‹ Grammaire de la curiositeChapitre 59 sur 133 · I. ART INTIME · texte numérisé non relu

I. ART INTIME

Planche. XIV

ET LE GOUT EN FRANCE

Un poète contemporain, Jean Vauquelin de la Fresnaye, dans son imitation d'une épigramme grecque sur la Vache de Myron, dit, à propi.0 d'un bassin de Bernard Palissy :

Voici d'une main phydienne En la poterie ancienne Des poissons au vray imitez.

Que si de l'eau vous apportez, Aussitôt qu'ils la sentiront, Dans le bassin ils nageront.

Les poteries d' Bernard l^alissy jouissent, en effet, d'une faveur considérable sans ^u'il y ait là rien de faux ni d'exagéré. Ces faïences émaillées, désignées nar leur auteur sous le nom àc rustiques figulines, n'ont pas seulemcn*^ ur elles la consécration du temps, elles possèdent une valeur réelk et des qualités de tout genre qu'il a été bien difficile d'atteindre, mèn • dans nos fabrications perfectionnées. Sous tous les rapports, elles soi.t très remarquables, et la composition des pâtes doit fixer l'attention a itant que la nature des émaux, leurs dispositions et la forme artistiqu : des pièces qu'ils recouvrent.

La faïence de Palissy est car. ctérisce par un style original et beaucoup de qualités particulières : lie n'est pas décorée de peintures plates; ses figures sont généralen.ent correctes de formes, les ornements et les sujets historiques, mythologiques et allégoriques qu'il affectionnait sont exécutés en relief rehaussé par un mélange de teintes chaudes, brunes, blanches, bleues, jetées en taches grassement parfondues et indéfinies dans leur forme. 11 n'atteint jamais à la pureté de l'émail blanc du Lucca délia Robbia. Le revers de ses pièces n'est jamais d'une couleur unie ; il est bigarré de deux ou trois nuances telles que le bleu, le jaune et le brun, ou, comme il le dit lui-même, de « divers esmaux cntrcmeslcz en manière de jaspe ».

Les objets naturels placés sur cette faïence sont très exacts de torme et de couleur ; car, hormis quelques feuilles, ils étaient tous moulés d'après nature, c'est-à-dire sur les objets eux-mêmes. Le choix qu'il en fait indique que ce potier était un savant naturaliste. Les poissons sont ceux de la Seine, les reptiles et les plantes (ce sont ordinairement le cresson, la langue de cerf, de petites fougères, des glands et des feuilles de chêne), sont empruntés au bassin de Paris. On n'y rencontre aucune production naturelle étrangère. Les moules étaient probablement formés sur des objets vivants '.

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