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SOIERIES FAÇONNEES A LA CHAINE

tissait ces soieries compliquées où chacun mettait son habileté et son ingéniosité, avec un certain tour de main gardé secret le plus possible : Egyptiennes, Prussiennes, Ambroisiennes, Musulmanes et Droguets de toutes sortes : Maubois, à la Reine, miniatures, lisérés, lamés, ceux-ci rehaussés par l'emploi de l'or et de l'argent. Il y eut des droguets pour tous les goûts, aussi bien pour les robes simples que pour celles de cour et en grand nombre aussi pour les vêtements d'hommes, habits, gilets de cette époque élégante.

On peut leur assimiler la Dauphine, très riche étoffe de principe analogue, enrichie de nombreuses trames de couleurs diverses et que l'on présume dater de l'époque où l'archiduchesse Marie-Antoinette, épouse du Dauphin futur Louis XVI, parut à la cour de Louis XV vers 1770 ; c'est à Lyon que cette étoffe fut exclusivement fabriquée.

Sous l'appellation Double-chaîne, on classe d'habitude aujourd'hui des tissus de soie façonnés, entendus comme ces genres à fonds satinés sur lesquels des dessins apparaissent formés d'un satin d'une autre couleur qu'on ne s'explique pas au premier abord ; c'est la deuxième ou la double chaîne, dissimulée dans le fond sous la première, qui permet d'obtenir cet effet fort curieux et dont on a souvent tiré un parti très intéressant, pour des soieries presque toujours d'un certain prix.

GAZES. CRÊPES ET VELOURS FAÇONNÉS

Décorer, façonner les gazes de soie, tissus fort légers, où par définition les fils sont en petit nombre et peu serrés, semble un problème assez délicat. Il se résout cependant élégamment et de plusieurs manières.

Crêpe de Chine façonné et broché or '.

On peut d'abord, comme nous l'avons déjà noté, appliquer le système du broché tant sur la gaze proprement dite ou à fil de tour que sur les mousselines, voiles, etc., et varier le genre par les différentes sortes de trames de broché employées, brillantes ou mates, fines ou grosses, à une ou plusieurs couleurs, etc.

Recourir aux fils clairsemés de la chaîne d'une gaze pour former des flottés et, par suite, des dessins, paraît une tentative hasardeuse et cependant qui donne un résultat très exploité commercialement; toute la catégorie des gazes façonnées, gazes diaphanes et autres, en est la preuve. Il est vrai que, souvent, le secours de la trame vient faciliter les choses, trame qui peut être de couleur opposée à la chaîne, et animer la coloration.

Et puis, si l'on augmente le nombre des fils dans toute la largeur du tissu ou bien dans certaines parties, on arrive à faire du satin, satin qui joue en opposition avec la gaze et dont on découpera parfois les fils quand,

Communiqué par MM. Çoudurier, FructuS et Descher.

GAZES. CRÊPES ET VELOURS FAÇONNES

devenus inutiles par leur passage à Tenvers, après avoir fait leur effet à l'endroit, ils pourraient enlever de la transparence du fond.

Enfin, que l'on veuille, sur un fond de gaze, faire se détacher des motifs formés de l'étoffe de soie de la contexture la plus opposée, c'est-à-dire le velours, il suffit que l'on ne soit pas arrêté par des considérations de soins particuliers de temps ni d'argent pour réaliser la chose sans difficultés insurmontables. Si l'on pousse la recherche plus loin, en employant le métal pour avoir les gazes façonnées d'or et d'argent, les perles pour les gazes perlées, etc., on atteint dans ce compartiment de la soie aux genres les plus riches.

Velours avec bouclés d'or '

Comme les gazes, les crêpes ou, plus précisément, les crêpes de Chine peuvent être brochés ou façonnés par les effets de chaîne et de satin et, de plus, par des trames lancées.

Les crêpes de Chine à dessins ont été comme le début des soieries daniassées et brochées, tout à fait souples, fabriquées d'après le mode du teint en pièces, obligatoire on le sait dans le cas du crêpe, et devenu de pratique courante grâce aux progrès actuellement faits dans cette voie ; si bien que Ion traite parfaitement des étoffes mêlées de fils d'or, sans que ceux-ci soient altérés définitivement par les opérations de la teinture et qu'on peut leur redonner ensuite à nouveau leur éclat primitif.

Pour quant au velours, la complexité et la délicatesse de ce tissu, dont

Communiqué par MM. Tassinari et Chatel.

nous croyons avoir donné quelque idée au chapitre de 1" « uni », ne semblent pas

avoir été longtemps un obstacle à l'idée de sa décoration par le tissage même.

Il y a d'admirables velours persans de toutes époques qui unissent à la

Velours de Gènes.

technique la plus rigoureuse et dont les méthodes sont encore appliquées la coloration la mieux comprise, et la plus artistement nuancée par le mélange, dans un même velours coupé à surface unie, de fils de teintes opposées ; velours dits aujourd'hui k plusieurs corps, deux corps, trois corps, etc., ce qui entraine pratiquement de grosses complications de tissage, en nécessitant l'emploi de plusieurs cantrcs ou ensembles de nombreuses petites bobines

GAZES. CREPES ET VELOURS FAÇONNES

chargées de soie ; à cause de l'inégale répartition du velours sur une étoffe façonnée qui en comporte, on ne peut, en effet, placer les fils de soie destinés à former ces effets de velours sur un rouleau unique. Il faut laisser à chacun leur indépendance, ce que permet la séparation des bobines de la cantre.

Il y a d'autres velours orientaux anciens, présentant des dessins

Velours ciselé.

dont la grandeur et la richesse étonnent autant que charme leur coloris et qui démontrent l'emploi fort habile dans leur fabrication de procédés très délicats : velours à deux hauteurs, avec deux poils coupés, l'un sensiblement plus haut que l'autre, obtenus par des fers appropriés — velours reposant sur un fond où apparaissent des trames de soie, ou de métal précieux — velours rehaussés de bouclés d'or par une technique si spéciale que la pratique s'en est perdue presque complètement, consistant à former sur le velours des bouclettes régulières d'un fil d'or ou d'argent qui figurent un dessin sur le dessin lui-même.

Après la magnificence des velours à l'époque médiévale, cent fois célébrée dans les poèmes, chansons de gestes et chroniques, surtout ceux ornés de broderies dont nous ne nous occuperons pas ici, la Renaissance italienne a fourni cette incomparable série si multipliée de velours façonnés, de style si compact, qu'ils restent comme des modèles avec leurs colorations chaudes, souvent cependant monochromes, soit qu'ils portent des dessins

Velours miniature (modèle du xvm'^ siècle ').

bien composés pour paraître riches, dans leurs petites proportions, soit qu'ils atteignent au large développement des velours à grands ramages et, cette fois, pol5'chromes.

Alors, Gènes triomphe dans la fabrication des genres de velours qui ont conservé toujours ce patronage réputé : velours à fond de satin, quelquefois à fond lamé d'or, sur lequel le dessin s'enlève en A^elours coupé, mélangé avec du velours frisé qui sert de préférence à faire les entourages, les sertis. C'est l'entente actuelle toute pareille du velours ciselé, les parties

Communiqué par MM. Tassinari et Chatel'.

GAZES. CRÊPES ET VELOURS FAÇONNÉS

en velours coupé formant le relief, et le frisé par oppositions les parties basses du dessin, en imitant un réel travail de ciselure. Et il faut bien se garder de confondre ces velours ciselés par tissage avec ceux Ails frappés comme on le fait assez souvent à tort ; ces velours frappés sont le plus généralement de laine, et subissent l'action de plaques ou rouleaux métalliques gravés en relief, chauffés et pressés sur l'étoffe, qui marquent ainsi des dessins formés par le poil qui reste couché à ces places.

Et l'histoire glorieuse du velours façonné se continue pour l'ameublement avec les magnifiques velours à parterre, à jardins, on jardinières du règne de Louis XIV, traités à la « façon de Gènes », avec la complication de corps (ou cantres) multiples ; les dessins en sont fort grands, entendus le plus généralement à retour, c"est-à-dire, comme nous l'avons vu, compris pour que la partie de droite occupant la moitié de la largeur de l'étoffe soit exactement la même que celle de gauche mais retournée, c'est-à-dire de sens inverse ceci combiné pour que l'ensemble ne soit pas coupé au milieu, de façon disgracieuse, et donne, au contraire, une belle impression de richesse décorative et de grandeur. Bérain, le décorateur célèbre, ne dédaignait pas alors, nous l'avons dit, de tracer l'esquisse du splendide et somptueux velours, eniichi d'or, qui fut tissé dans la manufacture de Marcelin Charlier, à Saint-Maur, pour le château de Versailles.

D'autre part, pendant tout le xvir' et le xviir siècle, la richesse des vêtements}- pour les hommes de cour, exclusivement ou presque faits de soie et de velours, encourageait quantité d'artisans et de dessinateurs (parmi lesquels on a cité souvent, comme l'un des plus

habiles, Dacier de Lyon) à varier par d'incroyables recherches d'exécution le façonnage des velours.

La perfection fut atteinte peut-être sous Louis XVI, avec un maximum de finesse d'effets, et d'élégance parfaite. Il y eut, comme nous le relevons sur un tarif accompagnant une carte d'échantillons de fabricants qui date d'avril 1780, des velours « mignatures » 3 corps à 35 livres l'aune, comme des velours à « points d'Angleterre /> à 28 livres, des velours « frisés nues » à 18 livres, des velours à « bordures fond couleur » à 52 livres et bien d'autres comme des velours pour poches d'habits, à fond d'or, etc., etc. Il semble que

Velours façonné, tramé or, teint en pièces '

Communiqué par MM. Coudurier, Fructus et Descher.

l'imagination de leurs créateurs ait été inépuisable et il nous souvient d'avoir vu sur d'anciens livres de références de cette époque près de douze cents échantillons de ces velours, tous différents.

Sous le Premier Empire, avec de très beaux velours façonnés d'ameublement, puis sous la Restauration et, plus tard, sous Louis-Philippe, avec des genres de velours pour vêtements d'hommes réduits à l'emploi du gilet, on a épuisé peut-être, en les rééditant sous d'autres formes, sur différents fonds, et de diverses manières plus ou moins habiles, les multiples combinaisons déjà connues pour façonner ce genre d'étoffe.

Notre époque s'en est à peu près tenue là, et n'a rien produit de très particulièrement sensationnel : ce sont les procédés annexes du tissage, de la teinture en pièces, de l'apprêt et du finissage qui ont surtout apporté de l'inédit, dans une branche textile où il n'est pas facile d'innover tant elle a été exploitée avec art depuis longtemps.

L'exemple donné par la figure placée plus haut a été choisi parmi ces beaux velours mélangés d'or que l'on réussit aujourd'hui parfaitement d'une façon qui aurait semblé un tour de force irréalisable il n'y a pas très longtemps. On les tisse d'abord avec de la soie écrue, en teignant ensuite les pièces, avec la précaution de redresser soigneusement à l'apprêt le poil du velours malmené évidemment par la teinture, comme de réaviver l'éclat du métal terni dans le bain colorant ; et l'on obtient de la sorte, avec une facilité presque déconcertante, toute la beauté, la richesse des velours à l'ancien S3^stème pour ceux-ci qui possèdent, en outre, une souplesse des plus goûtées dans les emplois : robes et manteaux.

Avec les brocarts nous arrivons à la classe des soieries façonnées les plus riches, et par les proportions du dessin et surtout par le mélange constant qu'elles comportent de l'or et de l'argent avec la soie.

A maintes reprises déjà nous avons cité l'emploi combiné de fils faits de métaux précieux avec des fils de soie mais, dans le cas des brocarts, le rôle des premiers est prépondérant ; la soie ne sert pour ainsi dire que de support et de lien à la matière rare qui joue avec tout son éclat dans le fond de l'étoffe comme dans les différentes parties du dessin.

Il en est ainsi du moins pour le brocart fabriqué comme ceux dont le t3^pe le plus exact est représenté de nos jours par les belles étoffes d'ornements d'églises ; le nom « brocart » est devenu en effet et reste la plupart du temps générique et sert à désigner, sous une rubrique commode, quantités de soieries mêlées de métal, comme par exemple les damas, les gros de Tours, brochés d'or et d'argent, qui ne sont pas des brocarts à proprement parler. Les documents nous apprennent aussi que, dès l'origine, les brocarts étaient des tissus tout d'or et d'argent, quelquefois des deux ensemble, soit en chaîne, soit en trame.

On peut dire que ces étoffes faisaient partie de la vaste famille des draps d'or, si goûtés au mo5ren âge, après que l'usage en eût été emprunté à l'Orient et à ses fastes et entre autres occasions au moment des Croisades. L'emploi de tissus dans lesquels on sut faire entrer l'or remonte aux époques les plus reculées, comme l'ont montré de savantes recherches. Une citation classique à ce sujet est celle du passage de VExode où Mo'ise dit que l'on coupa des lames d'or qui furent réduites en feuilles très minces de manière à ce qu'on pût les tourner et plier pour les faire entrer dans le tissu des autres fils.

Pline, dans son Histoire naturelle, parle de l'art démêler l'or à la laine pour en former un tissu précieux et en fait remonter l'invention au roi Attale, souverain asiatique. Lui-même avait vu, rapporte-t-il quelque part, Agrippine, femme de l'empereur Claude, assister près de son mari au spectacle d'une naumachie, couverte d'une tunique d'or pur tissé. Héliogabale, d'après Lampride, faisait usage d'étoffes d'or. Et les mentions d'habits d'or ou tissés de fils d'or ne sont pas rares dans les écrivains de l'antiquité ; il est remarquable de constater que l'invention du fil d'argent paraît avoir été nettement postérieure à celle du fil d'or et les documents qui .parlent d'étoffes faites avec de l'argent n'apparaissent que beaucoup plus tardivement.

Dès que la soie fut produite en assez grande abondance, ce fut une raison toute naturelle pour la substituer à la laine comme support des fils faits avec les métaux précieux. Les historiens se sont livrés à de nombreuses investigations pour arriver à déterminer le moment précis de cette application et la composition exacte, par exemple, de l'habit offert par Charles le Chauve au pape

Nicolas I", ou des tentures tissées d'or et enrichies de perles dont Dagobert, assisté de son ministre, l'orfèvre saint Eloi, fit couvrir les murs et jusqu'aux colonnes de l'église Saint-Denis qu'il avait fait construire ; mais l'incertitude est restée grande pour tout ceci, aussi bien que pour l'identification des étoffes du même genre, offertes par Justinien à l'église Saint-Pierre ou de celles qui formèrent les riches vêtements d'autels dont plusieurs pontifes ou rois firent l'offrande à des basiliques.

S'agissait-il bien là du chrysoclaviim ou auroclavum, noms que l'on a relevés dans les auteurs du temps ? On en est réduit à des hypothèses, mais il est surprenant en tous cas de voir, en suivant le cours des âges, la quantité de tissus ornés d'or, qui furent en usage aux époques anciennes ; ce sont : les draps à or battu ou à battus à or et encore draps de soie à or ouvrés, cités à chaque instant dans les chants des trouvères, les étoffes précieuses du même genre fabriquées en Italie et notamment en Espagne au Xli'' siècle, à Alméria, ville célèbre pour sa fabrication, où il 5' eut jusqu'à mille métiers de brocarts, et les draps et toillcs d'or et d'argent qui furent employés à profusion pour la célèbre entrevue de François I" et de Henri VIII qui eut lieu entre Guisnes et Ardres en 1520, au mois dejuin, assemblée connue sous le nom de Camp du Drap d'or ; ce fut au point, dit un chroniqueur de façon pittoresque, que "' plusieurs 3' portèrent leurs moullins, leurs forests, et leurs préz sur leurs épaules », et que les principales tentes, ajoute un autre, étaient •r de drap d'or frisé dedans et dehors, tant chambres que galleries, et tout plein d'autres de drap d'or ras et toilles d'or et d'argent />.

L'Orient, où tous ces tissus magnifiques avaient pris naissance, gardait au même moment toute sa réputation pour en produire que l'on voit spécifiés dans les inventaires avec leurs provenances ; Brantôme, faisant le portrait de Marguerite de Valois telle qu'elle lui apparut à Blois, à la procession, le jour de Pâques fleuries de l'an 1571, s'exprime en ces termes : « Son beau corps, avec sa riche et haute taille, était vestu d'une robbe de drap d'or frisé, le plus beau et le plus riche qui fust jamais veu en France et c'était un présent qu'avait fait le Grand Seigneur à son départ de Constantinople à M. de Granchamp... vers lequel il était ambassadeur..., d'une pièce qui montait à quinze aunes, lequel Granchamp me dist qu'elle avait cousté cent écus l'aulne, car c'était un chef-d'œuvre. Lu)' même venu en France... la redonna à Madame, sœur du Ro)% qui en fit faire une robbe, qui, pour la première fois, s'en para ce jour-là... et la porta tout le jour, bien qu'elle pesât extrêmement... /,

On connaît le passage bien souvent cité de la lettre de M""-' de Sévigné décrivant une robe portée par M"" de Maintenon « d'or sur or, rebrochée d'or, rebrodée d'or, et par-dessus un or frisé rebroché d'un or, mêlé à un certain or, qui fait la plus divine étoffe qui ait été jamais imaginée ».

Le brocart d'or était parmi les quatre draps, sur l'un desquels devaient exécuter leur chef-d'œuvre tous ceux qui aspiraient à être reçus marchands et maîtres-ouvriers en drap d'or, d'argent et de soie en la ville de Paris, aux termes du règlement corporatif de 1667, car leur fabrication n'était pas localisée à Lyon et à Tours et la fabrique, à Saint-Maur, du sieur Charlier, fournisseur de Louis XIV, alimenta les réserves royales de nombreux et riches brocarts.

On conçoit que des difficultés particulières se présentent pour le tissage des étoffes de soie dans la composition desquelles entrent des fils d'or et d'argent; et pour la préparation de ceux-ci, il est nécessaire non plus de « battre » l'or comme jadis, mais de l'étirer tout d'abord en une fine lame

Brocart or, argent et soie '.

très mince et flexible obtenue par le laminage spécial d'un fil déjà très fin et ductile obtenu par le passage du métal dans une filière, faite d'un diamant perforé; puis cette lame ou or trait ainsi obtenue, il s'agit de l'enrouler en spirale, sur une âme, ou fil de support, qui est ordinairement maintenant de

Communiqué par MM. Tassinari et Chatel.

coton teinté en jaune, pour l'or, afin de ne pas trancher sur la teinte du métal, et parfois de soie; c'est le travail de l'ouvrier Ait guiinpier. Plus les spires sont serrées les unes contre les autres sur l'àme et plus le filé qui en résulte prend de prix. Anciennement, on s'est servi de supports, pour le métal, faits avec diverses substances comme par exemple la baudruche et la très fine cordelette de boyau; les Chinois ont, eux, emplo^'é le papier tordu en filament et doré à la surface dans le même but.

A vrai dire, aujourd'hui on n'emploie plus l'or pur en guimperie ; par économie on use de fils d'argent que l'on dore par la galvanoplastie en les recouvrant d'une mince couche, calculée pour résister au laminage, ou même tout simplement de fils de cuivre; il va de V or fin, de l'or mi-fin et aussi de V or faux dont on use fréquemment.

L'argent tréfilé, laminé, enroulé sur une àme de couleur blanche par les mêmes procédés que l'or, présente les mêmes variétés : fin, mi-fin et faux.

Au lieu d'enrouler très régulièrement les fines lames métalliques pour former des files ou fils aussi arrondis et continus que possible, on peut, par la variété des supports employés, par leur préparation, par le travail même de la guimperie, obtenir le frisé, la cannctillc, etc., tous produits ayant des aspects plus ou moins contournés, gansés, torsadés, mats ou brillants, et dont on se sert non seulement dans le tissage, mais pour la broderie, les galons ; ceux qui se prêtent évidemment le mieux au mélange avec la soie sont les différents filés dont on use le plus généralement comme de trames ; le passage entre les dents d'acier du peigne pour l'emploi en chaîne ne se fait pas facilement et présente de gros inconvénients. Il est préférable de s'arranger pour faire paraître cette trame de métal le plus possible à l'endroit du tissu et de ne la retenir au corps du tissu que de la façon la moins visible ; elle donne de la sorte tout son effet et, par des flottés convenablement produits de cette même trame, les lignes du dessin se trouvent modelées ; ce ne serait pas assez cependant pour obtenir toute la richesse et le détail nécessaires, et la plupart des brocarts comprennent des parties du dessin exécutées en broché, avec des fils de métal plus gros ou d'apparence plus marquée et variée, obtenus comme dit ci-dessus ; ces parties de broché arrivent par certains artifices de tissage à s'enlever très en relief sur le fond, surtout dans les brocarts dits relevés ; il va sans dire que tout ce travail d'exécution est fort délicat et nécessite de grands soins ; il faut éviter tous les frottements brusques et intempestifs des fils métalliques contre ceux de soie qu'ils pourraient érailler et couper ; ces précautions s'imposent encore plus lorsque l'on emploie comme trame la lame métallique simple telle qu'elle est au sortir du laminage et forcément tranchante sur ses bords, et qu'il s'agit de l'incorporer au milieu des fils de soie, bien à plat, pour obtenir des genres dits lamés, qui offrent une surface d'endroit tout à fait brillante et quelquefois même miroitante.

Assez nombreuses sont par suite les ressources dont on dispose pour varier l'aspect des brocarts. Si l'on en fabrique actuellement bien peu qui aient toute la beauté et la splendeur de ceux des siècles passés et de ceux qui servirent encore, sous l'Empire et la Restauration, à composer la décoration de salles du Trône, dans les palais, il s'en tisse toujours quelque peu pour certains ornements d'église, ou tentures de prix. Aux robes souples et

enveloppantes d'aujourd'hui ne conviennent guère les épais et lourds brocarts, étoffes pesantes se tenant toutes droites dans leur raideur forcée, qui s'adaptaient aux vêtements des époques de st3de ; pour satisfaire les goûts actuels, quand la mode se porte vers les tissus où le métal se mêle à la soie, on est arrivé à les produire avec de l'or et de l'argent en fils extrêmement assouplis et plus encore à les fabriquer d'après le sj^'stème du teint en pièces ; on exécute par ce procédé, fort courant maintenant, comme nous l'avons dit pour des crêpes brochés or, des genres auxquels on aurait cru au premier abord son adaptation bien difficile et dangereuse ; c'est ainsi que des damas lamés or, brochés or et jusqu'à des velours façonnés dans lesquels une trame d'or dessine le décor, maintiennent, ainsi conformé aux exigences modernes, ce prestige des soieries rehaussées de l'éclat des métaux précieux.

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