I. Eug. Piot, Le Cabinet de l'Amateur
l'art INTLME. 4I
l'art intime
sur un fond de fleurs de lis. Sur ce volume, conservé à la Bibliothèque Nationale, les fers sont poussés en argent. Ce métal fut employé, soit seul, soit avec l'or, sur beaucoup de livres du xvi° siècle.
La décoration froide des entrelacs réguliers, les funèbres emblèmes, pouvaient convenir au caractère étrangement superstitieux de Henri III, mais il fallait autre chose à sa jeune sœur, l'élégante et folle Marguerite. On créa donc pour elle un nouveau genre de reliures, dans les compartiments desquelles entraient des fleurons, des fleurettes, où la marguerite est naturellement répétée sous toutes les formes, et les tonds turent couverts de branches de feuillages. « Ce fut là une des plus heureuses inspirations des doreurs français. Ces reliures eurent un succès inouï; ce fut une mode, une fureur; les volumes que l'on attribue à Clovis Eve sont de cette école et l'on en fît, dans les vingt dernières années du xvi' siècle, dont les complications sont vraiment prodigieuses. Les plus anciennes de ces reliures dites aujourd'hui à la Fanfare, se distinguent tacitement à la présence, dans les compartiments, de fers azurés. Dans celles de la seconde manière, les plus belles, les entrelacs sont d'une grande richesse, les branchages aux feuilles petites sont plus importants, et les tortillons, ou spires, coupés de culots azurés. Les fers sont devenus de petits fleurons, les fleurs et marguerites tout à fait mignonnes, les détails innombrables. Les amateurs du temps raffolèrent de ce genre de dorure, et le plus célèbre de ces délicats, de Thou en compte une grande quantité dans sa bibliothèque »
Jacques-Auguste de Thou, grand historien et ami de Grolier dont il a fait l'éloge, possédait un nombre considérable de livres, lesquels étaient tous richement reliés. Nous savons par une lettre d'un amateur de ce temps-ci, M. le baron Jérôme Pichon, adressée à M. Paulin Paris ^, combien de sortes de parures Auguste de Thou avait adoptées pour ses livres: maroquin rouge, maroquin vert, maroquin citron, — celui-ci surtout pour les livres traitant des sciences exactes ; — veau fauve avec filets d'or, reliure modeste et solide ; vélin blanc à la façon des elzeviers, avec cette différence que de Thou non seulement marquait de ses armes, mais aussi, ce qu'on ne faisait pas chez les imprimeurs de Leyde, historiait de filets d'or, malgré la différence de ce travail sur le vélin, et même dorait sur tranche ses livres ainsi