‹ Grammaire des arts décoratifs, décoration intérieure de la maisonChapitre 3 sur 74 · GRAMMAIHK DES ARTS DÉCORATIFS · texte numérisé non relu

GRAMMAIHK DES ARTS DÉCORATIFS

La pensée, surtout quand elle est religieuse ou philosophique, ne doit se produire dans un pavement que sous la forme de l'écriture. Encore est-il plus digne qu'elle soit gravée sur les plafonds ou sur les murs que par terre, afin que les personnes qui habitent une maison, les étrangers qui visitent un monument, les fidèles qui vont prier dans un temple, n'aient pas la crainte d'emporter la pensée à la semelle de leurs souliers.

Il y a un mot qui résume la théorie du pavement, c'est le mot «discrétion» . Soit qu'on arrange sur le sol des ornements abstraits, soit qu'on y peigne des fleurs, des fruits, des animaux, il y faut une sobriété extrême, grandissima discrezione, dit Vasari. Ce peintre, qui n'est pas suspect d'austérité, car il florissait et il écrivait dans une époque de liberté, de caprice et de décadence, insiste à dire que le mosaïste doit éviter avant tout la confusion qui résulterait de l'abondance des figures et d'un trop grand nombre de détails. Chi offusca né' disegni il musaico con la copia ed ahhondanza délie troppe figure^ e con le molle minuterie di pezzt^ le confonde. Il ajoute que le dessin des cartons pour la mosaïque doit être ouvert, large, facile et clair; qu'il doit y avoir de l'union et de la tranquillité dans les ombres, unita scurità verso l'ombre, et qu'il faut les disposer en les regardant d'un peu loin, de manière que le spectateur qui doit les voir à distance, les prenne pour de la peinture et n'en aperçoive point la marqueterie.

C'est pour avoir eu, malgré tout, le sentiment de la discrétion dont parle Vasari, que l'artiste siennois Beccafumia mieux aimé peindre ses figures en clair-obscur que de les peindre en couleurs. En employant pour le clair un marbre blanc, pour les demi-teintes, un marbre bis, et pour les ombres un marbre brun, et en augmentant au besoin la différence de ces trois tons par des incisions plus ou moins profondes.

DES PAVEMENTS. H

Beccafumi a modelé ses figures en grisaille. Mais, de toute façon, les peintures monochromes et sommaires des prédécesseurs de Beccafumi au dôme de Sienne, ces immenses nielles, comme les appelle Cicognara, sont plus tolérables dans un pavement que des tableaux chargés de couleurs obscures ou simplement modelés en clair et conséquemment plus détaillés, plus littéralement vrais. S'il était permis de peindre des figures humaines sur une aire oii chacun peut marcher, au moins conviendrait-il que la mosaïque rappelât de loin la peinture au lieu de l'imiter de près. Plus les fig;ures ressembleraient dans leurs carnations à la nature vivante, plus déplaisante serait leur image sur un sol toujours foulé. « Celui-là, dit Ciampini (Vetera monimenta), commettrait une faute non moins grave... qui, dans ces sortes d'ouvrages (les pavements en mosaïque), représenterait des figures ou d'autres objets en les modelant, et en les accompagnant de longs traits imitant les ombres, comme cela se fait dans les peintures, où cela est, du reste, très convenable (1). » Ainsi se trouve justifiée notre proposition : que, dans la décoration du sol, la perspective et la figure humaine sont très mal venues : la perspective, parce qu'elle produit des illusions choquantes ; la figure humaine, parce qu'elle est trop noble pour que les pieds de l'homme y laissent l'empreinte de leur poussière. L'une offense la vue, l'autre blesse le sentiment dans sa délicatesse, et l'esprit dans sa dignité.

(1) Neque (amen judicio meo gravius peccaret qui in operibus hisce muUa ac implicita representaret, quam flguris vel paucis, aliisque rébus umbras apponeret, longosque atrx caliginis tractus veluti pedissequos adderet, ut in picturis non sine laude conspicitur.

TROIS CHOSES SONT ENCORE ESSENTIELLES DANS LE PAVEMENT : L'INÉGALITÉ RÉELLE

OU APPARENTE DES MATÉRIAUX EMPLOYÉS, LA PRÉDOMINANCE D'uNE

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