méchanceté cachées sous des apparences de douceur et de bonhomie.
Yeadre la peau de l'ours, allusion à la fable de La Fontaine l'Ours et les deux Compagnons. Ceux-ci ont vendu au fourreur, leur voisin, la peau d'un ours encore vivant, mais qu'ils s'engagent à t'ter sous deux
jours. Ils se mettent alors en campagne et aperçoivent de loin l'ours qui accourt vers eux.
• Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre; Le marché ne tint pas, il fallut le résoudre ; D'intéêts contre l'ours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux compagnons grimpe au faîte d'un arbre;
L'autre, plus froid que n'est un marbre, Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent.
Ayant quelque part ouï dire
Que l'o rs s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire. Seigneur ours, comme un sot, donna dans ce panneau; Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie
Et, de peur de supercherie.
Le tourne, le retourne, approche son museau,
Flaire aux passages de l'haleine.
C'est, dit- il, un cadavre; ôtons-nous, car il sent. A ces mots, l'ours s'en va dans la forêt prochaine. L'un de nos deux marchands de son arbre descend, Court à son compagnon, lui dit que c'est merveille Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal. — Eh bien! aiouta-t-il, la peau de l'animal?
Mais que ta-t-il dit à l'oreille?
Car il s'approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
^ Il m'a dit qu'il ne faut jamais Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre.
Cette façon d'amener plaisamment la moralité de l'apologue caractérise on ne peut mieux le talent naïf et malin de La Fontaine.
Dans l'application, ces mots : Vendre la peau de l'ours, signifient qu'il ne faut pas disposer d'une chose avant de la posséder, ni se flatter trop tôt d'un succès incertain.
Vérité en defà, errear aa delà, mot de Pascal dans ses Pensées: (On ne voit presque rien de juste ou d'injuste qui ne change de qualité en changeant de climat. Trois degrés d'élévation du pôle renversent toute la jurisprudence. Un méridien décide de la vérité, ou peu d'années de possession. Les lois fondamentales changent; le droit a ses époques. Plaisante justice, qu'une rivière ou une montagne borne 1 Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà. •
Ces mots servent à exiliquer, d'une manière plus ou moins exacte, la différence que les hommes ou les peuples divers attachent aux idées opposées de bien et de ma!, d'erreur et de vérité, etc.
Vive le Roi! vive la Ligue I
Vers de La Fontaine dans la fable la Chauve-Souris et les deux Belettes, inspiré par le souvenir des troubles qui signalèrent le règne de Henri III, kl'é(joque de la Ligue, dont le chef fut le duc de Guise soutenu par les Espagnols, lequel s'efforça de renverser les Valois.
Dans l'application, ce vers peut servir de devise aux âmes pusillanimes, aux caméléons politiques qui afrîchent successivement les couleurs de tous les partis, et cela au gré des circonstances et de leurs intérêts.
Toilà juateiment pourquoi votre fille eat muette, allusion à Un deS passages Ihs plus comiques du Médecin malgré lui, comédie de Molière. Sganarelle vient d'être appelé en qualité de médecin auprès de Géronte,donî
lafiUe feint d'être muette. Sganarelle, qui voit l'ignorance de Géronte, se livre, avec un sérieux des plus comiques, aux raisonnements les plus bouffons : « Or, ces vapeurs dont je vous parle venant à passer da côté gauche, où est le foie, au côté droit, où est le cœur, il se trouve que le poumon, que nous appelons en latin armyan, ayant communication avec le cerveau, que nous appelons en grec nasmus, parle moyen de la veine eave, que nous appelons en hébreu cubile, rencontre en son chemin lesdites vapeurs qui remplissent les ventricules de l'omoplate ; et parce que lesdites vapeurs..., comprenez bien ce raisonnement, je vous prie;... et parce que lesdites vapeurs ont certaine malignité..., écoutez bien ceci, je vous conjure..., ont une certaine malignité qui est causée..., soyez attentif, s'il vous plaît..., qui est causée par l'âcreté des humeurs engendrées dans la concavité du diaphragme, il arrive que ces vapeurs... Ossabundus, nequeis, potarinum, quipsa milus : Voilà justement ce qui fait que votre fille est muette. »
Dans l'application, ces mots servent à caractériser ces explications prétentieuses, obscures, qui cachent l'ignorance et qui n'expliquent rien C'est une des applications littéraires les plus fréquemment employées.
Ton* ehanties, j'en «uia fort aise ; Eh bien I danses maintenant.
Réponse ironique de la fourrai à la cigale, qui vient la prier de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle.
Dans l'application, ces deux vers expriment, comme dans la fable, un dur reproche d'imprévoyance.
Vous Stes orfèvre, monsiear Josse, alIusion à l'un deS motS leS plus
fins et les plus justes de Molière, dans l'Amour médecin, acte pr, se. ire, Sganarelle a une fille unique, qui est tombée dans une sombre mélancolie. Il consulte deux de ses voisins, M. Guillaume, tapissier, et M. Josse, orfèvre, sur les moyens de dissiper ce chagrin.