LA CÉRAMIQUE : FAÏENCE, PORCELAINE, BISCUIT
^pT^^^^ N considérant l'usage journalier de la céramique, et son ^ '' Q iipplication pittoresque à la décoration intérieure, on
I^'^JllJ/.* \ conçoit le rang distingué qu'elle a conquis dans l'ameu- '^^^'«^èu^!/ blement de notre société polie et raffinée. De tous les travaux de l'homme, il n'en est point, avant la céramique, qui aient envahi le domaine des beaux-arts. Aussi tous les potiers célèbres, dont la tradition a perpétué le souvenir, se présentent-ils à nous le front éclairé d'une auréole !
L'histoire de la céramique et de ses développements successifs constitue donc une des études les plus attrayantes pour ceux qui s'Intéressent aux œuvres des temps passés. Il est, en efTet, peu d'industries dans lesquelles l'art, le goût et la fantaisie occupent une place aussi importante. Les publications qui s'y rattachent n'ont pas été sans Influence sur la vogue qu'ont prise de nos jours les faïences anciennes, et les prix qu'elles atteignent dans les ventes publiques témoignent de l'avidité avec laquelle elle sont recherchées par les collectionneurs.
La céramique remonte aux premiers âges de l'humanité. Les nations primitives ont façonné avec le limon des fleuves les vases
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l'art intime
nécessaires aux besoins domestiques. Dans cet ordre de produits, l'Egypte et la Chaldée ont poussé l'art de la forme à un très haut degré de perfection.
De l'Orient et de l'Asie Mineure la céramique passa en Grèce, où sa splendeur a précédé celle de la sculpture. Ce sont des ouvrages de ces contrées que les Grecs imitèrent d'abord ; mais comme ils rapportaient tout à leur civilisation, Céramus, fils de Bacchus et d'Ariadne, devint chez eux le prototype et le protecteur du potier, et c'est ainsi, suivant Pausanias, que son nom aurait été imposé au Céramique, quartier d'Athènes occupé par les fabricants de vases. Il nous reste de cette époque des vases de terre cuite de toute beauté sous le rapport de l'ornementation et de la plastique. Mais quelle était la destination des vases grecs ? 11 est à peu près hors de doute aujourd'hui qu'un certain nombre d'entre eux ont dû servir aux usages de la vie privée.
Néanmoins il est très peu de ces vases, parmi ceux qui sont venus jusqu'à nous, auxquels on puisse attribuer une destination domestique ; la plupart, au contraire, surtout ceux de grande dimension, étaient des objets purement décoratifs, témoin les innombrables vases trouvés dans les fouilles, chefs-d'œuvre céramiques du plus haut prix restés enfouis pendant des siècles pour venir enfin nous révéler toute la splendeur de l'art antique.
Malheureusement ni l'Egypte, ni la Grèce, ni l'Italie qui s'empara bientôt de ce genre de fabrication et le perfectionna, ne possédaient le secret de ces magnifiques émaux ou glaçures qui, plus tard, devaient jeter un si vif éclat sur l'industrie céramique.
Depuis l'invasion des Barbares, l'art céramique dégénéra peu à peu en Italie et chez les peuples que les Romains avaient conquis; bientôt ces produits charmants, aux formes élégantes et aux inaltérables couleurs, ne furent plus que des monuments du passé. L'art était à refaire, mais il se réveilla avec l'époque chrétienne, époque d'aspiration et d'intelligente initiative, qui entreprit les croisades et sut arracher à l'Orient le secret de la poésie et de l'art !
Dès lors, sur cette belle terre d'Italie, l'artiste n'eut qu'à creuser sous ses pieds pour retrouver l'œuvre de ses pères souvent mutilée, il est vrai, mais encore si belle dans ses fragments épars, qu'il admira, s'émut, comprit, et peu à peu il identifia les tendances de son inspiration à celle du génie de l'antiquité.
Une différence notable distingue cette deuxième période de l'art
ET LE GOUT EN FRANCE
céramique de celle qui périt sous le cataclysme de la barbarie. Les Grecs et les Romains avaient dit le dernier mot du dessin et de la forme. Le Moyen Age n'avait pas à espérer de pousser plus loin dans cette voie ; mais la peinture venait de composer une palette nouvelle ; elle avait trouvé l'usage de la gamme complète des couleurs. La céramique profita de ce progrès ; les anciens n'avaient décoré leurs terres cuites que de deux ou trois tons toujours les mêmes, le noir, le roux et le brun ; elle appliqua toutes les nuances à ses poteries ; ne trouvant pas les anciens procédés, elle en découvrit de plus précieux et de plus variés ; pour fixer les couleurs sur l'argile, elle eut recours à leur vitrification, par la cuisson à une haute température, et c'est de là que date la première poterie émaillée, ou pour mieux dire la première faïence.
Il nous faut maintenant suivre avec les conquêtes de l'Islam, les différentes branches de l'art arabe dans leur importation sur le sol européen, et notamment dans la péninsule ibérique, où elles ont laissé d'ineffaçables souvenirs. Nous voulons parler des célèbres poteries hispano-moresques, lesquelles se caractérisent surtout par l'élégance des formes et par le charme des tons lustrés métalliques dont elles sont couvertes, ce qui leur a valu par excellence le nom à œuvres dorées. Selon le baron Davillier', ces poteries se subdivisent en groupes délimités par le style et la facture. Celles de Malaga, le centre le plus ancien et le plus important de la fabrique moresque, se rapprochent du fameux vase de l'Alhambra. Ce dernier est à fond blanc, sur lequel se détachent des ornements en bleu de deux teintes, ou de ces lustres d'or ou de cuivre dont l'analogie avec ceux de trois grands bassins crèux du Musée de Cluny, couverts également de dessins à reflets métalliques et d'émaux bleus, est tout à fait frappante.
Après la fabrique de Malaga se place immédiatement celle de Valence. La faveur acquise par cette seconde usine s'explique par l'ardeur métallique de ses reflets; leur aspect brillant devait avoir plus d'action sur des peuples peu cultivés que les dessins assez sombres des faïences de Malaga, où le bleu absorbe en partie l'effet des rehauts cuivreux, souvent assez restreints dans leur masse. Le caractère de la dégénérescence des produits hispano-moresques est précisément l'augmentation d'intensité de tons, passant du jaune doré associé au bleu, au rouge cuivreux de plus en plus vif.