GRAMMAIRE DKS ARTS DÉCORATIFS
certains vestibules un chien à l'attache avec les mots Cave cr//?em,« Prends garde au chien». Souvent, chez les Pompéiens, le mosaïste avait dessiné sur le seuil l'inscription Salve qui faisait dire aux pierres le premier mot de l'hospitalité. En France, la mosaïque est peu employée, et c'est depuis quelques années seulement que se répand l'usage de cette marqueterie de stuc ou de ciment, que les Italiens appellent acagliola. C'est un ouvrage dans lequel ils font servir, en tout ou en partie, à former le dessin, la matière même, ciment ou stuc, qui sert de fond dans une mosaïque plus précieuse.
Mais, de quelque nature que soient les prismes dont se compose un pavement, qu'il soit en marbre ou en pâte de verre, ou en poterie vernissée, qu'il soit rudimentaire ou compliqué, modeste ou riche, le mosaïste ou le stucateur sont soumis à une loi d'autant plus utile à formuler ici qu'elle est plus souvent violée chez tous les peuples, à savoir : que les effets de la perspective sont absolument interdits dans la décoration du sol.
Une surface horizontale sur laquelle on doit marcher, cause toujours une sensation désagréable lorsqu'elle n'est pas ou ne paraît pas rigoureusement plane. Réelle ou apparente, toute différence de niveau gêne le visiteur en lui ôtant la sécurité de la marche. Feindre sur le pavé des creux et des saillies angulaires, c'est offenser bien gratuitement le regard. Passe encore de substituer le mensonge à la vérité, quand il s'agit de sauver une impression pénible; mais produire une illusion qui déplaira, donner une apparence désobligeante à la réalité qui serait agréable, c'est manquer de goiit avec circonstance aggravante. Et pourtant, nous voyons chaque jour ces sortes d'hérésies s'étaler sous nos pas.
Tantôt ce sont des combinaisons de losanges, de carrés et de parallélogrammes qui nous représentent des formes
DES PAVEMENTS
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Mosaïque des thermes de Caracalla.
Mosaïque (polygone étoile).
Pavement simulant des cubes.
Parquet en point de Hongrie.
Mosaïque simulant des cavités.
DIVEBS EXEMPLES DE PAVEMENTS DEFECTUEUX
cubiques dont les angles aigus se hérisseraient sur le sol. Tantôt, c'est un système de briques ajustées en point de Hongrie, qui par ses lignes obliques donne l'idée et l'aspect d'une surface à angles saillants et rentrants sur lesquels on n'ose poser le pied, de peur de se couper aux uns, de s'estropier dans les autres. Tantôt c'est une rangée d'hexagones divisés en deux par une différence de couleur et offrant à l'œil une suite de plans inclinés et d'arêtes tranchantes. Parfois, pour nous menacer d'une entorse, le mosaïste a trouvé des moyens plus ingénieux encore et plus compliqués, celui, par exemple, qui consiste à imiter des trous réguliers et profonds qui reparaissent à intervalles égaux et rapprochés, comme pour ne laisser aucune chance de sécurité à l'imagination du passant.
Même remarque au sujet des imbrications imitées dans le pavage : quelque faible que soit la saillie représentée, elle doit inquiéter le regard, et il est surprenant que chez un peuple comme les Romains, qui a excellé dans l'art de la mosaïque, on trouve des parties de pavement décorées par un dessin figurant une imbrication. On peut même citer un exemple d'une imbrication double, c'est-à-dire ayant deux directions, dans une mosaïque des thermes de Caracalla, à Rome. Les anciens, du reste, ont rarement commis cette faute. On en cite pourtant un exemple fameux : a Dans le genre des mosaïques, dit Pline, le plus célèbre artiste grec fut Sosus qui fit à Pergame Vasarotos œcos (àaapwToç ol/.oç), maison non balayée. On la nomme ainsi parce que le mosaïste y avait représenté en petits carreaux, teints de diverses couleurs, les débris d'un festin qu'on a coutume d'enlever avec le balai et qui là semblaient avoir été laissés [veluti relicta). On y admire une colombe qui boit et dont la tête jette son ombre dans l'eau. On en voit d'autres qui s'épluchent au soleil, sur le bord d'un canthare. »
DES PAVEMENTS
Il existe au Louvre, dans la salle de Melpomène, au-devant de rhémicycle où est placée la statue colossale de cette Muse, un pavé en mosaïque exécuté sur les dessins de Gérard, et dans lequel sont figurés également, le long de la bordure, des vides qui semblent creuser le sol à une certaine profondeur, mais, du moins, on a eu ici l'attention de représenter ces vides assez petits pour que le pied d'un homme pût avoir sur les bords un point d'appui suffisant. Dans ces conditions, la différence des plans est tolérable parce que l'œil
Mosaïque de la Melpomène au Louvre,
est rassuré par la continuité d'un niveau apparent, en d'autres termes, parce que les trous imités, étant moindres que la largeur du pied humain, ne seraient pas un obstacle à la marche s'ils étaient réels.
Ce que nous disons ici des pavements en pierre ou en marbre s'applique tout aussi bien aux pavés de bois, qui sont les planchers. Lorsque les frises d'un parquet sont disposées obliquement en forme d'épi, de manière à produire un effet de perspective, cet effet devient choquant si l'on vient à regarder le plancher d'un peu haut, lorsque la salle est assez élevée pour qu'on y ait ménagé une tribune ou une galerie,.
comme on le fait, par exemple, dans les grandes bibliothèques. Vus de cette hauteur, les parquets cirés, en point de Hongrie, présentent des bandes alternativement mates et luisantes qui font ondoyer la surface, au point de rappeler la sensation du mal de mer. On peut s'en convaincre en regardant le parquet du musée Lacaze, au Louvre, du haut de la galerie qui sert à relier entre elles les pièces du second étage.
Lorsqu'elle forme le dallage d'un lieu très fréquenté, la mosaïque a toujours mauvaise grâce à représenter des figures humaines. Non seulement il y a une flagrante inconvenance à piétiner sur l'image d'un dieu ou d'un héros, à rayer en marchant la tête de Minerve, ou le quadrige d'une victoire, ou les colombes attelées au char de Vénus, mais il arrive infailliblement, à la longue, que le passage des pieds défigure la mosaïque par une usure inégale. Aussi est-on obligé de protéger par une balustrade les mosaïques assez belles pour être regardées comme des objets d'art. C'est ce qu'on a fait au Louvre, dans la salle de Melpomène. Mais alors pourquoi coucher sur le sol un tableau qui ne sera vu jamais qu'en raccourci, et qui pourrait décorer beaucoup mieux une surface verticale ?
Les Italiens de la Renaissance ont imaginé d'appliquer au pavé des monuments une sorte de gravure sur pierre, le graffito, semblable à ce que l'on appelle, en orfèvrerie, un nielle. Après avoir dessiné un carton du dessin que l'on voulait exécuter par terre, on calquait le dessin dans tous ses contours sur les ^marbres gris et blancs, bien ajustés et bien aplanis. Puis, l'artiste venait, avec un pinceau chargé de noir, modeler ses figures en marquant par des hachures les ombres et les demiteintes, comme il aurait procédé pour dessiner à la plume sur du papier. Cela fait, un sculpteur entaillait dans le marbre avec un ciseau les hachures indiquées, et les creux étaient
DES PAVEMENTS
ensuite remplis avec une mixture de résine noire bouillie, ou de bitume et de terre noire. Quand cette matière avait pris dans les creux et s'y était refroidie, on polissait le tout avec du sable fin et de l'eau, et l'on obtenait ainsi ce genre de peinture qu'ont exécuté Matteo di Giovanni Bartoli, Bartolommeo del Guasta, Pietro del Minella et autres dans les célèbres pavements de la cathédrale de Sienne, ces pavements que l'on montre avec orgueil à tous les étrangers de passage dans cette ville. On y voit des figures de Vertus, la Tempérance, la Justice, la Force, largement burinées sur les dalles et d'un beau caractère, et le graveur de ces dalles n'ayant mis dans son dessin que les hachures essentielles, leur a donné par cela même de la grandeur et du style. D'autres parties de ce pavement représentent des sujets bibliques, tels que la Délivrance de Béthulie, le Massacre des innocents; mais les figures de ces compositions compliquées et mouvementées n'offrent que des contours et des traits intérieurs sans aucune indication d'ombre. Ce sont des images plates, je veux dire sans reliefs, qui se détachent seulement sur un fond de marbre noir.
Il faut le dire, les figures dessinées sur le pavé d'un monument y sont d'autant plus déplacées qu'elles sont plus belles. Aussi, nous souvient-il qu'en parcourant la cathédrale de Sienne, nous n'osions marcher sur ces dalles qui à chaque instant arrêtaient notre admiration et nos pas. Des ornements sans signification, des combinaisons ingénieuses de lignes et de couleurs, des animaux chimériques, des fleurs imaginaires eussent mieux valu. Du reste, ces sortes d'ornements à personnages, employés déjà au douzième siècle, dans les mosaïques du monastère de Cluny, avaient été condamnées par saint Bernard, comme une haute inconvenance. « Les images des saints, disait-il, ne sont pas pour être foulées aux pieds. »