I. Edmond de Goncourt. I.a Maison d'un Artiste
l'art intime
l'ingénu et le voluptueux abandon de son attitude, le rythmique agencement des lignes gracieuses, l'art délicat et spirituel d'esquisse de la sculpture, le parti tiré de la demi-ronde bosse et de ses amincissements gradués, la caresse dans la glaise des détails de la tète, des mains, des mignons petits pieds se raidissant, enfin la science de cette œuvre facile, qui pourra bien le dire ?
« Cette terre cuite est une de mes bonnes fortunes des ventes publiques. L'expert avait inséré dans son catalogue : « Tout ferait supposer que ce bas-relief est de Clodion s'il n'était pas signé Michel », et encore il ne disait pas avec une faute d'orthographe. L'expert ignorait que le vrai nom du sculpteur est Michel, et qu'il n'a jeté ce surnom de Clodion au bas de ses œuvres qu'à une certaine époque de sa vie »
Les groupes de Clodion se payent aujourd'hui au poids de l'or. Rien n'est plus admirable que la suite variée que possède M. le baron Gustave de Rothschild. A ce propos, l'auteur de la Maison d'un Artiste raconte deux piquantes anecdotes.
« Je me rappelle avoir laissé échapper, en 1856, rue Bonaparte, pour une bien petite somme, un bas-relief de Clodion, une étude de femme tordant ses cheveux mouillés, une sculpture où deux petits seins et un genou seuls venaient en avant des formes fuyantes, du modelage effacé du reste du corps, comme lointain dans la terre rose. C'était à la fois la plus charmante et la plus sérieuse représentation d'un jeune corps féminin, dont la beauté des formes, à demi éclose, semble encore en bouton. Toutefois, ce n'est pas mon regret le plus complet.
« Je sortais du collège. J'avais 1,200 francs pour m'habiller et le reste. L'objet d'art de 50 francs était pour moi la commode d'un million pour M. de Rothschild. Dans ce temps, j'entrais un jour par hasard à l'hôtel de la rue des Jeûneurs. On venait de mettre, sur la table de vente, une grosse chose ronde, sur laquelle j'apercevais, en m'approchant d'un côté, une Renommée sonnant de la trompette, de l'autre, un Eole aux joues gonflées, autour de la sphère, des amours, des amours, des amours, dans toutes les suspensions, dans tous les renversements, dans toutes les dégringolades, montrant leurs petits culs nus et leurs dos ailés : des amours en train de tendre le filet d'une Montgolfière, sous laquelle d'autres amours entretenaient un