Edmond et Jules de Concourt, L'Art du XYIII" siècle
Fig. 33.
Dessin de M. L. Lcloir, d'après une de ses aquarelles.
ET LE GOUT E\ FRANCE
riaient l'une à l'autre, et peu s'en faut que l'on n'entende encore les paroles et le charmant cluo de la fleur et du sourire » '.
Qu'on écrase la guède ou le crayon sur le carton grenu des Latour ou des Rosalba, c'est là un heureux divertissement d'artiste ou d'homme du monde qui entretient la main légère et l'esprit dispos. Mais, en somftie, quel que soit le mode d'expression qu'il afTectc, l'art est partout le même, toujours un et divin. C'est pourquoi tant d'amateurs se plaisent aujourd'hui à laver sur du papier Wahtman. Y a-t-il en effet rien de plus charmant qu'une charmante aquarelle ?
Vous qui, dans un boudoir, renoncez au monde pour la vie, aimables anachorètes d'une soirée, jetez les yeux sur ces gracieux paysages de Cicéri, de Yon ou dcThornley, d'un caractère SI inlimc!... Le soleil brille, le ciel s'azure , les arbres verdissent , les formes se dessinent, les premiers plans s'accentuent, les horizons fuient , les groupes se nouent...
L'aquarelle, dit un critique d'art, a des règles propres et vit sur des ressources particulières. Ses procédés de facture sont dilTérents de la peinture à l'huile, et l'on peut être dans celle-ci un praticien excellent sans exceller dans celle-là. La sûreté de main en est la vertu première, attendu qu'un ton une fois posé, un contour une fois établi, l'aquarelliste ne peut plus y revenir sans compromettre la qualité de son travail, sans en altérer la fraîcheur. C'est pourquoi nos meilleurs ouvriers de la peinture à l'eau sont les meilleurs dessinateurs d'entre nos peintres : les Meissonnier, les Détaille, les Leloir, les Ilarpignies, ont lavé des pièces admirables, obtenues du premier coup, et d(jnt