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I. Edmond de Concourt, La Maison d'un Artiste

ET LE GOUT EN FRANCE

feu de gerbes de paille. C'est le plus extraordinaire Clodion que j'aie rencontré, un ouvrage ou le sculpteur, prodigue de son talent, a, sans compter, laissé tomber de son ébauchoir tout un peuple d'enfants. La terre cuite était à 200 francs : Je la poussai, avec les émotions d'un homme qui ne sait pas comment il payera, à 500 francs.

« Il y eut une timide enchère, et j'eus la perception qu'à 520 francs la terre cuite était à moi ; mais que voulez-vous ? l'acheteur d'objet d'art à 50 francs prit peur et se détourna du clignement d'œil de Jean. Cette terre cuite, je la retrouvai à l'Exposition de 1867 : elle appartenait à M. Beurdeley qui, disait-on, en demandait 25,000 francs. Au jour d'aujourd'hui, ce n'est pas cher ».

Un autre artiste de grand talent, Jean-Baptiste Nini, italien venu vers 1760 s'établir à Chaumont-sur-Loirc, près de Blois, s'est fait aussi une spécialité dans la sculpture en terre cuite. Attaché en qualité de graveur aux manufactures de verres et de poteries que M. Leray, intendant de l'Hôtel des Invalides, venait de faire construire sur ses domaines, il mourut le 3 mai 1786.

Comme on peut le voir par la réunion choisie qu'en possède un amateur distingué, M. Garicl, l'œuvre principale de Nini consiste en une collection de nombreux portraits-médaillons en terre cuite, dont l'exécution merveilleuse n'a jamais été égalée et place leur auteur au premier rang.

Nos artistes contemporains n'ont pas dédaigné la terre cuite. Citons, entre autres, un spécialiste, .M. Charles Le l)Ourg. Son charmant groupe de Joyeux devis, remarquable par la verve et la gaieté du sujet, est une cjcuvre pittoresque qui a désormais sa place marquée parmi les productions de l'art intime.

Maintenant, s'il faut conclure ce chapitre sur les marbres et les terres cuites et résumer l'enseignement qui s'en dégage, on devra reconnaître que la sculpture en marbre est plutôt faite, en général, pour orner les galeries d'apparat, les cabinets de luxe et les salons somptueux, où la blancheur mate du Carrare et du Paros se détache admirablement, le jour, sur le fond sombre des draperies et des tentures, la nuit, à la flamme des girandoles et aux vives clartés des lustres.

La sculpture en terre cuite, au contraire, beaucoup plus discrète, convient davantage au logis familier de l'habitation. Dans cette atmosphère plus calme, plus tranquille, l'art a moins d'éclat peutêtre, mais qu'il a de sérénité ! S'agit-il d'un buste, d'un groupe, d'un

L ART INTIME

bas-relief de petite dimension, ou de quelqu'une de ces jolies figurines tanagréennes que les amateurs se disputent aujourd'hui au poids de l'or, rien ne relève mieux le velours grenat des vitrines ou l'acajou des meubles anciens, garnis de bronzes dorés, qui sont la m^erveille de l'ébénisterie du dix-huitième siècle. Aussi répéteronsnous avec M. Philippe Burty : « La terre a moins de rigueur que le bronze, moins d'uniformité que le marbre. Son ton est plus tiède et sa surface, imperceptiblement rugueuse, n'a pas ces reflets lumineux, qui n'ont leur grand effet que sur les grandes surfaces. C'est éminemment un objet d'intimité».

Fig. 9. Joyeux Devis, par Le Bourg.

LES liRONZES I) ART ET [) AMEU lîLEMENT.

E bronze a toujours été le plus puissant auxiliaire de la statuaire et des arts qui s'y rattachent. Il ne faut donc pas s'étonner de la place importante qu'il occupe ^i'^S^^^^M^ dans le mobilier des ^cns de goût. Déjà, à l'époque lointaine où .Myron employait surtout le bronze d'ICj^nne pour ses statues, tandis que Polycléte préférait celui de Délos, et où les petites pièces signées de Hœthus ou de .Mys passaient pour des merveilles de ciselure ', les anciens avaient compris quelle magnificence donnent aux galeries, aux bibliothèques, aux intérieurs élégants, les bustes, les groupes, posés sur des piédestaux de granit ou de marbre, ainsi que les figurines placées sur les étagères, témoin cet amateur dont parle Sénéque, qui passait sa vie à prendre des petits bronzes de Corinthe sur les tablettes des marchands, à les remettre et à les changer de place sans pouvou" en acheter aucun. Il faut dire que les bronzes ciselés de Corinthe étaient tellement rares et recherchés que, de l'aveu de Pline, « leur valeur surpassait celle de l'argent et balançait le prix de l'or».

Ajoutons à cela que les anciens savaient donner dilTérentes couleurs

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