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PHYSIONOMIE

c'est le coffre, c'est-a-dire le bahut, qui forme le type primitif

DE NOS meubles.

Quelle que soit la magnificence des meubles en usage de notre temps, et quelle que soit leur apparente variété, on peut les ramener tous à un type primitif, extrêmement simple. Ce type, c'est le bahut, autrement dit le cofTre, à couvercle voûté, dans lequel les familles encore nomades serraient tout ce qu'elles avaient de précieux, tout ce qui était transportable. Sur ce coffre, plein ou vide, l'homme fatigué trouve un siège, celui qui veut dormir par terre s'en fait une manière d'oreiller, et si le cofTre est appuyé contre un mur, il sert de couche au voyageur qui s'y arrange un coussin avec ses bardes. Il me souvient que, dans notre voyage à travers la Grèce redevenue sauvage, il nous arrivait quelquefois de nous arrêter, mes compagnons et moi, dans un de ces villages qui portent les noms augustes de Colone, de Céphise ou de Marathon, et que le café misérable où nous entrions demander un verre d'araki n'avait pour tout meuble qu'un bahut qui régnait le long des

murailles, et qui était pour lés habitants un coffre, pour les passants un siège, pour les voyageurs un lit.

Un amateur de meubles rares, un curieux qui les achète avec réflexion et les choisit avec goût (1), M. Edmond Bonnaffé, me disait un jour en me montrant sa collection, à commencer par de grands bahuts du moyen âge : Voyez ces coffres : ils ont du servir, dans le temps de la féodalité, à des familles que les troubles et les guerres continuelles de ce temps-là ont forcées plus d'une fois à changer de demeure. Transportés sur une charrette ou à dos de mulets, de pareils bahuts contenaient tous ou presque tous les autres meubles : les lits démontés, les pliants, les tentures, les coussins (dont on faisait alors grand usage) elles serrures. On y avait ménagé des compartiments pour les écrins, pour les habits, pour les' parures, pour les épargnes, de sorte qu'à l'exception de certaines armoires qui étaient de véritables édifices, le chef de maison pouvait déménager facilement tout son mobilier. Supposez maintenant que la famille s'est fixée. Le coffre, placé sur le sol, est un meuble dont on ne peut user sans fatigue. Pour n'avoir pas à se courber ou à s'agenouiller quand on y veut prendre quelque chose, on le hisse sur des pieds, on l'élève à hauteur d'homme ; mais alors le coffre devient gênant d'une autre façon, et l'on éprouve le besoin de substituer à un couvercle qui se lève, un panneau qui s'abat. Cependant, on s'aperçoit bientôt que, pour celui qui veut fouiller dans le coffre, cet abattant est à son tour un obstacle, et on le remplace par des vantaux, ou mieux encore, par des volets de brisure qui, se repliant sur eux-mêmes, ne présentent pas de saillie incommode. Les compartiments qui divisaient en sens vertical l'intérieur du coffre sont changés en tiroirs qui jouent dans le sens horizontal, et c'est ainsi évidemment que s'est

(1) M. Edmond Bonnaffé est l'auteur d'une publication intéressante : l'Inventaire des meubles de Catherine de Médicis, Paris, 1874.

formé le cabinet, lequel n'est autre chose qu'un bahut monté sur quatre pieds, comme l'observe Léon de Laborde, dans son Glossaire. Etant donné ce bahut dressé, si l'on ferme le vide qui se trouve entre les pieds, on transforme le cabinet en armoire. Si l'on étage des tablettes sur le soubassement de l'armoire, à la place du cabinet l'on a le buffet, le dressoir ou la crédence ; enfin, en supprimant la partie supérieure de ce meuble à deux étages, on a été conduit à inventer la commode,

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