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MÉTIER MÉCANIQUE POUR SOIERIES FAÇONNÉES

par la recherche de combinaisons pour lesquelles l'imagination créatrice n'est arrêtée — et elle l'est souvent — que par les difficultés d'ordre pratique. Dans toute cette vaste famille d'étoffes, famille chaque jour grandissante, nous allons choisir, sans nous réclamer d'un ordre méthodique, les plus connues ou les plus remarquables, celles qui nous paraissent constituer de véritables genres par leurs caractères assez bien définis.

* M. Henry Bertrand, Lyon.

DAMAS. BROCATELLE ET LAMPAS

DAMAS. BROCATELLE ET LAMPAS

Le Damas est sans doute la plus connue des différentes sortes de soieries à dessins. Cependant si ce nom damas éveille ordi- SH^ M^^^t nairement et de prime abord l'idée de l'étoffe solide, résistante, de nuance uniforme et fort souvent d'un beau rouge cramoisi, au décor contrasté d'effets mats et brillants, sans endroit ni envers, il ne faut pas oublier que le terme est plus étendu et ne s'applique pas seulement à cette étoffe dont on fit tant de rideaux et couvrit tant de sièges ; il y a damas et damas, présentant entre eux des différences appréciables :

damas pour ameublement, qui offre les caractéristiques ci-dessus rappelées, soit l'entente du damassé, si largement utilisée dans le linge de table et qui est un mélange de satin et de gros de Tours, formant tissu réversible, utilisable sur chaque face ;

damas d'une contexture assez analogue mais mieux adaptée aux usages de la robe, dans lequel les armures satin et gros grain, prises l'une ou l'autre pour fond du dessin, se rehaussent presque toujours d'effets de trames, dits flottés ou lisérés. C'est le damas décoré de fleurs ou d'ornements divers qui eut, en noir surtout, un succès si grand et si longtemps soutenu pour confectionner des toilettes très délaissées maintenant ; compris

"1^1®^ ils;

Damas d'ameublement a décor satin sur fond gros de tours ' (Modèle du XVII" siècle.)

Communicjué par MM. Tassinari et Chatel.

au goût du jour, on Temploie presque plus pour le dessous des toilettes et leur doublure, que pour le dessus. Avec plus de recherche et de complication dans le jeu des fils, on a fait aussi des damas dont les effets imitent ceux de la broderie et qui en portent le nom ;

damas non plus faits seulement de soies d'une teinte unique ou nuance pure, mais variés par la combinaison d'une chaine d'une couleur avec une trame d'une autre ou bien même de plusieurs trames pour augmenter les ressources de la coloration : damas lamés ou brochés d'or et d'argent, et bien d'autres damas encore.

Et cette multiplicité ne date pas d'hier ; elle existait déjà au Moyen Age lorsque les draps de Damas, ou plus simplement les damas, étaient apportés de la ville de Syrie, où leur fabrication fut particulièrement florissante et dont ils devaient conserver le nom, qui était appliqué du reste, en même temps, à des objets très divers, céramiques, armes, etc., de la même provenance.

A cette époque, où ces tissus furent extrêmement recherchés et d'après un auteur érudit ' : <' Grande était la variété de ces précieux tissus que l'on trouve à chaque pas dans les anciens comptes. Les moins communs paraissent avoir été les damas blancs, qu'un poète du xvr" siècle considère comme destinés à la Royauté, et les plus usités, les damas noirs. Quelquefois le dessin était à petit ouvrage, comme les trois pièces qu'en 141 6 Philippe le Bon commanda de livrer à Philippe Jossequin, garde de ses joyaux, et qui valaient vingt -cinq écus d'or pièce. Il y avait encore des damas vermeils, verts, bleus, violets, cramoisis, des jaunes, des rouges, des gris, des damas fleur de pêcher et sans doute de bien d'autres nuances. On en vendait aussi de deux couleurs comme bleu et blanc, vert et violet, mais les plus chers étaient ceux brochés d'or et d'argent. Certains étaient noirs, brochés avec des feuilles d'argent et figurés de soie verte ; d'autres, décorés de losanges et d'oiseaux avec le champ rouge ; d'autres enfin, de losanges et à lettres. »

Comme on le voit, ce n'était pas rassortiment, ainsi qu'on le dit aujourd'hui, qui faisait défaut à cette collection de damas de toutes sortes, employés principalement alors à la confection de vêtements, tant pour les hommes que pour les femmes ; on englobait donc déjà sous une désignation unique des tissus assez différents les uns des autres et point toujours strictement damassés ; de plus, ils ne provenaient pas uniquement de Damas mais de tout l'Orient. 'So'ïtI'î

La Chine avait fabriqué ces genres d'étoffes de soie depuis les temps les plus reculés, les Indes également ; Constantinople et l'Espagne en produisirent en bon nombre et, dès le xV siècle, les ateliers italiens de Florence, de Gènes, de Venise, surtout de Lucques, en fabriquèrent et en exportèrent en quantité ; bientôt les damas de Lyon allaient obtenir à leur tour une fort grande renommée et la partager un temps avec ceux fabriqués à Tours.

Mais, comme on l'a dit, le <' siècle d'or » du Damas — du Damas, étoffe d'ameublement — fut en France le xvil° siècle ; à cette époque fastueuse, cette belle et bonne étoffe façonnée de dessins de fleurs, de rinceaux, etc., fut l'ornement des demeures royales comme de celles des ministres et des

F. Michel, Recherclics sur les Etoffes Je Soif, II, 215.

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grands personnages, et parut même jusque chez les simples conseillers au Parlement. Louis XIV — on le voit dans les comptes du Garde Meuble Royal — fit constamment donner d'importantes commandes à ses fournisseurs attitrés de Lyon, de Tours, et même de Paris, de damas, qui étaient pour la plupart de ce rouge cramoisi qui est demeuré comme la teinte traditionnelle et officielle pour ce tissu.

Par contre, le damas jaune fut le plus en honneur sous Louis XV et emplo3'é également par quantité vers la fin du xvili" siècle, moment où l'on rechercha encore les damas à deux et trois couleurs présentant le plus souvent des bandes et des dessins d'ordonnance droite.

Pendant le Premier Empire enfin les damas devaient jouer de même un rôle important dans l'ameublement. Les documents récemment retrouvés au Mobilier National et publiés par M. Dumonthier' ont montré, de façon tout à fait intéressante, quelles quantités relativement considérables de ces étoffes furent exécutées à Lyon parmi les différentes commandes de soieries ordonnées par l'empereur Napoléon I", à destination de ses Palais. Dans le nombre de ces soieries plus ou moins belles et ornées, et pour justifier le programme de la « magnificence alliée à la plus stricte économie », il se trouve même des damas qu'on appela économiques ; pour un coût assez raisonnable alors, ils servirent à décorer les appartements secondaires des impériales résidences, tout en leur donnant cette apparence de richesse qu'il fallait pour assurer l'accord de ces dépendances avec tout le reste.

Le succès du damas de soie devait amener des imitations faites avec des matières textiles moins coûteuses et tout au moins des mélanges. Fort anciennement déjà, et à l'exemple des satins, il y eut des damas caffarts ou capJiarts, dans lesquels la chaîne était de soie et la trame du fil, de fleuret, de laine, de coton.

Plus tard, Abbeville et Caux fabriquèrent des damas d'ameublement fil et coton. En Hollande, on imita les beaux damas de soie avec d'autres faits de la même matière mais beaucoup plus légers. Enfin, on s'avisa de faire complètement avec de la laine ce genre de tissu aussi bien qu'en mêlant la laine à la soie et la laine au coton. Cette sorte de soie secondaire, faite de déchets, la schappe, que nous avons citée à maintes reprises, a été également fort employée dans le même but. Il est à remarquer enfin que le genre damas, de soie pure ou de soie mélangée, se réussit très bien aujourd'hui en teint en pièces, avec toutes les nombreuses commodités pratiques apportées par cette manière de procéder : tissage en écru d'abord, teinture et apprêt du tissu ensuite.

La Brocatelle est encore un damas, une sorte de damas dans laquelle le dessin est formé par du satin qui s'enlève assez en relief sur un fond fait d'une trame liée d'après une armure régulière et, le plus souvent, par du sergé. Cette trame, qui peut être de la même nuance que le satin ou d'une teinte opposée, est supplémentaire à la trame qui sert à former le corps, le fond du tissu, qui est généralement, celle-ci, de fil ou de coton; on appelle [ancc ce coup de trame supplémentaire; pour l'ajouter, en effet, l'incorporer au tissu.

' E, Dumonthier, Etoffes d' a menblemeiit d'époque napoléonienne, Paris, 1909.

l'ouvrier se servait autrefois d"une navette exclusivement maniée, lancée à la main, et, dans certains cas, ceci nécessitait le concours d'un aide ou apprenti appelé lanceur.

Il est bon de dire, à cette occasion, que le lancé est, somme toute, une sorte de cas particulier du tissage lorsqu'il comporte plusieurs trames, qu'elles soient, ces trames, ajoutées supplémentairement à celle du fond ou

bien combinées avec celleci selon des artifices et des règles trop compliquées pour que nous tentions de les décrire. Tout ceci afin de constituer les étoffes dites à plusieurs lats, l'expression lat, qui revient à chaque instant dans l'étude technique des soieries à décor, voulant dire trame, comme on le voit ; c'est ainsi qu'il y a des soieries façonnées à deux lats, à trois lats, à lats suivis, à lats interrompus, etc.

Pour en revenir à la brocatelle, qui est employée de nos jours dans l'ameublement sous la forme décrite plus haut, il paraît certain que ce nom ou plutôt les formes archa'iques : brocardel, brocadel ou hrocatille, correspondaient autrefois à des étoffes assez différentes de la brocatelle actuelle, assez diverses et, pour certaines, faites à l'imitation du brocart. Le fil de lin, la laine, le coton entraient dans leur composition avec la soie.

Parmi les brocatelles de soie à ramages qui s'importaient en France d'Italie, celles de Venise étaient les plus estimées; après l'inventaire des Meubles de la Couronne et celui du Cardinal de Mazarin, la brocatelle de Venise figure dans celui de 31olière (lôyS), celui du savant Costar, du maréchal d'Humières (1684) et chez l'abbé d'Effiat.

On voit aussi que le nom de brocatelle, en même temps que ceux de ligature et de mè:ieline, désigna des étofl^es assez communes et de peu de valeur, ornées de carreaux ou de dessins à fleurs, que l'on fabriqua en Nor-

Brocatelle '.

' Communiqué par MM. Tassinari et Chatel".

DAMAS. BROCATELLE ET LAMPAS

mandie et en Flandre et qui servaient à des tours de lits de campagne, à des tapisseries, tentures, etc.

D'après les mêmes principes de fabrication que ceux usités pour les

Lampas '. (Modèle du xviii' siècle.)

brocatelles d'ameublement, on a fait, à leur imitation, des brocatelles plus légères destinées à la robe, tout soie, et d'autres mélangées de laine, pour des gilets par exemple.

Comment définir de façon bien précise le Lampas? Ce nom, sans origine

Communiqué par MM. Tassinari et Chatel.

bien précisée, a été appliqué, sans doute, à des tissus présentant plus ou moins de ressemblance entre eux; cependant, il est frère ou tout au moins cousin germain du damas, ce lampas d'ameublement qui se répandit en France vers la fin du xvilf' siècle pour couvrir des sièges, faire des rideaux, des tentures ; on l'illustra de dessins aux rinceaux légers, élégamment fleuris et combinés avec des figures, des attributs, des ornements, et le château de Versailles lui-même reçut des ameublements couverts de lampas bleu et blanc, comme ceux du plus charmant effet, dont beaucoup ont été conservés jusqu'à nous et sont encore reproduits tout pareils pour des emplois actuels.

Sous cette forme classique, le lampas est une soierie fond satin, sur lequel le dessin se détache, figuré par le jeu des trames de couleurs opposées qui en tracent les contours par des flottés, des lisérés; en plus, du taffetas que l'on peut obtenir pur, c'est-à-dire d'une seule nuance, opposée également à celle du fond, permet de varier les effets et, par suite, le décor général.

Sur des bases analogues, avec des recherches d'exécution plus poussées, on a fabriqué des lampas comportant certainement une ornementation plus riche et l'on a réalisé, à des époques récentes, de magnifiques étoffes auxquelles on a donné ce nom, soit pour en faire des robes de prix, soit pour en orner des intérieurs luxueux. Comment, d'ailleurs, pourrait-on affirmer que ces étoffes, dans leur beauté et leur difficulté d'exécution, aient bien tout le caractère de l'inédit et dépassent de beaucoup celles que l'on fit autrefois? Un exemple très curieux de ces rénovations, si fréquentes en cet ordre de choses, est là pour rendre plus prudent.

Lorsque, en 1817, M. Bancel, de Saint-Chamond, en 1820, M. Beauvais, de Lyon, en 1835, i\LM. Grangier frères, de Saint-Chamond, eurent pris, de la meilleure foi du monde, des brevets pour la fabrication de diverses étoffes, on s'aperçut, un peu plus tard, qu'il y avait toutefois des antériorités respectables et plus qu'incontestables, puisqu'elles remontaient au début du Mo3^en Age! En effet, des échantillons d'étoffes tout à fait similaires existaient entre les feuillets d'un très intéressant manuscrit paléographique connu sous le nom de Manuscrit de Théodulphe, précieusement conservé dans le trésor de la cathédrale du Pu3^ Théodulphe ou son relieur les y avait fixés soigneusement pour préserver les lettres ornées d'or et d'argent de cette sorte de bible manuscrite, enrichie de poésies et de dissertations sur les Ecritures Saintes, offerte vers les dernières années du règne de Charlemagne, en accomplissement d'un vœu, à Notre-Dame du Puy-en-Velay. Ces tissus avaient été choisis, sans doute, parmi les plus beaux de l'époque à laquelle vivait l'auteur du manuscrit; à leur attribuer, comme on a été en droit de le supposer après examen attentif, une origine orientale, pour les uns chinoise, pour les autres gréco-syrienne ou arabe, on voit quelles pouvaient être l'habileté et les connaissances des artisans ingénieux qui furent les précurseurs des nôtres de plusieurs siècles. Et, d'autre part, on connaît un autre manuscrit moins ancien que le précédent, qui appartient aux religieux de la Grande- Chartreuse et dont la couverture était composée de plateaux d'ivoire réunis par un dos formé d'un <■< Lampas des Indes » argent et soie, tissu de travail tout à fait remarquable. Force est donc de conclure, après d'autres indications concordantes, à l'origine exotique et lointaine du lampas ; il en est pour les choses de la soie comme pour tout le reste : rien de nouveau sous le soleil !

SOIERIES BROCHEES

SOIERIES BROCHEES

Sans aller plus loin, il importe de dire quelques mots des soieries qui sont brochées, en précisant leur mode de fabrication. Une tendance très

Schéma de la fabrication d'une soierie brochée (d'après VEncj'clopédie.)

répandue fait considérer un peu toutes les différentes soieries à dessins comme des étoffes brochées, à tel point que la dénomination est devenue courante, mais il y a là cependant une erreur sensible ; le broché est un procédé de tissage bien défini et qui n'est pas d'un emploi aussi général qu'on pourrait le croire, s'il fut d'ailleurs connu, d'après maintes affirmations, de toute antiquité.

Dans le lancé, comme nous l'avons vu, on peut, par la manœuvre de navettes supplémentaires, faire passer une ou plusieurs trames en accompagnement ou en surnombre de la trame de fond pour contribuer à la décoration du tissu ; ces trames, bien entendu, passent d'une lisière jusqu'à l'autre, ou tout au travers, en langage de tisseur. Or, brocher c'est aussi ajouter au tissu une ou plusieurs trames supplémentaires, mais ceci seulement

à des places voulues et choisies de l'étofte, un peu comme l'on exécute un ouvrage de broderie avec l'aiguille.

Soierie brochée, décor dit « au Faisan ». (Composition de Ph. de Lassalle.)

On forme de la sorte sur le fond, qui a sa trame propre et se tisse pour ainsi dire indépendamment, des motifs, fleurs, ornements, etc., plus ou

SOIERIES BROCHEES 107

moins détachés les uns des autres, ou brochés semés, et parfois au contraire sans séparation ou interruption en ce cas: brochés suivis, tout ceci étant déterminé, réglé par l'ordonnance du dessin.

Le travail s'exécute au moyen de petites navettes spéciales appelées espolins (d'où le terme espouliner parfois employé pour brocher) que l'on passe sous' les fils de la chaîne, ceux du moins que l'on a fait lever en conséquence par prises convenables et, soit à la main, successivement dans toute la largeur de l'étoffe, d'après le système archa'ique encore usité et imposé même quelquefois,

soit avec le secours d'un ^p ^y ^B ^m

appareil, le battant brocheur que manœuvre le

tisseur et qui effectue si- ^h É^ fi^k ^k

multanément tous ces pas- ■" ^^

sages avec une simplification très évidente de ^|| AL ^k gj^ main-d'œuvre. ^^ ^^ ^^ ^^

On reconnaît très bien un tissu broché en le regar- ^^ 4^ ^ ^t

dant à son envers ; on *^ ^s ^T ^^

voit que les trames brochées ne sont pas conti- ^^ ^^ ^^ ^. nues dans la largeur totale, ^^ 'W '^ ^P mais limitées à des places

occupées par le dessin ; ^ ^^ ^^ ^^

elles se trouvent disposées Wp W^ S^ ^P

fil à fil ou coup par coup, touionrs parallèlement les ^^ ^^

unes aux autres, à l'inverse ^B ^" ^^B Bp

de ce qui se passe dans la

broderie où le fil entraîné Grenadine brochée.

par l'aiguille se meut en

tous sens, et aussi bien à l'endroit où le dessin est figuré qu'à l'envers, dans

les flottés ou brides qui se forment obligatoirement d'un motif à l'autre.

L'avantage du broché sur le lancé est de réaliser d'abord l'économie résultant de l'emploi de la trame de soie juste comme et où il le faut pour les besoins de la décoration, car souvent une trame lancée ne figure à l'endroit du tissu qu'en des points restreints de sa largeur et, pour le reste, doit être dissimulée, liée à l'envers, ou même découpée et enlevée après le tissage, et par conséquent la soie est perdue en grande partie, ce qui n'arrive pas pour la trame brochée ; il est beaucoup plus aisé de multiplier le nombre des trames brochées, et, par suite, des couleurs exprimées sur le tissu, que par tout autre procédé de tissage.

Puis, avec la même utilité économique, le broché permet d'employer avec plus de facilité, surtout pour produire un dessin bien en relief et très varié d'aspect, des trames particulières, comme la chenille, l'or, l'arg'ent, la

' Il ne faut pas oublier que la plupart du temps les soieries se tissent : endroit dessous.

cannetille, etc., toutes matières dont la grosseur et la nature sont des obstacles assez sérieux pour le tissage à la navette ordinaire.

EcHARPE EN Mousseline Brochée or'

Il est enfin possible de combiner le lancé avec le broché et celui-ci encore avec le damassé, ce qui augmente les ressources de traduction plus exacte du dessin avec tout le détail et aussi toute la richesse que le compositeur lui a donnés sur son esquisse.

' Communiqué par M. H. Bertrand, à Lyon.

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Aussi la variété des soieries brochées est-elle fort grande ; elle comprend de belles étoffes d'ameublement ou d'ornement d'église dont la décoration largement entendue comporte souvent des parties exécutées en rehauts d'or et d'argent, comme de plus simples étoffes pour robes, pour cravates, et s'étend à des variantes nombreuses et à des applications spéciales : par exemple, pour des bordures, coins ou sujets isolés, façonnés ainsi à des places désignées, comme dans le cas de certaines écharpes, ou bien encore pour orner de dessins les fonds légers offerts par les mousselines, les grenadines, crêpes, crépons, tous tissus trop peu résistants et composés de trop peu de fils, trame et chaîne, pour que l'on puisse utiliser ceux-ci pour l'office de la décoration ; au contraire, par une trame brochée, insérée dans le tissu avec l'aide d'un battant brodeur ou brodeuse, habilement manœuvré, on arrive à exécuter sur ces tissus des pois, des fleurettes semées ou des dessins suivis ou courants dans un genre qu'on nomme fréquemment plurnetis ; ces dessins s'enlèvent en parties plus serrées, plus épaisses et généralement brillantes sur des fonds qui sont clairs et transparents.

Mention doit être faite encore du système de broché dit crocheté, c'est-à-dire dans lequel les différentes trames brochées viennent s'entremêler, s'entrelacer l'une à l'autre dans le tissu d'une façon plus subtile et ingénieuse à constater que facile à relater. Mais ce procédé, très habilement employé par les artisans de l'Inde, en particulier pour les célèbres châles de cette provenance et dont l'usage s'est restreint aujourd'hui à peu près unique- -ment aux rubans, n'est à la vérité qu'un épisode spécial de cet art du tissage du broché dont on relève l'application sur un si grand nombre de soies anciennes, depuis celles fabriquées dans les ateliers byzantins, palermitains, etc., jusqu'aux productions inégalées de Philippe de Lassalle, qui tira, pour son compte, un parti très important et très fréquent de cette technique.

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