‹ Grammaire de la curiositeChapitre 60 sur 133 · I. Marryat, Histoire des Poteries, t'aienccs et Porcelaines · texte numérisé non relu

I. Marryat, Histoire des Poteries, t'aienccs et Porcelaines

l'art LNTLML. 22

l'art intime

La France est riche en faïences de Palissy. Il y en a des collections importantes à l'Hôtel de Cluny, au musée de Sèvres et surtout au Louvre, dans la collection Sauvageot, où se trouve peut-être la série la plus complète de ces admirables productions. Grâce à des hasards heureux, à des échanges, à des recherches habilement dirigées, Charles Sauvageot était parvenu à réunir quatre-vingt dix-sept pièces de Palissy, estimées cent trente-huit mille cent dix francs, et qui avaient coûté en tout moins de mille francs à l'intelligent collectionneur. Ce n'était pas sans une certaine amertume que Sauvageot s'exprimait à propos de la valeur excessive que ces objets ont acquise de nos jours. « Pendant de longues années, disait-il à un de ses amis, j'ai conçu le projet de former un œuvre complet de cet habile artisan ; je voulais posséder un exemplaire de chacune des pièces modelées par ses mains. J'ai dû renoncer à ce projet longtemps caressé. — Et pourquoi ! lui demandai-je. — Parce que je n'ai pas et que je n'aurai jamais les sommes dont il faudrait disposer maintenant pour mener à bonne fin une pareille entreprise. Autrefois, quand je consacrais à une belle pièce de Palissy cinq à six francs, je croyais en avoir donné un prix convenable. Depuis, j'ai augmenté un peu ; mais aujourd'hui qu'un seul plat avec figures se vend de quatre à cinq mille francs, c'est aux souverains, ou bien aux rois de la finance, qu'il faut laisser ces objets ». C'est à propos de ces fameux plats de Bernard Palissy que la naïve servante du collectionneur disait : « Monsieur est vraiment drôle ; il achète sans cesse de la vaisselle, et il ne mange jamais chez lui »

Les continuateurs de Palissy sont, de nos jours, MM. Pul, Avisseau, de Tours, Barbizet et Ulysse.

Comme nous l'avons expliqué tout à l'heure, le courant magnétique de la Renaissance avait pénétré presque partout en France et y produisait des merveilles. Or, avant que Palissy songeât à créer ses rustiques figulines, une mystérieuse et unique fabrique s'était élevée dans le bourg d'Oiron, commune de Thouars (Deux-Sèvres), petite localité naguère inconnue et aujourd'hui célèbre. Cette fabrique produisit des faïences fines dont la pâte dure et sonore mérite d'être classée au premier rang. En effet , cette fabrication diffère entièrement par ses formes et ses ornementations des autres poteries ; elle fut portée tout à coup à la plus haute perfection, et disparut sou-

I, Le Roux de Lincy, Notice du Catalogue des livres manuscrits et imprimés de Ch. Sauvageot .

ET LE GOUT EN FRANCE

dainement, d'une manière étrange, sans qu'aucune notion restât, soit sur les fabricants, soit sur l'endroit où elle fut fabriquée.

C'est à une découverte de Benjamin Fillon ', que l'on doit de connaître son origine réelle. Grâce aux investigations de ce savant collectionneur, on sait aujourd'hui que les poteries de luxe nommées à tort faïences de Henri II, ont été fabriquées à Oiron par le potier François Charpentier et Jean Bernard, sous la direction et le patronage d'Hélène de Ilangest-Genlis, femme distinguée, à laquelle on doit la création de ces magnifiques produits. La salamandre et d'autres emblèmes de François I'', qui se trouvent sur les échantillons les plus anciens de cette faïence ; le blason de Henri II, sa devise (trois croissants) ou sa lettre initiale II entrelacée avec les deux D de la duchesse de Valentinois, plus connue sous le nom de Diane de Poitiers, qui se voient sur la majeure partie des pièces, lesquelles sont d'un dessin pur et d'un travail plus fini ; enfin les couleurs de deuil, noir et blanc, si à la mode à la cour de France, et que Henri II porta toute sa vie, amènent cà conclure que leur fabrication commença vers la fin du règne de l^Vançois I" et qu'elle se continua sous celui de Henri II: comme on ne trouve sur elles que les emblèmes de ces deux princes, on peut hardiment les regarder comme d'origine française.

Le style de la décoration des faïences d'Oiron est unique. A d'élégantes niellures s'adaptent sur la surface ivoirée des ornements en relief, en ronde bosse, des mascarons, des blasons, des lézards, des grenouilles, des coquilles et des guirlandes. Une couleur rose y domine. Les formes de ces pièces sont toujours dans le style le plus pur de la Renaissance ; elles sont si finement moulées et si soigneusement travaillées, qu'on peut les comparer aux ouvrages ciselés et damasquinés des plus célèbres orfèvres du xvi' siècle. Elles sont ordinairement petites et légères, destinées généralement à l'ornementation des pièces de parade, telles que coupes, aiguières et biberons, flambeaux, etc.

Ne quittons pas le xvi' siècle sans dire un mot du grès cérame. Le grès cérame, auquel Alex. Brongnart a ajouté l'épithète de cérame afin de distinguer cette poterie de la roche quartzeuse qui porte également le nom de grès, est divisé en grès commun cl grès fin, tous les deux sont quelquefois très décorés de sujets en relief et coloriés en bleu. La première espèce est la plus grossière. Dès le xvi' siècle, elle était importée de Cologne, sous forme de vases et de pots

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