Auguste Bernard, Bulletin du Bibliophile
2. Marius Michel, La Reliure française, depuis l'invention de l'Imprimerie jusqu'à la fin du XVIIh siècle, 1880.
ET LE GOUT EN FRANCE
Jupiter pour faire relier à neuf le Livre du Destin. « Il est bien vrai, dit-il, qu'il m'a commandé que je lui fisse relier ce livre tout à neuf; mais je ne sais s'il me le demande en ais de bois ou en ais de papier. Il ne m'a point dit s'il le veut en veau ou couvert de velours. Je doute aussi s'il entend que je le fasse dorer et changer la façon des fers et des clous, pour le faire à la mode qui court... » Après ces questions, Mercure se pose encore celle-ci, qui n'est pas la moins importante : « Où est-ce qu'on relie le mieux ? à Athènes, en Germanie, à Venise ou à Rome Il me semble que c'est à Athènes ». Il avait raison, remarque Edouard Fournier, car Athènes c'était Paris, c'était la 1^'rancc, et c'est là, en effet, qu'on faisait les reliures les plus splendides.
La première grande amélioration qui fasse époque dans l'histoire de la reliure, fut l'emploi du maroquin. Les reliures en veau fauve et surtout en maroquin, avec dorure sur la tranche et dans tous les ornements se trouvaient alors, et cela depuis le xvi' siècle, les seules qui fussent vraiment recherchées par les amis des livres. La mode s'en était même répandue assez rapidement.
Quoi qu'il en soit, l'Italie donne alors le ton à l'Europe. Les reliures à la Salamandre de François I", conservées dans nos bibliothèques publiques, sont presque toutes dans le goût italien. Les Italiens furent donc nos initiateurs, mais on ne saurait méconnaître toutefois la grande part qu'ont eue, dans l'histoire de l'art et de la reliure en particulier, les artistes français de la Renaissance, notamment Nicolas Eve et son fils Clovis, célèbres libraires-relieurs de Henri III et de Henri IV.
Aucun règne n'a laissé autant de reliures importantes que celui de Henri II, C'est, disent MM. Marins Michel, l'époque des « doreurs sur cuir». Quatre doreurs au moins participèrent à l'ornementation des six cents volumes environ connus comme pour avoir fait partie des collections particulières de Henri II, de Diane de Poitiers et de Catherine de Médicis. Le plus grand nombre des volumes de Henri II et de Diane appartient, comme style, soit aux reliures à entrelacs et fers à filets, soit aux reliures à entrelacs et fers azurés '. .Mais le doreur anonyme auquel on doit les magnifiques reliures de Henri II, était un grand artiste dont les ouvrages ne sauraient trop être livrés à l'admiration des amateurs. Quelques-unes de ces reliures sont ornées de larges bandes d'entrelacs purs exécutés à filets, sans autre ad-
I. A l'imitation de Va^ur du blason, rcprcscnlc par des hachures horizontales.
l'art intime
jonction de fers que les emblèmes, croissants, carquois, chiffres, etc. Les entrelacs sont en général noirs, le fond fauve, les croissants blancs.
C'est sous les régnes de François P"' et de Henri II que fleurit Jean Grolier, le plus célèbre des amateurs de son temps. Les innovations qu'il fit faire à son retour d'Italie dans la décoration des livres eurent une grande influence sur la reliure française. « Grolier faisait ordinairement relier ses beaux volumes en excellent maroquin vert, noir ou citron, ou en veau fauve d'une qualité supérieure, très rarement en vélin ; sur les plats, sur le dos, parfois même sur la tranche, sont dessinés, en or et en couleurs, de délicieux ornements, des filets, des fers entrelacés avec le goût le plus parfait. Les moyens d'exécution n'étaient certes pas alors ce qu'il sont devenus depuis ; mais si les compartiments ne sont pas gravés avec une netteté suffisante, en revanche le goût en est toujours sobre et pur, l'invention charmante ; c'est le style italien de la plus belle époque, et nos artistes modernes sont heureux de se servir de ces types comme des plus excellents modèles » '.
Les moindres exemplaires sortis de la bibliothèque de Grolier valent deux et trois mille francs. C'est lui qui, loin de partager l'égoïsme des collectionneurs, mettait sur chacun des joyaux qu'il entassait sur ses rayons cette touchante devise . Jonhanis Grolierii et amicorum, c'est-à dire: A Grolier et à ses amis.
A ce sujet, nous signalerons aux amateurs quelques supercheries dont ils doivent se garder. En étudiant les reliures portant le nom de