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SOIERIES FAÇONNÉES PAR LA CHAINE

soie par le moyen des fils de chaîne sont nombreuses et offrent maintes ressources variées ; nous n'en retiendrons que quelques-unes plus typiques.

Que l'on prépare en effet ces fils à l'ourdissage en les disposant fil à fil par, supposons : un blanc puis un bleu, et voici le moyen de faire un taffetas ou un gros grain dont les côtes transversales seront alternativement bleues et blanches ou à deux pas ; cet arrangement très pratiqué en tissu uni est connu surtout sous le nom de Haïtienne et l'on en trouve parmi les soies anciennes de fréquentes applications ; mais de plus, en adoptant ce dispositif pour un métier de façonné, on pourra obtenir sur ce fond des flottés, uniquement par les fils bleus, ou par les blancs, ce qui permet une interprétation du dessin d'après ces variations.

Autre combinaison de façonné toujours par la chaîne : elle consiste à ajouter dans certaines parties de l'étoffe et, de préférence, sur un fond de taffetas pur, une ou plusieurs chaînes spéciales de supplément ; on les compose de soies de diverses couleurs, fréquemment ombrées et choisies pour que les flottés de ces chaînes figurent des fleurs accompagnées de feuillages ou d'ornements légers, le tout se disposant sur le fond presque constamment blanc, en lignes forcément droites formant rayures. C'est le genre de soieries que l'on a appelé et que l'on appelle encore : Pompadonr, du nom de la célèbre marquise, qui a été attaché à tant de choses artistiques diverses, produites de son temps. Et, de même qu'il y eut un style Pompadour dans l'ameublement, il y eut des costumes Pompadour ou des robes à la Pompadour ; elles étaient faites précisément avec les soieries dont nous parlons et dont la mode, inaugurée sous Louis XV, se continua jusque sous le règne de Louis XVI avec la faveur la plus soutenue, et ceci explique la variété véritablement prodigieuse qui fut créée de ces charmantes étoffes aux colorations fraîches et au décor si justement proportionné, le plus souvent agrémenté de bandes en accompagnement du façonné, faites de cannelé, de satin, de sergé, chevron ou autres ingénieuses et agréables utilisations. On s'est borné depuis à reproduire, textuellement pour la plupart, ces dispositions prises comme modèles de goût et d'élégance.

Les mêmes étoffes ou analogues, destinées aux usages de l'ameublement sont aussi connues sous le nom un peu désuet dé Mexicaines, tandis qu'un terme technique très exactement expressif les classe comme des poils traînants; poil voulant désigner ici les chaînes supplémentaires, traînant ou flottant à l'envers du tissu quand elles ne figurent pas le dessin à l'endroit.

Autre soierie façonnée qui emprunte aux fils de chaîne la majeure partie, le fond caractéristique de sa décoration : le Droguet de soie, qu'il faut se garder de confondre avec les étoffes communes du même nom que l'on fit autrefois en laine, ou en fil et laine mélangés pour certaines sortes de tapis ou des garnitures très ordinaires de lits ; les droguets de soie, au contraire, s'adressent à des emplois plus relevés.

Ils sont formés d'une sorte de fond dissimulé qui est du taffetas, sur lequel les fils de même couleur d'une chaîne spéciale tracent à leur tour comme un fond armure, par des flottés liés assez régulièrement en gros sergés, chevrons, etc., et en même temps les lignes du dessin qui est le plus souvent achevé par des effets d'une autre coloration fournis par des trames lancées et liées dans le fond ; les dessins de droguets sont de petite proportion, souvent à bouquets

très légers enfermés dans des sortes de compartiments, dessinés par de fins contours de trames. Il est difficile de donner de ces droguets une idée très exacte et très marquée tellement la composition en fut variée, car la fabrication de ces étoffes si recherchées jadis constituait à L5ron dès le xvir siècle une des principales branches du commerce de cette ville. S'il faut en croire Paulet, dessinateur réputé de Nîmes, auteur compétent d'un très important ouvrage qui fit longtemps autorité : l'Art du Fabriquant d' Etoffes de Soies, -çvibWé àe iT/3 à 1776, cette supériorité lyonnaise

Droguet

manufacturière pour les droguets était tellement incontestable qu'il dit quelque part : «Je suis certain que Nismes, Tours et Paris n'en ont pas fait travailler vingt métiers tandis que Lj'on en avait près de deux mille »; et plus loin : « Il y a vingt-cinq ans, on regardait encore comme très habile l'homme qui était capable de monter un métier à faire des droguets. » Et il en fait remonter l'invention à Galantier, célèbre spécialiste avignonnais de la soie, parmi de nombreux artistes de cette époque.

On ne disposait pas alors des mo5^ens qui ont facilité beaucoup ce genre de fabrication ; c'est avec les métiers à la marche ou encore à ta petite tire et en s'aidant d'arrangements très particuliers, pour lesquels les gens de métier comme Paulet étaient passés maîtres de par leur expérience, que l'on

Communiqué par MM. Tassinari et Chatel.

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