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LA CÉRAMIQUE
Faïence (N' i à 291) et Porcelaine (N' 292 à 443) (Marques et Monogrammes).
ET LE GOUT EN FRANCE
Temps modernes. On pu apprécier, par ce qui précède, 'les efforts du Moyen Age et les entreprises glorieuses de la Renaissance. Il restait aux temps modernes à compléter l'œuvre des siècles. Nous allons étudier les causes de cette transformation, en suivant l'ordre des événements.
Faïences Françaises. Nevers. On regarde généralement Ncvers comme le plus ancien atelier français où se soit fabriquée la faïence émaillée.
On commença par y faire de simples copies de majolique italienne, dues à des artistes italiens attirés par Louis de Gonzague, dans le duché de Nevers '.
Mais, fait remarquer Albert Jacquemart, les potiers nivernais ne tardèrent pas à s'affranchir de l'influence étrangère , et ils créèrent deux types bien tranchés : « le premier, emprunté aux émailleurs, se manifeste par des sujets mythologiques, héroïques ou familiers, entourés de grosses fleurs, compositions où les tulipes, les œillets et les anémones rappellent les riches et surabondants bouquets de l'é-
maillerie et des étoffes contemporaines. Là, le bleu foncé et le manganèse dominent, et le jaune orangé, lorsqu'il s'étend en fonds partiels devient une teinte merveilleuse. Nevers paraît avoir affectionné le type oriental, surtout le genre chinois et persan. Dans ce cas, les fleurs à feuilles pointues, contournées, les rinceaux, les oiseaux et les insectes sont plus fréquents que les combinaisons ornementales ». Mais ce ne sont là, à tout prendre, que des imita-
I. Du IJi'oc de Scgangc, La i'aïcnce, les faïenciers cl les émailleurs Je Xevers.
Fig. 87. Coupe cil faience française, dite de Henri II.
lions italiennes et orientales, plus ou moins bien réussies. Le vrai caractère de la faïence de Nevers, appelé franco-nivernais, a été mis en relief par M. Champfleury: ' c'est essentiellement une faïence bourgeoise et populaire, et c'est dans ses devises qu'elle triomphe. Nous en donnerons pour preuve cette fontaine du xvm' siècle, sur laquelle se tient un Bacchus vêtu à la mode de Louis XVI ; sur le tonneau, on lit le quatrain suivant, daté de 1788 :
Ce sac à vin de rouge trogne Qu'on voit assis sur ce tonneau, S'indigne comme un franc ivrogne, Qu'on le prenne pour pot à l'eau.
Victor Hugo, dans un de ses voyages, ayant lu ce quatrain sur le monument même, le réduisit à un distique :
Je suis fort triste, quoiqu'assis sur un tonneau, D'être de sac à vin devenu pot à l'eau.
Le musée de Sèvres est très riche en faïences de Nevers.
Rouen. Bien lontemps avant Nevers, Rouen avait appliqué l'émail à la terre cuite. Mais, pour ce qui concerne la faïence, c'est seulement sous le règne de François et de Henri II que l'usine rouennaise se rendit célèbre par les magnifiques pavages du château d'Ecouen. Pendant les cinquante premières années, la fabrication, indécise dans ses moyens, emprunta ses types à Nevers et à la Hollande, mais, à partir du xvu" siècle, la vieille cité rouennaise préféra puiser ses inspirations aux sources nationales. En effet, à cette époque où les industries de grand luxe s'inspiraient mutuellement et savaient s'assimiler les genres d'ornementation les plus divers, les artistes se plaisaient à reproduire exactement sur leurs vases, les motifs si fréquemment appliqués, sous le règne Louis XIII, sur les médaillons, les montres et autres bijoux émaillés sur métal, et plus encore sur les étoffes dites perses. On en a des exemples dans quelques pièces exceptionnelles du Musée de Rouen, où, autour de paysages émaillés, courent, sur fond blanc, des guirlandes de grosses fleurs, un peu crues de tons, et des bouquets accompagnés de traits contournés en vrilles. Plus tard, quand la poterie officielle de la fabrique de Saint- Sever se lancera dans la poterie courante, on verra les drageoirs dits à la centauresse reproduire les mêmes fleurs, les mêmes vrilles, en un mot se conformer à un goût qui, loin de venir du Nivernais, devait s'y implanter à son tour par une influence identique. Mais la vue
I. La faïence parlante du centre et du midi de la France, Galette des Beaux-Arts, 1864.
ET LE GOUT EN FRANCE
des porcelaines orientales modifia bientôt ces tendances et suggéra aux peintres rouennais le vrai type qui devait faire leur gloire et celle de la faïence française tout entière ; c'est le décor à lambrequins et dentelles, dont la buirc en casque de la riche collection de M. Alphonse Maze-Sencier, offre un des plus beaux spécimens. Dans ce décor, exécuté en camaïeu bleu et en bleu et rouge de fer, on reconnaît l'influence orientale mêlée aux délicates combinaisons inventées par Bérain, Boullc et les autres ornemanistes français ; mais, comme le fait remarquer Albert Jacquemart, l'historien céramiste par excellence, l'emprunt est tellement déguisé, il y a une originalité si puissante dans les bordures arabesques entourant les plats d'une large guipure, les rosaces centrales riches sans surcharge, et parfois dans les colonnes rayonnantes reliant le motif du milieu à la circonférence, qu'on se demande s'il n'y a pas une ingénieuse invention. Il faut que les contemporains en aient jugé ainsi, puisque la faïence rouennaise a été l'objet d'une imitation universelle : la Belgique, la Hollande, l'Italie même ont multiplié les variétés d'un genre que Lille, Paris, Saint-Cloud, Marseille, etc., exécutaient couramment pour répondre au goût des consommateurs '.
Les compositions à dentelles furent remplacées un moment par des corbeilles de fleurs supportées par des rinceaux à guirlandes et formant motif central ou posées dans les créneaux des lambrequins ; ce genre riche et gracieux, dû à l'influence directe des publications littéraires du temps, est un emprunt évident aux culs-de-lampe des splendides éditions de Cramoisy et des autres éditions du xvii° siècle.
Ce qui prouve surabondamment la persistance de l'école rouennaise dans la volonté de rester française, dit encore Albert Jacquemart, c'est que, dans ses commencements, elle a su imiter la porcelaine chinoise avec une fidélité et un talent au moins égaux à ce que l'on admire chez les faïenciers hollandais ; mais les peintres normands surent bientôt s'aflranchir de cette imitation trop servile en créant le genre à la corne. Là, les motifs sont plus larges que dans le type chinois lui-même ; une corne d'abondance d'où s'échapperont des tiges chargées de pivoines, de grenades ouvertes, d'œillets d'Inde, forme motif principal et s'entoure d'oiseaux, de papillons et d'insectes, et quelquefois même de capricieuses rocailles. Cette poterie, moins pure de fabrication et de goût que la vaisselle à lambrequins et den-