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LA COMPLICATION

« La complication, dit Ziegler, est encore une face de l’art qui dérive du sentiment que Dédale a exprimé dans le tracé de son labyrinthe, Salomon, dans son mystérieux cachet, les Grecs, dans leurs méandres entrelacés, les Byzantins, les Maures, les architectes de nos cathédrales, dans leurs plus belles œuvres. Les enlacements, les mosaïques, les croisements de voûtes et de nervures, sont du ressort de la complication. »

On ne saurait donner une idée plus juste de la complication qu’en la définissant par des exemples aussi bien choisis, car le mot en lui-même est un peu obscur, comme la chose qu’il signifie.

Compliquer un ornement, c’est piquer la curiosité du spectateur et provoquer son esprit à une recherche qui promet de l’intéresser. Alexandre, tout grand qu’il était, lorsqu’il trancha le nœud gordien, ne fit que l’œuvre brutale d’un soldat. Pour peu qu’il eût été artiste, il eût aimé à résoudre autrement que par l’épée les gracieux problèmes de cette complication qui est dans l’art une charmante ironie et qui est si familière aux Orientaux. En voyant leurs cordes si ingénieusement tressées, leurs ornements, où tant de droites et de courbes se mêlent, se croisent, se ramifient, disparaissent et reviennent, pour se perdre encore et encore reparaître, on éprouve un singulier plaisir à débrouiller un grimoire que l’on croyait illisible, et à reconnaître qu’un secret arrangement a seulement compliqué ce qui, d’abord et d’un peu loin, semblait une inextricable confusion.

Le style ornemental des Arabes, ce style qui a créé des merveilles dans les mosquées et les maisons du Caire, a été inventé par le génie de la complication; mais comme cette complication est engendrée d’ordinaire par un enchevêtrement de figures géométriques, elle cache une régularité qui permet de débrouiller l’énigme. Quelquefois, une étoile peu apparente se répète dans l’ornement, accompagnée d’étoiles plus petites, et alors on finit par la distinguer à travers un dédale de courbes interrompues et de lignes brisées. Quelquefois, c’est un polygone dont tous les côtés sont les cordes d’un cercle que le dessinateur a fait disparaître après l’avoir tracé, et alors les rayons, se coupant à la circonférence sur des points marqués par 1 compas, se dispersent avec ordre et iront se briser encore un peu plus loin pour former des polygones moindres, soudés entre eux par d’invisibles trapèzes, de sorte que, au moyen de détours et de retours prévus, tous ce? rayons divergents se résoudront en de nouvelles convergences.

Mais lorsque la surface ornée selon le goût arabe n’ofïre aucun motif dominant, indiqué par son isolement ou par sa couleur, le spectateur n’a

plus (levant lui qu’un assemblage régulièrement confus de triangles, de losanges, de roues, de demi-lunes, de trèfles, de pentagones imparfaits, de méandres inachevés, qui se pénètrent, se coupent, se rachètent, se correspondent, se rapprochent pour se fuir, et se touchent un instant pour s’éloigner aussitôt et se dissoudre dans un labyrinthe sans issue et sans fin.

Les Arabes ont ainsi réalisé l’étrange phénomène qui consiste à produire un désordre apparent avec l’ordre le plus rigoureux. Semblables à leurs contes interminables, où se compliquent et s’emmêlent des événements imaginaires, et où l’on aime à s’égarer avec le conteur, la trame de leurs

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