‹ Grammaire des arts décoratifs, décoration intérieure de la maisonChapitre 20 sur 74 · ÉGAL ET TEMPÉRÉ · texte numérisé non relu

ÉGAL ET TEMPÉRÉ

Maintenant, quel sera le jour le plus favorable à l'éclat d'une tenture? Ici l'étude des arts décoratifs nous ménage une nouvelle surprise. On pourrait croire qu'un grand jour est d'autant plus nécessaire à la tapisserie qu'elle présente une surface sillonnée, rugueuse, qui retient dans ses rides une multitude de petites ombres. Eh bien, il n'en est pas ainsi, et le meilleur jour, pour faire éclater les colorations d'une tapisserie, est un

jour égal, tranquille et doux, un jour tamisé. En voicila raison : Ce qui diminue sensiblement la pureté d'une couleur dans la tapisserie, c'est le double effet que produisent les points saillants, devenus plus lumineux et les parties rentrantes, obscurcies parleurs traînées d'ombre. La lumière du ciel qui est légèrement bleue, en tombant sur toutes les rudentures de la tapisserie, en refroidit la teinte. Si par exemple, cette teinte est d'un rouge écarlate ou d'un rouge orangé, elle grisera. Si elle est jaune, elle tournera un peu au vert. Est-ce un rayon de soleil qui entre parla fenêtre, il introduira du jaune dans la couleur et l'altérera d'une autre manière. Les bleus seront décolorés et verdiront, les rouges seront affaiblis. En vertu de la loi des complémentaires, tous les violets que le rayon jaune atteindra seront effacés ou ternis. D'où il suit que la tapisserie — à l'inverse de la peinture, qui demande le plus de jour possible — n'a jamais plus d'éclat que dans un appartement où ne pénètre qu'une lumière diffuse et tamisée, parce que ce genre de lumière détruit les noirs et adoucit les clairs, deux conditions nécessaires pour que la couleur d'un gros tissu garde sa pureté normale, son intensité, sa plus haute saveur. Quoiqu'on en pense,, ils vivaient dans un monde plus poétique et plus attrayant que le nôtre, nos ancêtres du moyen âge. Poètes, ils l'étaient dans leur archilecture toute pleine de sentiments religieux ou chevaleresques ; ils l'étaient dans la peinture de leurs vitraux qui interceptaient la lumière pour faire resplendir un paradis de couleurs. Ils l'étaient aussi dans leurs tapisseries dont ils se faisaient des murailles et qu'ils, savaient convertir en clôtures lorsqu'ils divisaient en petites alcôves une grande chambre. Ces tapisseries les enveloppaient de mystère. Intrigues d'amour, secrets d'État, conspirations, surprises, issues dérobées, tout cela, dans un temps de chevalerie, de ruses et de guerres, était tour à tour caché ou découvert par ces lourdes tentures qui couvraient les parois et

Page 1